Hastomp buan

N’eus ket keit-se zo ‘h eo marvet un eontr kozh din. Arru e oa tost da gant vloaz. Betek ar fin ‘neus bevet gant e wreg en e venaj, war ar maez, hag alies ‘h aen da welet anezhe.  Mat e oa e damm gokenn c’hoazh, minabl. Soñj ‘na deus ur bern traoù. Ur blijadur e oa klevet anezhañ o komz deus e vuhez, al labour er menaj, al loened hag ar plantoù, ar brezel, kredennoù ar bobl… Kement a draoù a desken du-hont ken a raen “ma daou skolaer brezhonek” dioute. Ordin n’eus ket bet komzet  ‘met brezhoneg etreze. Stag e oant deus yezh ar vro, ha lorc’h oa enne ober skol d’unan yaouank evelton. Ha pegen brav o yezh dezhe, ma doue ! Geriennoù kozh, distagadurioù dic’hortoz, troioù-lâr, krenn-lârioù, fentigelloù, rimastelloù… bep tro oa fonnus an eost.

Aet eo d’an anaon. Achu eo ar c’haozeadennoù en-dro d’ur werennad win, deus taol pe war al leur, oc’h heoliañ. Aet eo, gantañ tout ar pezh a oare, gouiziegezh ur paour-kaezh menajer desket-kaer war e endro ha sevenadur dre-gomz e bobl. Ul “levraoueg vev” ‘meump kollet. Ha bep ma tremen an amzer e kollomp teñzorioù eveltañ. N ‘eus ket amzer da goll. En-dro dimp zo tud kozh-mat, n’eo ket sur e vefont aze a-benn dek vloaz ac’hann. Gant pep hini anezhe emañ teñzorioù bihan hon sevenadur-bobl. Gante emañ ton gwir ar brezhoneg hag ijin ar yezh. Emaint o c’hortoz ac’hanomp. Hastomp buan da vont davite, d’en em veskiñ, yaouank ha kozh, evit saovetaat ar muiañ ma c’hallomp.

Le décès récent d’un grand-oncle très âgé, chez qui j’allais régulièrement faire du collectage en breton, vient rappeler avec acuité dans quelle situation d’urgence nous sommes. Il y a encore de nombreux anciens autour nous, véritables mémoires vivantes de la culture de notre peuple. Ne perdons pas de temps, allons à leur encontre tant qu’ils sont là, recréons du lien et récoltons tout ce qui peut encore l’être de ce patrimoine oral. Il sera bientôt trop tard.


Oh, la belle abstention !

Plus que quelques jours et l’on connaîtra les deux candidats qui s’affronteront au deuxième tour de l’élection présidentielle française. J’ai beau chercher, je ne vois pas la moindre raison pour me déplacer dimanche prochain, ni même dans quinze jours. Oh, le mauvais citoyen ! Je vais expliquer le plus succinctement possible ma position concernant cette élection qui est un des temps fort de la « démocratie à la française », et que pourtant j’ai beaucoup de mal à percevoir autrement qu’en spectacle de clowns.

 

Il faut d’emblée préciser que c’est la dernière élection où la participation est (relativement) importante, le peuple ayant bien saisis que les autres élections, locales, régionales ou européennes, n’ont guère d’incidence  dans un pays aussi centralisé. A contrario, la concentration des pouvoirs dans les mains du chef de l’Etat est telle que ce scrutin présidentiel revêt une importance considérable. Effectivement, le candidat choisi et son futur gouvernement décideront de tout ou presque pendant cinq années, et présideront depuis Paris aux destinées de 65 millions d’individus. Cela sans contre-pouvoirs réels. C’est la première chose qui me dépasse. Que l’on abdique totalement sa souveraineté individuelle, et que collectivement l’on concède toute prise sur son présent et son avenir proche. On assiste ainsi à une déresponsabilisation complète des individus à qui l’on enjoint de voter tous les cinq ans pour mieux les écarter de la chose publique entre temps. En lieu et place de l’autonomie d’action et de réflexion, la communauté de citoyens se laisse bercer et conduire par les autorités publiques et les médias, voire un orateur brillant comme c’est le cas de l’extrême-gauche avec Mélenchon. Ce dernier cas mis à part, il n’est pas étonnant que la résignation et l’apathie soient généralisées, étant entendu qu’on attend tout d’un Etat qui prétend tout pouvoir résoudre. Lorsque l’on se rend compte de l’incongruité de la chose, la chute est dure…

 

