Le gallo… contre le breton ?

Langues_d'oïl

 

Les désillusions s’enchaînent pour les défenseurs des langues dites « régionales ». Le président Hollande renonce à son engagement de campagne No 56 sur la ratification de la Charte des langues régionales et minoritaires, la loi de refondation de l’école de Vincent Peillon les « oublie »… Enfin, ces déconvenues ne sont désillusions que pour les candides qui comptaient sur un printemps des langues « de France ». On n’en prend pas le chemin. Les pessimistes de mon acabit ont une nouvelle fois raison. Et nous sommes un certain nombre à ne jamais y avoir crû, à ces promesses de la gauche française. Mitterrand en a vacciné plus d’un. Le constat que la République « Une et indivisible » et la diversité linguistique sont antithétiques est, je pense, d’une implacable lucidité.

 

Dans ce contexte de blocage, il ne me semble pas inintéressant de se pencher sur le gallo, dont le militantisme gagne légèrement en visibilité. La reconnaissance officielle par la Région du breton et du gallo comme « langues de Bretagne » en 2004, a, de ce point de vue, été un formidable encouragement pour les militants du gallo. Ces « langues de Bretagne » étant placées strictement sur le même plan, le terrain est prêt pour des revendications tendant  à copier ce qui se fait pour la langue bretonne (création d’un Office de la langue gallèse, mise à égalité du gallo et du breton au conseil régional et dans les conseils généraux de la zone gallèse, mise en place d’une signalisation en gallo sur toute la Haute-Bretagne, etc.).

 

Cette reconnaissance du gallo comme « langue » et la montée de revendications ad hoc, portées par un réseau militant très restreint, est je pense problématique. Une des personnalités de l’Office de la langue bretonne, Olier ar Mogn, avait tenté dans un texte écrit en 2000 d’interroger cette mise à égalité du breton et du gallo, qui déjà semblait poindre. Tout en refusant de qualifier le gallo de langue, il met en garde, à juste titre je pense, sur les implications en termes de politique linguistique qu’engendrerait une promotion du gallo au niveau du breton.

 

Cette affirmation [d’une Bretagne trilingue français-breton-gallo] qui, au premier abord, peut paraître anodine et inspirée par des principes de tolérance, est en réalité lourde de sens et porte en soi des implications politiques fondamentales en terme de gestion des langues dont beaucoup ne souhaitent pas prendre toute la mesure. En effet, qui dit langue dit politique linguistique ou, en d’autres termes, traitement par le politique des aspects linguistiques dans le domaine public. C’est bien en raison de ces aspects d’aménagements linguistiques que la charte du Conseil de l’Europe sur les langues régionales ou minoritaires fait explicitement le distinguo entre langue et dialectes. 

 

La cinglante réponse de l’association Bertaèyn Galeizz base son argumentation sur des linguistes pour clore tout débat. Le gallo est une langue, les travaux des linguistes le prouvent, donc la promotion du gallo au même rang que le breton est justifiée. L’enjeu est important, comme le reconnait elle-même l’association Bertaèyn Galeizz :

 

Olier ar Mogn affirme que le gallo est un dialecte du français et non une langue à part entière. Cette “querelle de mots” peut sembler anodine et accessoire. Elle a pourtant toute son importance quand il s’agit de mener une politique linguistique. 

 

Eriger le gallo au statut de langue « à part entière », différente du français, est donc essentiel pour les militants gallos. Par un certain mimétisme avec le nationalisme bretonnant, et bénéficiant d’ailleurs de la dynamique de celui-ci (le gallo est par exemple le seul idiome d’oïl reconnu par l’Education nationale), la tâche est de convaincre que le gallo est la deuxième langue nationale de Bretagne, épousant d’ailleurs sa frontière orientale. Pour cela, on a développé une graphie ad hoc, dite ELG, véritable orthographe frankenstein, tellement peu déchiffrable à partir du français qu’on a effectivement l’impression d’une langue très éloignée, voire étrangère.

 

La pormóvauncz deü galo dan la viy foraenn est yunn dez permyaerr reconaesauncz dez cauzór de galo, unn laungg q’a taéy ben de tro anhoedaéy.
Admaézoe il póron vantyaer y-éstr faraud de lór laungg an Bertaèyn e cauzae cóm ça lór cheit.

 

A comparer avec  un gallo écrit avec une orthographe francisante (passage pris au hasard dans un des livres de Daniel Giraudon), dont la compréhension ne présente guère de difficultés :

 

J’ai veue la comet, j’oulais pas la verre, j’avais pou qu’ell aurait chèye su’ maï, c’était en 14 avant la guerre. Y disaient qu’étaient une bête que la queue lui traînin à bas.

