Egalité et éducation publique : le discours républicain contre la réalité

En France, quand on défend un système d’autonomies régionales, on reçoit de façon assez systématique, en plus d’un regard désapprobateur,  la sempiternelle objection : “certes, mais dans ce cas on rompt avec le principe républicain d’égalité, et on risque de créer des inégalités entre régions”. A force, il en devient cocasse, ce discours républicain asséné sur le ton de la vérité générale, et qui ne souffre jamais la moindre remise en question. Surtout quand ce discours se révèle en déphasage complet avec la réalité.

Quantité d’études menées par divers géographes démontrent les inégalités territoriales flagrantes de ce système vanté pourtant comme hautement égalitaire : le poids disproportionné de la région parisienne sur le reste du territoire (pas près de s’arranger avec le projet de Grand Paris), les déséquilibres régionaux avec la politique de soutien à quelques métropoles régionales, l’abandon  presque complet des banlieues, de larges zones rurales et des colonies… A croire que l’obsession française pour l’unité interdit de constater l’évidence d’une France inégalitaire au plus haut point.

Le système éducatif n’y échappe évidemment pas. J’écrivais dans un précédent texte que le système éducatif français était évalué par les organismes internationaux comme très inégalitaire, bien loin des références en la matière tel que la Finlande. Une récente étude d’un syndicat enseignant du public, le SNUIPP, vient l’illustrer à merveille. Au premier semestre 2011, une enquête a été consacrée à l’argent de l’école versé par les communes. Celle-ci fait le constat de “disparités entre territoires qui ne se réduisent pas”, en référence à une précédente étude de 2001. L’écart de financement des écoles reste inchangé,  variant de 1 à 10 selon l’endroit ! L’exemple extrême et caricatural, est celui des intervenants extérieurs : “plus de la moitié des écoles de France n’en bénéficient jamais tandis qu’à l’autre bout de l’échelle, la ville de Paris recrute elle-même des profs municipaux sur concours pour intervenir en EPS, arts plastiques ou en langues vivantes par exemple.”

La conclusion est faite d’un “financement de l’école par les collectivités territoriales [qui] reste extrêmement inégalitaire”. Quelle est alors la réaction naturelle de nos bons petits soldats de la République française, syndicalistes enseignants en l’occurrence ? Inverser le paradigme comme en Finlande en misant sur un système d’autonomies locales pour permettre à chaque enfant de bénéficier d’un réel service public d’éducation de qualité au plus près de chez lui ? Non, ne rêvons pas. Le syndicat enseignant majoritaire préfère invoquer ad nauseam, telles des formules incantatoires, les sacro-saints “principes d’égalité et de gratuité qui fondent l”école républicaine”, quand bien même ceux-ci se révèlent complètement fumeux (à titre de comparaison, l’école finlandaise avec ses cantines, livres et fournitures scolaire gratuites, présente une gratuité absolue dont est très éloignée l’école française). Des discours et des postures, contre l’évidence la plus observable, et ce sans le moindre questionnement ou début de remise en question, en voilà une autre spécificité française...

 

En toute logique, c’est encore à l’Etat paternel qu’on vient finalement réclamer qu’il garantisse les beaux principes républicains : “c’est à l’Etat qu’il appartient d’assurer l’équité des conditions de scolarité sur tout le territoire”.  Toujours plus d’Etat, sans jamais envisager une organisation autre que centralisée… Le mal est profond.

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