D’un point de vue anticapitaliste, il paraît évident que rien n’est à attendre de ce scrutin. L’élan actuel autour du social-nationalisme de Mélenchon devant être considéré comme il se doit, c’est à dire un repoussoir, force est de constater que l’anticapitalisme internationaliste ne pèse presque plus rien aujourd’hui (en dépit de la candidature rafraîchissante de Philippe Poutou). De même, l’écologie politique est en train de sombrer avec la défaite cinglante d’Eva Joly. Seuls ces deux candidats, pourtant, offrent une véritable réflexion sur l’organisation politique française tout en prônant une rupture  avec le système capitaliste. Ils pèsent d’après les sondages 3% à eux-deux…

 

C’est peut-être cela le plus effrayant, se dire qu’aujourd’hui 97% des gens adhèrent à la République jacobine et à son fonctionnement centralisé. Les questions de démocratie locale, de réorganisation du territoire, de droit à l’expérimentation, de sauvegarde des langues et cultures minoritaires, sont toutes occultées dans cette campagne où ce sont les états-majors des partis et les médias parisiens qui donnent le tempo. Si au moins ces problématiques apparaissaient et étaient débattues comme il se doit au moment des scrutins locaux ou régionaux. Mais non, là aussi ces questions sont phagocytées par les grands débats nationaux. En France, la politique ne s’envisage qu’au niveau national, et il ne peut exister de réels espaces politiques intermédiaires où seraient discutées de façon autonome les problématiques locales. Les élus locaux, imprégnés par ce fonctionnement, ne font d’ailleurs la plupart du temps que décliner localement ce qui se dit et se décide à Paris, sans jamais montrer une quelconque autonomie de réflexion et sans la moindre volonté d’exercer un véritable contre-pouvoir local. L’élection présidentielle contribue évidemment à accentuer cette tendance, en éludant tout ce qui ne relève pas du « national » ( terme à peu près équivalent à « parisien »).


La participation aux élections est un acte fort de la citoyenneté française, par lequel l’on manifeste son appartenance à la communauté de citoyens, même ci celle-ci ne s’avère n’être qu’un agrégat d’individus, conditionnés pour répondre docilement aux injonctions des pouvoirs publics, manifester raisonnablement leur mécontentement de temps à autre, et surtout ne jamais songer à remettre en question le système politique en place. La portée symbolique du vote est donc essentielle pour le républicanisme français, qui, par ce biais, tente de cimenter une communauté nationale que l’absence de guerre ne permet plus de fédérer aussi facilement qu’avant. A travers les élections, on prête ainsi allégeance au système politique en place, à la République, à la Nation, ceci au-delà des querelles partisanes. Cette communion républicaine pose évidemment problème pour tous ceux que la République a écrasés. Les ouvriers au premier chef, qui sont toujours moins nombreux à se déplacer vers les bureaux de votes. Et puis évidemment toutes les minorités ethniques que la République a voulu effacer par décret. La France a tout fait, par l’humiliation et le mépris, puis dorénavant l’absence de reconnaissance, pour rayer de la carte les peuples qu’elle a conquis. Encore aujourd’hui, nous subissons ce rapport de domination qui nous prive collectivement de notre passé, de notre présent et de notre futur, qui nous empêche de vivre notre identité comme on l’entend, et de faire vivre notre culture autrement que folklorisée. Le déni de démocratie qui nous frappe est largement suffisant à mon sens pour ne pas participer à leur cirque électoral.

 

Nos droits culturels fondamentaux continueront d’être allègrement bafoués, la démocratie locale restera une chimère, l’oligarchie parisienne gagnée au capitalisme dictera plus que jamais ses desiderata à 65 millions de personnes… L’élection passera et rien ne changera. Restons chez nous, et laissons les citoyens, ces fidèles de l’église républicaine, aller communier dimanche tout en croyant encore à leur « démocratie ». Chaque point supplémentaire d’abstention est une gifle infligée à leur République de merde.

 


Les ravages de l’enseignement républicain dans les colonies

En cette période d’élection présidentielle, c’est à un festival de grandes proclamations auxquelles nous avons droit, sur la grandeur de la France, l’universalité de ses principes émancipateurs, et autres foutaises du genre. Régulièrement, j’ai l’occasion de brocarder les “généreux” principes républicains, qui s’avèrent n’être le plus souvent que  slogans bien creux, mais qui légitiment des situations caractérisées d’oppression politique et culturelle, dans les territoires conquis et soumis de l’Hexagone aussi bien que dans les colonies.

