Les ravages de l’enseignement républicain dans les colonies

En cette période d’élection présidentielle, c’est à un festival de grandes proclamations auxquelles nous avons droit, sur la grandeur de la France, l’universalité de ses principes émancipateurs, et autres foutaises du genre. Régulièrement, j’ai l’occasion de brocarder les “généreux” principes républicains, qui s’avèrent n’être le plus souvent que  slogans bien creux, mais qui légitiment des situations caractérisées d’oppression politique et culturelle, dans les territoires conquis et soumis de l’Hexagone aussi bien que dans les colonies.

Sur l’Ile de la Réunion, à la situation sociale délétère (la pauvreté y est généralisée et 60% des jeunes de 18 à 25 ans y est au chômage…) s’ajoute l’oppression culturelle et la négation de la culture et identité réunionnaise. L’école de la République, tellement louée ces temps-ci par les Mélenchon et cie, reste inflexible et droite dans ses bottes pour substituer à la langue créole parlée dans les familles, la seule langue de progrès, le français. Voilà le constat, et le questionnement qui en découle, que dresse le syndicat Sud éducation Réunion dans son bulletin de mars/avril 2012 :

La Langue créole à l’école

Les conditions sociales rapidement décrites ci-dessus influent sur l’accès au droit à l’éducation. 20% d’illettrés, un pourcentage qui résiste au temps ! Cependant, il nous semble hasardeux d’expliquer l’échec scolaire à la Réunion par un déterminant social absolu. D’autres facteurs sont internes à l’école et notamment son refus de prendre en compte les spécificités de la culture réunionnaise. La langue créole est parlée dans la plupart des familles, parfois avec le français, or 18% des enfants ne parlant que créole à la maison seraient en difficulté dès le CP. Pourtant, on sait aujourd’hui que le bilinguisme, loin d’être un frein aux apprentissages, peut en être un accélérateur. On sait aussi l’importance de la reconnaissance de la langue maternelle dans la réussite scolaire. Or, le créole a un mauvais statut dans l’école réunionnaise et les classes bilingues restent marginales. L’école publique est-elle et doit-elle être réunionnaise ou française à la Réunion ? L’école doit-elle être pensée en créole ou le créole doit-il trouver sa place dans l’école ? Le débat reste ouvert dans notre syndicat comme dans la société. Ce dont nous sommes sûrEs à Sud éducation, c’est que l’accueil des enfants parlant une autre langue que le français nécessite des moyens spécifiques à grande échelle, que le statut du créole à l’école doit être revalorisé, que l’histoire du peuple doit être restituée au peuple : l’enseignement de l’Histoire de la Réunion n’est pas obligatoire !

A Mayotte, le tout récent département français, les zélotes de la langue française sont en mission. En entendant une enseignante dans l’émission “Mayotte : le choix de la France”, passée sur France Culture le 05 03 2011, on croit revivre, les brimades en moins, ce qu’ont enduré les petits bretonnants :

(journaliste) – Ici dans la classe, on ne parle pas mahorais ?

(enseignante) – Non.

(journaliste) – Les enfants ne peuvent pas parler mahorais ? C’est une manière pour vous d’imposer vraiment le français ?

(enseignante) – Oui… c’est la langue qu’on doit appliquer à l’école !

(journaliste) – Mais si vous voyez qu’ils ne comprennent pas forcément vous les autorisez à parler…

(enseignante) – Non ! Pour être un bon élève, il faut savoir dès le CP [le français]…”

Le mot de la fin est à l’inspectrice du vice-rectorat de Mayotte, toujours dans la même émission :

“L’année dernière, on pouvait avoir la moitié d’une classe de cour préparatoire qu’avait de grosse difficultés à démarrer. Forcément, s’ils ne parlent pas français. Il y a des problèmes de phonologie, de compréhension, de lexique…”

Bardées de certitudes et de bons sentiments, elle nous décrit les difficultés de langage des petits Mahorais, incapable qu’elle est de concevoir que ces enfants n’auraient probablement pas plus de “problèmes de phonologie, de compréhension, de lexique” que la moyenne, si on les instruisait et les évaluait dans leur propre langue ! Ce que les Bretons ont souffert avec les autres peuples écrasés de l’Hexagone au XXe siècle, les colonies françaises continuent de le vivre tous les jours au XXIe siècle… sidérant.

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