 

Gallo, langue d’oïl ou dialecte de la langue d’oïl ? La nuance est effectivement fondamentale, et pour Bertaèyn Galeizz et les autres militants du gallo, il n’y a plus de discussion possible. C’est désormais une vérité incontestable que de qualifier le gallo de langue. A l’appui de leur assertion, un Manifeste des Universitaires et des Chercheurs en faveur des langues d’oïl (2000), dont fait partie la linguiste renommée Henriette Walter.

 

Les langues minoritaires d’oïl, très distinctes du français standard, mais plus proche de lui que l’occitan et le franco-provencal, sont parlées au nord d’une ligne qui part de la Gironde, contourne le Massif Central et va en s’incurvant jusqu’au nord de la Franche-Comté.

 

Le rapport du linguiste Bernard Cerquiglini est également invoqué. Pour mémoire, ce rapport avait été commandité en 1999 par le gouvernement Jospin en vue de lister les langues devant bénéficier de la ratification de la Charte des langues régionales et minoritaires. Il avait ensuite été avalisé par la Direction Générale à la Langue Française et aux Langues de France en 2001.

 

Il en découle également que l’écart n’a cessé de se creuser entre le français et les variétés de la langue d’oïl, que l’on ne saurait considérer aujourd’hui comme des “dialectes du français” ; franc-comtois, normand, gallo, poitevin-saintongeais, bourguignon-morvandiau, lorrain doivent être retenus parmi les langues régionales de France ; on les qualifiera dès lors de “langues d’oïl”, en les rangeant dans la liste.

 

Il serait donc désormais scientifiquement admis que le gallo est une langue, et Bertaèyn Galeizz ne se prive de railler ceux qui en douteraient (« Le gallo est une langue d’oïl et personne de sérieux ne le conteste »). Il semblerait pourtant que cela ne soit pas aussi simple. L’article Wikipedia portant sur la langue d’oïl se garde d’ailleurs de trancher complètement (« On rencontre le terme langue d’oïl aussi bien au singulier qu’au pluriel, le terme ayant deux sens différents »).

Revenons tout d’abord sur le cas Henriette Walter, citée à l’appui de la démonstration de Bertaèyn Galeizz. Il faut d’abord rappeler que cette linguiste de grande notoriété, qui a exercé à Rennes 2,  s’obstine à utiliser le vocable de « patois » pour décrire la variété dialectale. Elle est évidemment un des derniers linguistes à le faire, et cela reste complètement  incompréhensible du point de vue scientifique. De plus, Henriette Walter transpose le raisonnement qu’elle applique à l’espace d’oïl (avec des langues d’oïl bien différenciées du français) à l’espace occitan. Elle invite ainsi à douter de l’existence d’une langue occitane, pour préférer parler d’une collection de langues d’oc distinctes les unes des autres. Fañch Broudig lui-même s’en étonne dans un compte-rendu d’ouvrage :

 

Quant aux occitanistes, ils n’y trouveront sûrement pas leur compte : H. Walter préfère parler des langues d’oc et ne fait état qu’une seule fois de l’occitan.

 

Elle n’est pas seule, puisque d’autres linguistes, dont le recommé Philippe Blanchet, se montrent partisans d’un éclatement linguistique dans l’espace occitan et répugnent à reconnaître l’existence d’une langue occitane. Jean-Pierre Cavaillé tord le cou à cette linguistique, au final très orientée :

 

Ceux-là préfèrent en général parler de langues ou de parlers d’oc au pluriel, soit qu’ils militent effectivement pour l’affirmation d’une pluralité essentielle (ce que l’on appelle faussement l’occitan, serait en fait constitué de langues séparées, distinctes, ainsi que le défend Philippe Blanchet […]), soit qu’ils se refusent à utiliser un terme, dont ils décrète qu’il est « politique » (cela semble le cas d’Henriette Walter). Le seul fait d’utiliser le singulier est dans ce dernier cas apparemment conçu comme un engagement idéologique dont la « science » doit se garder. Mais il faudrait alors nous expliquer, par des arguments scientifiques, les motifs qui interdisent d’affirmer l’existence d’une communauté linguistique suffisamment étroite pour permettre l’utilisation du singulier. Or, étonnamment, ces arguments ne sont jamais fournis, ou plus exactement, comme on le verra, invariablement, arrivé à ce point, la linguistique renonce à elle-même au profit d’une utilisation partisane des représentations sociales. 

