Progression des filières bilingues bretonnes

Ouest-France

 

 

Les effectifs des classes bilingues bretonnes continuent leur progression. C’est ce dont fait état l’édition du 04 octobre de Ouest-France. Le chiffre à retenir de la rentrée 2010 est 13450, autant dire le cumul des élèves scolarisés par Diwan, l’enseignement bilingue public (Divyezh) et privé (Dihun). La croissance globale est de 3,16%, avec des disparités importantes. Quand le Morbihan reflue légèrement, la Loire-Atlantique affiche le pourcentage d’augmentation le plus important (12,45%). Le Finistère confirme son dynamisme en dépassant les 6000 élèves par rapport aux Côtes-d’Armor (3,57% de hausse) et l’Ille-et-Vilaine (1,67%). Filière par filière, Diwan arrive en tête pour la première fois depuis bien longtemps (4,77%), devant le public (3,36%) et le privé (1,85%).

 

D’autres chiffres sont à retrouver dans Ouest-France :

 

Article du 04-10-2010

 

Le gain entre la rentrée 2009 et celle de  2010 est de 415 élèves. Ce qui est plutôt encourageant, bien qu’à relativiser au vu de l’objectif de 20000 élèves annoncé il y a 6 ans par le Conseil Régional de Bretagne. De la même façon, la progression globale semble s’essouffler et marquer un léger tassement par rapport à la croissance des années 2000. On avance. Mais bien trop lentement pour inverser la tendance lourde. D’après Ofis ar Brezhoneg, 1,53% des élèves bretons sont en filière bilingue ou immersive… Soit :

– 3,46% dans le Finistère

– 2,8% dans le Morbihan

– 1,97% dans les Côtes-d’Armor

– 0,49% dans l’Ille-et-Vilaine

– 0,18% dans la Loire-Inférieure

 

Même en Basse-Bretagne, territoire historique de la langue bretonne, le constat d’un enseignement bilingue ne concernant qu’une fraction minime de la population scolaire reste malheureusement valable. C’est très préoccupant, à un moment où l’enseignement représente sans doute le dernier  espoir de revitalisation du breton, alors que la transmission familiale est désormais négligeable. Et sur ces 13450 élèves aujourd’hui en classes bilingues, combien d’entre-eux parleront de façon régulière  un bon breton à l’âge adulte ? Une portion bien trop réduite, j’en ai bien peur, noyés qu’ils seront (pour ceux qui parviendront à rester vivre  en Bretagne !) dans une société massivement francophone…

 

J’arrête là le sado-masochisme pour attirer l’attention sur une note particulièrement stimulante du socio-linguiste occitan Jean-Pierre Cavaillé, que l’on trouve à la suite de son dernier texte :  

 

 Francophonies en Limousin et plurilinguisme

 

Voici la note en question :

 “On peut cependant se demander ce que veut vraiment dire donner à entendre une chanson ou deux en occitan à des enfants auxquels on ne dit même pas que cette langue est aussi « leur » langue, une langue dont ils pourraient et devraient être les héritiers, non parce qu’ils seraient de prétendue « souche » limousine, mais parce qu’ils vivent en limousin et que la langue, à travers ses locuteurs, est liée aux lieux où elle est parlée, parce qu’elle dépend entièrement de la capacité de ceux qui parlent à la transmettre.”

 

Voilà une réflexion essentielle sur la question du rapport que  devrait entretenir une population donnée, dont ses enfants, avec “sa langue” en danger de disparition. Je souscris totalement à l’idée de cette appropriation de la langue par tous les enfants que l’on devrait rendre partout possible, voire systématique. Il n’est pas normal que la pérennité du breton ne repose que sur approximativement 3,5% des élèves de Basse-Bretagne, et que le reste (soit 96,5%) soit maintenu dans une ignorance  totale de la langue qui est parlée depuis des siècles sur ce bout de péninsule. Dans la même logique, il paraît nécessaire de responsabiliser les Bretons adultes devant le sort de leur langue.

 

Comme Jean-Pierre Cavaillé, je pense que le breton est lié à un territoire, à son territoire historique. Et de fait, en tant qu’élément vivant du patrimoine culturel, il devrait incomber aux individus qui y vivent une responsabilité  : celle de pérenniser et de faire fructifier cet héritage. Cela paraît évidemment incongru à quiconque a intégré les certitudes françaises sur ces questions linguistiques. Mais il suffit d’aller faire un tour en Catalogne, au Pays de Galles, ou au Pays Basque sud, pour se rendre compte de la prégnance dans le corps social de ce que j’appellerais un véritable devoir moral de sauvegarde et de transmission de la langue nationale (ou régionale selon les  “critères” français).

 

Nous sommes encore en Bretagne à des années-lumières d’une telle prise de conscience collective, et restons malheureusement incapables de nous émanciper  intellectuellement des schémas abrutissants du républicanisme français. La langue bretonne n’a aucun avenir dans ce cadre français anesthésiant. Dès lors, seule une reconquête par les Bretons de droits collectifs dans un premier temps, et d’une souveraineté pleine et entière dans un second temps, permettront d’inverser le déclin et la marginalisation actuels de la langue bretonne sur son territoire historique.

 

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3 responses to “Progression des filières bilingues bretonnes

  • Yann

    E brezhoneg mar plij. N’eo ket bet savet al lec’hienn-mañ evit an divyezhek. Beuziñ a rit al liamm RSS gant ar galleg. Ma fell deoc’h doujañ da spered al lec’h-mañ e c’hellfec’h kas ar seurt pennadoù er skourr galleg ha lakaat amañ un diverrañ e brezhoneg hag ul liamm.

  • Welcome to the 21st century

    (Sorry for I don’t know much Breton.) Where I live, our minority language is compulsory in all schools as a first or second language.
    It is unacceptable for people joining our community to ignore our language, our culture, and impose theirs as if we didn’t exist. People choose to come and live here, fully aware of our specific culture. We are very open and offer language classes for free.
    Shame on France, the retarded state still practicing cultural genocide in the 21st century.
    Wake up, France, because if you don’t change your language and cultural policies whooping fast, the English speakers will treat you as you treated other minority languages : like inferior gibberish to erradicate.
    You will then claim such behaviour is unacceptable, imperialist and borderline racist, we will show you your own history books and current laws to claim you actually have no problem with cultural genocide as you actively practice it.
    Now France, how about joining the 21st century, one which in your current sole official language is not superior to others and therefore not inferior to others either? It’s a win-win deal for you. The Clock is Ticking.

  • paotr garz

    That ‘s true. France’s language and cultural policies are anachronism. The french centralism is an anachronism. Sometimes I think that french language defeat versus english will be a great revenge for us. It is their turn to face their language decline and uselessness. But the french language situation will stay far from our…
    I agree with you when you say that people coming should proove a will of local culture and language integration. If I was changing country or region, I will do it. But here, the french state prevents us from giving our culture and language to the newcomers. That’s our sad reality.
    Where do you come from ?
    (I apologize for my bad english and the mistakes I have done)

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