France, une politique carcérale indigne

La période de fêtes actuelle est des plus difficiles pour tous les individu(e)s ayant à subir une privation de liberté. Le minimum est de ne pas les oublier. Voici un court texte à propos de la situation carcérale en France, soumis à publication sur Agoravox :

France, une politique carcérale indigne

En cette fin d’année rythmée par les fêtes, la section française de l’Observatoire International des Prisons vient brutalement nous rappeler la déplorable réalité des prisons françaises, en publiant son  tout dernier rapport, Les conditions de détention en France. Dans la présentation qui en est faite sur internet, la prison française est qualifiée par l’OIP de « mode de sanction plus contre-productif que réparateur ». Et effectivement, des « dispositifs de sécurité s’inscrivant dans une logique de coercition plus que de prévention, aux possibilités d’accès aux soins somatiques et psychiatriques, en passant par le travail des détenus, les contacts avec leurs proches et leurs possibilités d’expression », tout concourt à faire du système carcéral français un « scandale persistant ».

Surpopulation, vétusté, insalubrité, maladies, exploitation, rapport de force, suicides. Les prisons françaises font partie, dans toutes les études récentes, des pires au sein de l’Union européenne. Les condamnations par les ONG et les instances internationales se succèdent à un rythme régulier. En 2005, le commissaire européen aux Droits de l’homme, Alvaro Gil-Roblès, faisait un constat accablant suite à son passage dans les prisons françaises et déclarait qu’ « être en prison c’est être privé de liberté, et non pas vivre dans un lieu indigne d’êtres humains». Récemment, c’est un tribunal administratif français qui condamnait l’Etat à indemniser des détenus des maisons d’arrêt de Nanterre, Bois d’Arcy, Rouen et Marseille, au titre de « conditions d’hygiène et de salubrité insuffisantes ».

Il y a aujourd’hui en France 65000 personnes incarcérées pour 57000 places. 37% des établissements pénitentiaires ont un taux d’occupation supérieur ou égal à 150%, dont 5 au-delà de 200%. 60% des détenus ne disposent pas d’une cellule individuelle. Plus d’une centaine de suicides sont reconnus chaque année par l’administration pénitentiaire (chiffre qui a quintuplé en 50 ans). Le taux de suicide, 5 à 6 fois plus élevé en prison qu’à l’extérieur, est le plus important de l’Europe des 15.

La réponse proposée par les gouvernements successifs revient comme une rengaine : construire de nouvelles prisons. Nicolas Sarkozy a ainsi annoncé le 13 septembre 2011 le chiffre ahurissant de 80000 places prévus pour 2017. Dans le même temps, les moyens manquent cruellement pour améliorer l’encadrement (psychologique notamment) et pour mettre en œuvre des mesures d’aménagements de peine (surveillance électronique, placement extérieur ou semi-liberté). Celles-ci sont pourtant les plus favorables à prévenir la récidive, toutes les études montrant qu’il est préférable d’exécuter ces peines en milieu ouvert qu’en milieu fermé (les détenus qui ont purgé leur peine en totalité sont 63% à récidiver dans les 5 ans, contre moins de 45% pour ceux condamnés à une peine alternative).

Quant aux maisons centrales, où sont incarcérés les détenus purgeant de très longues peines,elles sont transformées en mouroirs, en lieux de déchéance et de mise au ban de la société. A tel point qu’en 2006, 10 prisonniers de Clairvaux condamnés à perpétuité, ont lancé un appel pour « un rétablissement effectif de la peine de mort ». A la barbarie de la peine de mort s’est ainsi substituée celle de l’application de peines aux durées humainement insupportables. Les divers travaux effectués sur la question de la durée de la peine, et particulièrement en matière de sanction appliquée aux auteurs de ces crimes les plus graves, démontrent que passé un temps jugé humainement supportable, la sanction n’est que déchéance, destruction et perte de tous les repères.

Au lieu de remettre chaque personne humaine, y compris celles et ceux ayant commis des actes très graves, dans une logique d’appartenance au corps social, on continue de privilégier le seul emprisonnement, facteur de souffrance psychique et de violence. Or, d’après le Conseil de l’Europe,  « dans la plupart des cas, la privation de liberté est loin d’être le meilleur recours pour aider l’auteur d’une infraction à devenir un membre de la société respectueux de la loi ».

Une fois de plus donc, les postures et les grandes proclamations d’une France donneuse de leçon sur la démocratie et les Droits de l’homme, sonnent bien creux au vu d’une réalité, carcérale en l’occurrence, indigne d’un Etat dit démocratique.

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