 

Il enfonce le clou plus loin :

 

La sociolinguistique ne se contente pas d’enregistrer ces représentations (de même qu’en aucun cas on ne peut appeler sociologie l’enregistrement de ce que les acteurs sociaux disent de leur situation sociale) mais en produit, ou devrait en produire, l’analyse à la fois sociale et linguistique. C’est bien du reste ce que Blanchet prétend faire, mais ne fait pas, se limitant à prélever dans les enquêtes sociolinguistiques les données qui servent son propre engagement, qui est la défense du provençal d’abord et secondairement des autres parlers occitans comme idiomes séparés. 

 

Le rapport Cerquiglini, invoqué lui aussi par Bertaèyn Galeizz, aboutit à un total de 75 langues sur le territoire national français (métropole et colonies), dont 8 langues d’oïl. Le linguiste Jean Sibille se penche sur ce cas de figure singulier au niveau européen, en rappelant que le consensus n’existe pas sur la question langue d’oïl ou langues d’oïl, mais que dans tous les cas la Charte les considère comme dialectes de la langue officielle.

 

Le rapport Cerquiglini suggère, grâce à une interprétation extensive des notions de «langue minoritaire» et de «langue sans territoire» de retenir à côté des langues dites  «régionales» (de France métropolitaine et d’Outre-mer) ainsi que du rromani et du yiddish (langues non territorialisées, mais dont le caractère «européen» n’est pas contestable) le berbère, l’arabe «dialectal», l’arménien occidental, ainsi que le hmong, langue originaire d’Extrême-Orient mais parlée en Guyane. Ce rapport suggère aussi de prendre en compte ce qu’il appelle les «langues d’oïl», c’est-à-dire des variétés linguistiques proches de la langue standard que d’autres dénomment «dialectes d’oïl» ; or, même si l’on préfère l’expression «langues d’oïl», n’en demeure pas moins qu’il s’agit de ce que les rédacteurs de la Charte ont appelé «dialectes de la langue officielle».

 

 

La reconnaissance de ces « langues traditionnellement considérées comme des dialectes du français » rend circonspects des linguistes étrangers comme l’anglais Tim Pooley :

 

il est curieux que les conseillers du gouvernement aient même pu penser à se servir de cet accord international [la Charte] pour sauvegarder et promouvoir cette partie du patrimoine linguistique français [les dialectes d’oïl]. 

 

C’est d’autant plus surprenant que la Charte ne prend explicitement pas en compte les « dialectes de la langue officielle ». Jean Sibille avance quelques explications sur cette promotion des parlers d’oïl au rang de langue. Les raisons seraient d’ordre politique et idéologique, et guère linguistique.

 

La prise en compte de certaines langues d’origine étrangère et des «langues d’oïl» semble donc être en décalage avec l’esprit de la Charte, mais elle s’explique par un certain nombre de contraintes et de préoccupations politiques, et peut être aussi par certains a priori idéologiques. Dans un contexte qui serait marqué par une volonté affirmée de l’État de légiférer en matière linguistique et de prendre sérieusement en compte les aspirations linguistiques des citoyens, on pourrait imaginer un dispositif juridique avec différents textes adaptés à chaque cas: «langues d’oïl», langues régionales «allogènes», langues d’origine étrangère menacées, langues étrangères, etc. Dans un tel contexte, il n’aurait pas été nécessaire de prendre en compte les idiomes d’oïl et certaines langues d’origine étrangère dans le cadre de la Charte. La signature de la Charte intervenait, au contraire, dans un contexte où le gouvernement s’était engagé à signer la charte, mais où il n’y avait aucune perspective de multiplier les projets de loi sur des questions linguistiques, compte tenu des résistances et des oppositions que de telles questions n’auraient pas manqué de susciter au sein même de l’appareil d’État et du parti au pouvoir.

 

Intégrer un maximum d’idiomes dans la liste des langues concernées par la Charte présentait ainsi l’avantage d’éviter de légiférer différemment selon les catégories de langue, ce que la raison commanderait pourtant. On y reviendra. Le résultat est en tout cas que les « langues d’oïl » figurent désormais au rang de « langues régionales », au même niveau que le breton, le corse ou encore l’occitan, pour des raisons qui ne sont pas entièrement linguistiques. Elles seraient ainsi susceptibles, en cas de ratification de la charte, de bénéficier des mêmes mesures que le breton. Tim Pooley doute de son côté de la capacité à mettre en œuvre des politiques linguistiques dans des régions où l’on est déjà surpris de voir figurer l’idiome régional au rang de langue :

 

Quant aux activistes des langues collatérales en question, surpris par ce changement de cap inattendu [la reconnaissance de 8 langues d’oïl par Cerquiglini], on est en droit de douter qu’ils soient en mesure de faire face au défi de planification linguistique que constitue la reconnaissance aux termes de la Partie II de la Charte.