Sur l’Ile de la Réunion, à la situation sociale délétère (la pauvreté y est généralisée et 60% des jeunes de 18 à 25 ans y est au chômage…) s’ajoute l’oppression culturelle et la négation de la culture et identité réunionnaise. L’école de la République, tellement louée ces temps-ci par les Mélenchon et cie, reste inflexible et droite dans ses bottes pour substituer à la langue créole parlée dans les familles, la seule langue de progrès, le français. Voilà le constat, et le questionnement qui en découle, que dresse le syndicat Sud éducation Réunion dans son bulletin de mars/avril 2012 :

La Langue créole à l’école

Les conditions sociales rapidement décrites ci-dessus influent sur l’accès au droit à l’éducation. 20% d’illettrés, un pourcentage qui résiste au temps ! Cependant, il nous semble hasardeux d’expliquer l’échec scolaire à la Réunion par un déterminant social absolu. D’autres facteurs sont internes à l’école et notamment son refus de prendre en compte les spécificités de la culture réunionnaise. La langue créole est parlée dans la plupart des familles, parfois avec le français, or 18% des enfants ne parlant que créole à la maison seraient en difficulté dès le CP. Pourtant, on sait aujourd’hui que le bilinguisme, loin d’être un frein aux apprentissages, peut en être un accélérateur. On sait aussi l’importance de la reconnaissance de la langue maternelle dans la réussite scolaire. Or, le créole a un mauvais statut dans l’école réunionnaise et les classes bilingues restent marginales. L’école publique est-elle et doit-elle être réunionnaise ou française à la Réunion ? L’école doit-elle être pensée en créole ou le créole doit-il trouver sa place dans l’école ? Le débat reste ouvert dans notre syndicat comme dans la société. Ce dont nous sommes sûrEs à Sud éducation, c’est que l’accueil des enfants parlant une autre langue que le français nécessite des moyens spécifiques à grande échelle, que le statut du créole à l’école doit être revalorisé, que l’histoire du peuple doit être restituée au peuple : l’enseignement de l’Histoire de la Réunion n’est pas obligatoire !

A Mayotte, le tout récent département français, les zélotes de la langue française sont en mission. En entendant une enseignante dans l’émission “Mayotte : le choix de la France”, passée sur France Culture le 05 03 2011, on croit revivre, les brimades en moins, ce qu’ont enduré les petits bretonnants :

(journaliste) – Ici dans la classe, on ne parle pas mahorais ?

(enseignante) – Non.

(journaliste) – Les enfants ne peuvent pas parler mahorais ? C’est une manière pour vous d’imposer vraiment le français ?

(enseignante) – Oui… c’est la langue qu’on doit appliquer à l’école !

(journaliste) – Mais si vous voyez qu’ils ne comprennent pas forcément vous les autorisez à parler…

(enseignante) – Non ! Pour être un bon élève, il faut savoir dès le CP [le français]…”

Le mot de la fin est à l’inspectrice du vice-rectorat de Mayotte, toujours dans la même émission :

“L’année dernière, on pouvait avoir la moitié d’une classe de cour préparatoire qu’avait de grosse difficultés à démarrer. Forcément, s’ils ne parlent pas français. Il y a des problèmes de phonologie, de compréhension, de lexique…”

Bardées de certitudes et de bons sentiments, elle nous décrit les difficultés de langage des petits Mahorais, incapable qu’elle est de concevoir que ces enfants n’auraient probablement pas plus de “problèmes de phonologie, de compréhension, de lexique” que la moyenne, si on les instruisait et les évaluait dans leur propre langue ! Ce que les Bretons ont souffert avec les autres peuples écrasés de l’Hexagone au XXe siècle, les colonies françaises continuent de le vivre tous les jours au XXIe siècle… sidérant.


Cogordas Awards

Nevez ‘zo, en deizioù a-raok ar vanifestadeg, oa bet derc’het e Tolosa un nozvezh evit “meuliñ” kaozioù disprizusañ ar bloavezh 2011 e-keñver ar yezhoù bihan.  Fentus-kaer eo ar video, graet brav,  klevet a raer komzoù mantrus ha na oant ket bet klevet ganin… ha tout-se en okitaneg mar plij. Kalz a blijadur koura !

 

 

 


“Petit manifeste futuriste en faveur des langues minorisées”

 

Suite aux manifestations de samedi à travers la France, réussite sur le plan de la mobilisation, semi-échec sur le plan médiatique (mais c’était prévisible), je renvoie le lecteur vers le tout dernier article du socio-linguiste occitan Jean-Pierre Cavaillé, Petit manifeste futuriste en faveur des langues minorisées. En quelques paragraphes lumineux, l’auteur démontre la modernité et la justesse de notre combat pour la survie de nos langues, qu’elle soit occitane, bretonne, rrom ou polynésienne. Et il allume comme il se doit l’idéologie nationaliste française et son principe sacré de langue unique. Ce petit texte est un condensé des analyses brillantes que nous offre régulièrement sur son blog le socio-linguiste, où la défense de l’occitan et des langues minorisées côtoie la dénonciation sans concession de la politique française de domination culturelle et linguistique. C’est  en somme la référence théorique pour qui veut comprendre et lutter contre la politique d’éradication dont sont victimes nos langues et cultures.

