Rapport sur l’enseignement du et en breton

 Fañch Broudic, socio-linguiste, vient à peine de remettre son rapport sur l’enseignement du et en breton au recteur d’académie, que les réactions sont déjà nombreuses. Beaucoup en retiennent essentiellement sa préconisation d’abandonner l’écriture dite “Peurunvan”. Et ils s’en insurgent. Pour ma part, je n’ai pas d’avis tranché sur la question. J’utilise le peurunvan depuis que j’ai appris le breton, comme la plupart des néo-bretonnants. Pourtant, plus j’approfondis ma connaissance du breton, plus cette écriture m’insatisfait… Mais je continue de l’employer par facilité.

 

 Dans un petit aperçu du rapport, qui est apparemment loin de se focaliser sur la problématique de l’écriture, Broudic fait sur son blog le constat lucide que l’enseignement du breton est “dans une situation beaucoup plus précaire qu’on ne le croit”. Il me semble également que la belle courbe de croissance des effectifs bilingues de ces vingt dernières années ne doit surtout pas masquer les multiples entraves auxquelles est confronté l’enseignement en (et du) breton. Pelle-mêle : les abandons massifs en cours de scolarité bilingue (particulièrement à l’entrée en 6e), la difficulté d’ouverture de nouvelles écoles et classes, le manque criant de postulants aux concours d’enseignement, la complexité de faire apprendre le breton dans une société qui l’a rendu totalement inutile, sans parler de la qualité de la langue enseignée qui laisse franchement à désirer…

 

 Et puis, à 3% d’élèves concernés par le breton sur l’académie de Rennes (enseignement immersif, bilingue et optionnel cumulés), on peut difficilement suivre Broudic quand il énonce que ce n’est “plus un secteur marginal”. Tout est question de point de vue me direz-vous, et nous partions de zéro. Mais n’empêche… seulement 3% des jeunes Bretons apprenant leur langue à l’école dans des conditions précaires, combien de futurs bons bretonnants cela fera-t-il au final ? Sur une classe d’âge, je ne crois pas que nous atteignons 1%. Pire encore, combien d’entre-eux auront la possibilité ET la volonté de l’employer ? Allez, je préfère arrêter là le pessimisme.

 

C’est donc avec une irritation certaine que j’ai relevé ceci dans la présentation que fait Broudic de son rapport :

 L’enseignement du et en breton mobilise aujourd’hui des moyens humains, matériels et intellectuels considérables : il représente ainsi un total de 713,5 postes d’enseignants ETP sur l’Académie de Rennes.
En 2009-2010, l’Éducation nationale consacrait un budget de 23 millions d’euros à l’enseignement du et en breton. Pour la région Bretagne c’est 2,5 millions d’euros en 2010, et pour un département comme le Finistère c’est 1,7 million d’euros.

On perçoit évidemment que quelque chose cloche avec l’adjectif “considérables”. A l’aune de quoi peut-on qualifier les moyens mobilisés pour le breton de “considérables” ? En quoi 713,5 postes d’enseignants ETP est-il un chiffre “considérable” ? Au vu peut-être de la situation des langues de France ? Mais alors, c’est un bien mauvais étalon étant donné la situation catastrophique dans laquelle se trouve l’enseignement des langues minoritaires (où seul le corse surnage). Si Broudic sortait plus souvent de l’Hexagone et s’intéressait aux dispositifs en vigueur un peu partout en Europe pour revitaliser les langues minoritaires, il bannirait l’adjectif “considérables” pour le remplacer par “très limités”. Si pour lui les moyens en Bretagne sont “considérables”, comment qualifierait-il les moyens mobilisés dans la Communauté Autonome d’Euskadi pour le basque, où 1/3 des élèves apprend le basque en immersion, 1/3 en filière bilingue, et 1/3 en option ?

 

De même, dire que l’Education nationale “consacre un budget de 23 millions d’euros à l’enseignement du et en breton”, sans plus de précision, me fait rire, mais alors très jaune. Que cherche-t-il là en érigeant l’Etat français au rang de sauveur et grand mécène de notre langue (c’est en tout cas l’idée que ne manquera pas de se faire le quidam de base, et que n’hésiteront pas à reprendre nos nombreux adversaires) ?  A démontrer l’attitude volontariste et exemplaire de la France dans la défense des patois ? A flatter le commanditaire de son rapport, j’ai nommé le recteur d’Académie de Rennes ?

 

L’honnêteté aurait voulue qu’une telle assertion soit nuancée par ces quelques évidences : l’Etat n’a concédé une place au breton dans l’enseignement que sous la forte pression militante ; une petite part seulement de la somme mentionnée finance Diwan (1,7millions d’euros) ; le développement de l’enseignement bilingue public ne bénéficie d’absolument aucun soutien de l’Education nationale ; la quasi-totalité des 23 millions d’euros relève des salaires des enseignants, ayant au fil du temps remplacé des postes monolingues… Comment affirmer dans ces conditions que l’Etat “consacre un budget de 23 millions d’euros à l’enseignement du et en breton”, puisqu’il ne fait qu’accompagner frileusement, quand ce n’est pas freiner, le développement du breton à l’école ?!

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