 

 

 


Da Gemper disadorn !

 

A-benn disadorn ‘h efomp ur wezh adarre da gerzhet ‘ba ur gêr vras evit difenn ar brezhoneg hag ar gallaoueg. An dro-mañ ‘vat ‘vefomp asambles  gant difennerien ar yezhoù all gwasket gant ar Stad. Manifestadegoù vo un tamm bihan pep lec’h (Aiacciu, Strassburg, Baiona, Tolosa), betek Lille evit ar flandreg ha Poitiers evit ar yezhoù oil. Dibunañ tout memes deiz a glefe sachañ evezh ar mediaoù parizian hag an dud war ar renk da vont da Brezidant, hervez. Gwelet ‘vo, met bepred e ra plijadur klevet a-unvouezh pobloù bihan an Egzagon. N’arrua ket alies.

 

N’on ket pet manifestadeg a-sort-se warn-ugent a renkfomp ober a-raok gonit un damm bennaket. Didalvez-libr neuze kerzhal disadorn ? Dam n’eo ket. Diskwel hon youl,  lakaat da gomz diwar-benn hon stourm, klevet brezhoneg e-leizh, adwelet kamaradoù…

 

Ha koulskoude, kement a draoù ‘vefe da lâret diwar-benn ar vanifestadeg. Rannvro Breizh e-mesk an aozourien, bec’h etre Ai’ta! ha tud ‘zo e penn ar vanifestadeg, “brezhoneg ofisiel” karzhet… Gwashañ tra eo, din-me, gwelet mevelien ar Republik, gwisket o goûkennoù triliv gante, o poufañ e penn a-raok ar vanifestadeg. Kavout a raer loened a-sort-se ‘ba kement manif evit ar brezhoneg, met an dro-mañ ‘meus aon e vezvizennfomp dirak kement a lakizien dastumet eno. Unan anezhe a vanko memes tra, ar gagn kozh Bernard Poignant ‘h ey da vanifestiñ da… Dolosa, da heul e vestr François Hollande. ‘Ba Kemper vo ret dimp anduriñ un toullad mat anezhe, kozh dilennidi a raio sin da vezañ tomm pe tommoc’h deus ar brezhoneg en ul lâret dimp doujañ ha karout o Republik. Klevet a refomp anezhe o veuliñ an traoù dister a reont evit ar brezhoneg, ar munudachoù gonezet gante. Ha kanañ o skas d’ar reoù a stourm da vat evel SAB pe Ai’ta!.

 

Sevel a ra drouk ennon. N’on ket dre benaos e c’haller degemer tud evel-se pa oarer ervat ne reont kazi mann ebet evit hon sevenadur. En Breizh evel e lec’h all eo ar stourmerien, ar gevredigezh sivil ‘deus difennet ha gonezet traoù evit ar brezhoneg, e-pad ma oa an dilennidi o lakaat ac’hanomp da blegañ dirak urzh ar Republik. Ordin ‘deus graet ‘met respont d’ur goulenn sokial kreñv. Dre se e lâran krenn ha krak, menec’h ar Republik ‘deus mann ebet d’ober ‘ba ur vanifestadeg evit difenn ar brezhoneg. Er-maez ! evel ar faskourien hag ar Front de Gauche a zo da dont ivez. Aze on prest da chetañ.

 

 

Petit coup de gueule contre les élus de la République qui vont sans doute venir nombreux, ceints de leur écharpe tricolore, parader en tête de manif samedi à Kemper. On va les entendre vanter leur (in)action, ou feindre de se poser en grands défenseurs des langues minoritaires. Ils ne trompent personne. Aspirés par le centralisme jacobin, les élus bretons dans leur ensemble ont abandonné la langue et la culture bretonne de longue date. Les avancées en faveur du breton, ce sont les militants et la société civile qui les ont obtenus par la lutte, quand les élus n’ont jamais eu à la bouche que sujétion complète à la citoyenneté française unilingue.

 

 


Le jour où l’Europe balaya la France


Tout commença lors de l’été 2012. Le peuple grec était à l’agonie, pris à la gorge par une classe dirigeante elle-même aux ordres du libéralisme mondial. Les manifestations étaient quotidiennes, impressionnantes, à travers tout le pays. A la résignation avait succédé un espoir un peu fou, qui avait gagné toutes les couches de la société. Une force collective nouvelle se dégageait de ces masses qui refusaient les conditions de vie détestables que les économistes voulaient leur imposer. L’idée avait germé et essaimé que le peuple pouvait, devait se rendre de nouveau maître de son destin.

Chose nouvelle, les manifestations de solidarité s’étaient généralisées en Europe. Les Grecs étaient sur le point d’être rejetés hors de l’Europe, et partout les peuples se révoltaient contre le traitement infligé aux Grecs, qui selon toute vraisemblance les guetterait tôt ou tard. Le raz-de-marée humain était tel en Europe que l’effervescence gagna nombre d’intellectuels, et les politiques par contagion. Sous la pression, les dirigeants européens se réunirent et acceptèrent à reculons la revendication populaire d’une assemblée constituante à l’échelle de l’Europe. Celle-ci se réunit le 4 août à Bruxelles, avec des délégations issues de la société civile et représentants chaque gouvernement, chaque pays, chaque région de l’Union Européenne.

Les peuples d’Europe devaient enfin fusionner

L’ambiance était surréaliste, euphorique. Ces centaines de délégués, sous le regard attentif de leurs médias nationaux, avaient conscience de participer à un moment décisif et historique. Le pouvoir politique traditionnel vacillait, le carcan capitaliste se fissurait, beaucoup de certitudes semblaient s’évanouir et laisser place à un champ des possibles complètement inédit. Les premiers orateurs n’eurent pas de mots trop durs pour vilipender la haute finance, les multinationales, les experts en tout genre et le libéralisme destructeur, qui avaient bafoué la noble idée de communauté européenne. L’attitude exemplaire du peuple grec, désormais debout face à l’injustice libérale, était saluée à chaque prise de parole et soulevait des salves d’applaudissements.

Mais l’assemblée connut un nouvel élan lorsqu’un obscur délégué slovaque s’avança au pupitre. Celui-ci plaida avec enthousiasme en faveur d’une idée renouvelée et résolument tournée vers l’avenir de la citoyenneté européenne. Sociale, juste, démocratique, progressiste, l’Union européenne devait être émanation du peuple, et cesser d’être l’instrument d’oppression que le libéralisme avait façonné jusqu’alors. L’Assemblée se leva, exultant. La rupture avec le capitalisme devenait un impératif. Quant à la fraternité européenne, elle ne devait plus souffrir de frontières intérieures. Les peuples d’Europe devaient enfin fusionner pour que l’égalité entre tous les citoyens européens éclipse enfin les égoïsmes nationaux. La salle l’ovationna.

Quelques délégués à la botte des gouvernements en place et du libéralisme tentèrent bien de faire dérailler la folle idée naissante. Mais les broncas successives et l’hostilité générale les dissuadèrent de rester plus longtemps dans la salle. D’autres orateurs prolongèrent le génial projet du délégué slovaque, avec à chaque fois des tonnerres d’applaudissements. L’un d’entre-eux porta un vibrant hommage au peuple européen, pendant si longtemps divisé, et qui se retrouvait enfin véritablement réuni ce soir-là. Le principe sacré de l’Unité et de l’Indivisibilité du peuple européen ne tarda pas à être émis et adopté. Dans la foulée l’on vota à l’unanimité en faveur de l’abandon de toutes les anciennes souverainetés nationales. Les forces armées et de police des différents Etats étaient dans un même mouvement dissoutes au profit d’une unique force populaire européenne.

La communauté politique homogène exigeait des êtres semblables

Un autre délégué fit forte impression en reniant sa qualité d’Italien, et en appelant à la dissolution du pays qu’il convenait jusque là d’appeler Italie. D’autres surenchérirent en appelant toutes les vieilles nations, ces débris de l’histoire, à s’effacer devant le nouveau projet porteur d’espoir, de paix et de bonheur. Comme le formula un délégué portugais, l’esprit national et particulier qui prévalait auparavant devait désormais se fondre en esprit européen et universel. Certains orateurs, portés par l’événement, s’en prirent virulemment à ces Etats-nations, petits territoires morcelés et claquemurés, qui pendant longtemps ne surent que se faire la guerre. L’heure était à la formation d’une communauté humaine éclairée, d’un peuple neuf, uni et solidaire, débarrassée de ses oripeaux nationaux  et du patriotisme imbécile.

Les particularismes nationaux et locaux étant des entraves à la formation de l’Homme nouveau, il s’imposait à ces révolutionnaires de révoquer toute idée d’appartenance. Dorénavant, il n’y avait plus que des Européens, là où autrefois il y avait des Allemands, des Espagnols, des Français, des Belges, etc. L’impératif d’une communauté politique homogène exigeait des êtres semblables. On en conclut à la nécessité d’un enseignement rigoureusement uniforme aux quatre coins du continent. Des programmes strictement identiques pour tous, appliqués par un corps d’enseignants mobiles et interchangeables, le tout s’insérant dans un système éducatif hyper-hiérarchisé, devaient concrétiser cette promesse. L’enseignement de l’histoire avait un rôle essentiel dans ce cadre, en cherchant à susciter l’adhésion de la jeunesse à la nouvelle construction politique. Elle se devait de démontrer à tous l’antiquité de l’Union européenne, dont l’Empire romain était présenté comme la préfiguration. De cette façon, on prouvait qu’elle préexistait aux Etats-nations, apparus ultérieurement. La période de 1500 ans allant de la chute de l’Empire romain à la création de l’Union européenne fut rebaptisée « les Ages sombres ». La période contemporaine, celle de l’avènement de la Communauté européenne, fut qualifiée elle d’ « Ere du bonheur humain ».

C’est alors que se posa la question des langues. Les débats furent brefs, et rapidement apparut un consensus sur la nécessité d’une même et unique langue commune à toute l’Europe. L’injustice qui obligeait les travailleurs européens à changer de langue en même temps que de pays était désormais insupportable à tous. Une communauté humaine éclairée devait se comprendre parfaitement d’un bout à l’autre du continent, et parler le même langage. Le choix se porta assez logiquement sur l’anglais, qui avait l’avantage d’être déjà connu par la plupart des Européens. Les Français défendirent exagérément leur idiome. Lorsqu’ils comprirent leur défaite, les plus buttés d’entre eux quittèrent la salle, laissant un goût amer à une assemblée qui avait bien du mal à accepter ces manifestations rétrogrades de particularisme national. L’intransigeance française laissait cependant planer une menace quant à une scission à l’intérieur du peuple européen, désormais proclamé Un et indivisible. Pour prévenir tout fédéralisme des idiomes, on décida d’un commun accord de supprimer ces ferments de division que représentaient les langues vernaculaires. Plusieurs préconisations furent émises dans ce sens, comme l’anglicisation systématiques de tous les patronymes et toponymes (la ville de « Paris » fut ainsi renommé en « Hilton »), ainsi que la mise à l’écart complète des patois de l’espace public, de l’enseignement et de l’éducation (toute autre langue que l’anglais devait désormais être qualifiée de patois). La langue anglaise, quant à elle, promue au rang de langue de la liberté et du Progrès, allait bénéficier de tout un arsenal de mesures pour généraliser son utilisation. Avec un tel dispositif, l’assemblée avait bon espoir de voir le féodalisme linguistique complètement effacé au bout de deux générations.

Le centralisme s’imposa à tous comme une évidence

Il fallait aussi refonder le temps et l’espace du nouvel espace homogène à faire advenir. Un projet de nouveau calendrier fut lancé sur le champ. La discussion sur l’organisation territoriale prit une importance prépondérante. Tous s’accordaient à faire du passé table rase, et à dissoudre définitivement toutes les identités locales, régionales et nationales, qui constituaient autant de prisons étroites pour l’esprit. Immédiatement, une commission se proposa de plancher sur la question. On les vit revenir au bout de quinze minutes, brandissant des double-décimètres et des cartes de l’Union européenne quadrillées à la perfection. La foule des délégués laissa échapper un murmure d’approbation. Déjà les cartes circulaient dans les rangs. L’Europe avait été divisée en vingt-sept carrés d’égale surface et aux limites parfaitement rectilignes, les côtes maritimes venant harmonieusement équilibrer la perfection géométrique du tracé adopté. Le territoire qui s’appelait autrefois France se retrouvait maintenant scindé en quatre carrés différents, où figuraient également des bouts de Belgique et de Pays-Bas, de Luxembourg et d’Allemagne, de Suisse et d’Italie. Ils étaient nommés B5, B6, C5 et C6, la commission ayant judicieusement préféré un code alphanumérique plutôt que des dénominations toponymiques qui, inévitablement, auraient rappelé les anciennes langues et divisions territoriales. Ce quadrillage fut érigé en unique échelon administratif européen, en lieu et place de l’anarchique bigarrure des découpages et des échelons administratifs, des statuts et des prérogatives, qui prévalait jusque là.

C’est alors qu’un incident rompit l’unanimité ambiante. Une agitation parcourait de nouveau les rangs des délégués français. Des dissensions se faisaient jour entre eux, que les autres délégués à proximité ne parvenaient à désamorcer.  On donna la parole à l’un des Français. La refondation des limites territoriales constituait la pierre d’achoppement. Ces délégués rétifs exigeaient le respect des frontières de la France dans le futur tracé administratif, en hommage à l’histoire prestigieuse de l’Hexagone. Un large murmure de désapprobation parcourut la grande salle. Un orateur allemand les tança sans ménagement, stigmatisant leur refus du progrès et de la modernité, tout en les invitant à faire preuve d’audace en ce moment historique. Las, une partie des Français déserta la salle, laissant l’assemblée mal à l’aise quelques minutes.

On oublia bien vite la bouderie de ces quelques Français, campés sur leurs positions rétrogrades, et  qui de toute façon ne pesaient pas bien lourd. On aborda alors la question de l’organisation politique de cet espace nouveau. Le centralisme s’imposa à tous comme une évidence. On érigea fort logiquement Bruxelles en capitale, en décidant de lui attribuer à elle toute seule l’ensemble des administrations, des ministères, des institutions de gouvernement, ainsi que la banque centrale et les sièges de tous les nouveaux médias et services publics. Tout devait être décidé, piloté et contrôlé depuis Bruxelles. On s’accorda à y créer toutes les écoles prestigieuses nécessaires pour faire fonctionner l’ensemble. On décida par ailleurs d’accélérer la croissance de la métropole Bruxelloise, en y orientant la plupart des flux migratoires, afin qu’elle surpasse rapidement tous les autres pôles urbains du continent. Sur le plan culturel, fut votée une politique d’investissements massifs afin d’en faire la nouvelle vitrine culturelle et touristique d’une Europe à prétention universelle.

On était au petit matin et l’assemblée se préparait à clore cette nuit historique pour le Progrès humain. Chez beaucoup, la fatigue commençait à prendre le pas sur l’euphorie. C’est à ce moment-là qu’une nouvelle vint rapidement assombrir les visages. Une agence de presse annonçait l’entrée en résistance d’un mouvement nationaliste français…


Autonomie et réunification de la Bretagne, vite !

 

L’édition du 3 février du Telegramme nous apprend qu’aucune université du Grand Ouest ne figure parmi les 8 campus sélectionnés par le ministère de l’enseignement supérieur dans le cadre de l’appel à projet du grand emprunt, les “Initiatives d’excellence”. Sans surprise, la moitié des universités retenues (4 sur 8) se situent en région parisienne. Le regroupement des universités bretonnes  sous le nom d’ Université Européenne de Bretagne (évidemment circonscrit aux 4 départements de la région administrative), n’a pas fait le poids et ne bénéficiera donc pas de la (grosse) part du gâteau : 7,7Md  € au bas mot pour faire des 8 campus choisis des pôles universitaires de rang mondial.

 

Comme à l’accoutumée, la Bretagne est ignorée du pouvoir central, et Paris continue de bénéficier à fond des financements publics. A force, ça en devient caricatural, et pourtant cela ne choque guère. Vu de Paris, c’est normal étant donné la situation périphérique de la Bretagne. Vu de Bretagne, c’est normal aussi, habitués que nous sommes, et nos élus s’en satisfaisant par médiocrité, a être privés d’un vrai développement régional. Ainsi fonctionne la République, championne de l’égalitarisme. Pour paraphraser Orwell, toutes les régions sont égales entre elles, mais l’une d’elles est (bien) plus égales que les autres.

 

Combien de temps encore devrons-nous accepter docilement que le présent et l’avenir de la Bretagne soient dictés par un pouvoir central qui nous ignore ? Quand verrons-nous les élus bretons, aboyant pour leurs intérêts locaux et frétillant la queue à l’idée de faire carrière à Paris, défendre véritablement les intérêts de la Bretagne et des Bretons ? Ma doue, que le CELIB est loin. Et pourtant, l’exemple des universités bretonnes recalées par l’Etat français nous le rappelle encore une fois, seule une Bretagne autonome et réunifiée, actrice de son développement, permettra d’inverser le processus de minorisation politique à l’échelle française.

 

Ces temps-ci l’on sent un frémissement en faveur de la réunification de la Bretagne, suite à l’amendement des députés Le Fur et De Rugy. Difficile de dire si l’issue en sera positive. Au moins, l’initiative a-t-elle le mérite de mettre le sujet sur le table et de clarifier le positionnement des uns et des autres. Mais les obstacles seront évidemment multiples. Réunifier la Bretagne, dans un pays qui a une peur panique des “revendications régionalistes”, ne va évidemment pas de soi. Le sociologue Pierre-Jean Simon le rappellait avec à propos dans son ouvrage La bretonnité, une ethnicité problématique, 1999 :

 

“Au maintien de cette région mutilée, cette région-croupion – en dépit de la géographie, de l’histoire, de l’économie et peut-être du simple bon sens -, à ce que certains ne craignent pas d’appeler le “dépeçage” de la Bretagne (et d’évoquer parfois à ce propos la partition irlandaise de l’Ulster), il paraît difficile d’avancer aucune justification qui ne soit directement politique et idéologique. Il s’agit assez clairement pour le pouvoir central d’éviter que se reconstitue la Bretagne d’autrefois sous la forme d’une région moderne qui par la réunion des cinq départements bretons serait susceptible de former un ensemble viable disposant d’un potentiel démographique et économique la mettant à l’échelle des régions européennes et la rendant de ce fait moins dépendante du centre parisien.” (p148, La bretonnité, une ethnicité problématique, 1999)


Internet, nouvel outil d’abrutissement des masses

Je suis tombé il  y a peu sur un excellent article, Internet ou le stratagème des chaînes  (écrit par un Nantais, soit dit en passant). Bien qu’il soit long, le style simple le rend très agréable à lire. Sur l’argumentation, pas grand-chose à redire, elle est redoutablement efficace. L’idée conductrice est qu’Internet, par l’influence grandissante et discutable qu’il occupe dans nos vies, ne représente pas moins que le nouvel outil d’abrutissement des masses, venant efficacement compléter la lobotomie télévisuelle à l’oeuvre depuis quelques décennies déjà :

“Cependant, le plus préoccupant dans cette affaire est le fait qu’en dépit de la popularité croissante du Net, la télévision ne recule pas tant que cela. Ce qui signifie que l’on passe en moyenne autant de temps sur l’un que sur l’autre.”

Les bienfaits tant vantés du net (connection au monde, communication facilitée, totale autonomie dans la navigation, richesse presque illimitée du contenu, etc.) sont à relativiser fortement face à une série de problèmes qui se pose. Au premier rang d’entre-eux, la place prépondérante qu’occupe le divertissement,  tel qu’imposé et défini par la société capitaliste, nous maintenant jusque dans le monde virtuel dans notre rôle de consommateurs dociles  :

“Pendant qu’on regarde sur le net des types bourrés, des blagues imbéciles, les résultats sportifs ou des bonnes femmes à poil, on ne lit pas, on ne veille pas à ses intérêts politiques ou économiques, on ne voit pas d’amis, bref, on ne fait rien d’utile à aucun point de vue. Le Net tue le temps… NOTRE temps.”

De plus, il est maintenant acquis qu’Internet est un outil de contrôle et de surveillance des populations inégalé, dont nous sommes loin d’avoir pris consciences des conséquences éventuelles.

 

Enfin bref, l’article est très complet et est à lire d’urgence pour quiconque veut garder prise sur ce média qui envahit progressivement toutes les sphères de notre vie. 

 

 


Kenavo paotr

 

Bet eo an devezh-mañ unan deus ar re dristañ. Chomet e oan mantret daou viz ‘zo pa ‘ma goulet gantañ penaos oa e gont, hag eñ respont ac’hanon evel-henn en ur c’hoarzhin : “ar c’hrank zo ennon”. Ha herie ‘h on manet mantret un eil gwezh, pa ‘meus klevet ar c’heloù spontus. Aet eo. An Ankou ‘neus falc’het anezhañ war-lerc’h eizh miz stourm enep d’ar c’hleñved. Ne oa ket ‘met daou vloaz warn-ugent.

En em anavezet omp ‘ba Ai’ta!. Eñ oa ul lisead yaouank krog da deskiñ brezhoneg. Deut oa prim ha brav gantañ. ‘Na ket aon rak komz brezhoneg. Lorc’h oa ennañ kentoc’h. Mont a rae ivez da deskiñ yezh ar vro gant e amezeien gozh. Evit difenn Breizh oa tan ennañ, minapl ! Ur wezh ‘na kontet din oa o soñjal diskar an Triliv zo war iliz bras Lannuon. Bet e oa ‘ba Brest o studiañ ar brezhoneg er skol-veur, ha goude oa antreet ‘ba Kelenn e Kemper da vont da skolaer ‘ba Diwan. N’eus ket gallet achuiñ e stummadur.

 

N’hallen ket tremen hep rentañ homaj dezhañ.

Kenavo Geoffrey

Agur eta ohore !


Heuliañ

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