 

On le voit, l’assurance de Bertaèyn Galeizz dans sa réponse à Olier Ar Mogn parait déplacée. L’assertion “gallo langue d’oïl” est loin d’être une évidence, et c’est une question qui ne fait pas consensus chez les linguistes, ainsi que le rappelle Jean Sibille :

 

Il y a enfin la question des «langues d’oïl» considérées comme des variétés d’une seule langue par la tradition philologique et dialectologique, mais que certains revendiquent comme des langues autonomes (et qui correspondent à ce que la Charte appelle «dialectes de la langue officielle» et les Belges «langues régionales endogènes»).

 

Dans le prolongement de ces incertitudes, mon expérience personnelle du gallo tend à me faire considérer le gallo comme un dialecte d’oïl plutôt que comme une langue à proprement parler. Cette expérience est pour l’essentiel familiale, complétée par quelques cours de gallo à la fac. Le « patwé » que j’ai toujours entendu dans ma famille du Centre-Bretagne, aussi spécifique soit-il, ne m’a jamais paru devoir être réellement distingué du français. Bien au contraire. Sans doute, la langue que j’ai entendue pratiquer a-t-elle subie l’influence du français. Jusqu’à quel point, je n’en sais rien. La proximité entre français et gallo me semble en tout cas prendre largement le pas sur les aspects distinctifs. D’ailleurs, mon père avec son gallo n’a aucunement été traumatisé par son entrée à l’école, comme l’ont été les petits bretonnants. Preuve que le passage du gallo au français ne présente pas de grande difficulté. Si un francophone peut-être désarçonné lors de ses premiers contacts avec le gallo, la compréhension vient très rapidement. L’écart entre gallo et français ne me semble pas excéder celui existant entre breton trégorrois et breton de Basse-Cornouaille, ou breton standard par exemple (sans même parler du vannetais). Mais ce constat reste très subjectif, j’en conviens.

 

Plus objectif certainement, le fait qu’il n’y ait pas de frontière linguistique à l’est de la zone gallo. On l’arrête par convention aux frontières de la Bretagne historique, mais la langue traditionnellement parlée en  Mayenne est évidemment dans la continuité du gallo. D’ailleurs, du pays gallo jusqu’à la Wallonie, les spécialistes reconnaissent l’existence d’un continuum linguistique sans rupture, ce qui tend à montrer l’existence d’une variété dialectale plutôt que de langues plus ou moins clairement différenciées.

 

Je ne peux que donner raison à Olier Ar Mogn dans les lignes suivantes, lorsqu’il considère que le gallo relève plus d’une modalité du français que d’un véritable « code linguistique complet distinct », avec toutes les différences que cela implique en termes de pratique et de représentation :

 

La réalité du gallo, elle, est bien différente. La pratique ne rejoint pas le discours car l’emploi du gallo fait partie de la pratique francophone rurale normale, même si elle est refoulée ou niée par une partie des locuteurs ; elle ne représente pas la pratique volontaire d’un code linguistique complet distinct, reconnu comme tel et que l’on souhaite transmettre intact aux générations futures sans interférence du standard. Les études sociolinguistiques ne font pas apparaître de jeunes couples élevant consciemment leurs enfants en gallo. Une telle différence a un sens. 

 

L’objectif des militants bretonnants est l’avènement d’une société partiellement bilingue breton-français, seule à même de sauver le breton. Un tel objectif ne peut évidemment pas être celui des militants gallos, le bilinguisme français-gallo étant quelque chose qu’on est bien en peine de concevoir. Cela fait aussi une différence d’importance.

 

Il me semble donc que c’est une erreur stratégique que de mettre le breton et le gallo sur le même plan. Le principal problème est que cela conduit immanquablement à revendiquer strictement les mêmes droits pour l’une et l’autre « langue ». Dans l’absolu, l’initiative semble tout à fait louable. Dans le contexte glottopolitique actuel, cela représente surtout un obstacle mis en travers du breton. En effet, si toutes les revendications actuelles en faveurs du breton, doivent être transposées également pour le gallo (ce que commencent déjà à faire certains militants du gallo), il me parait évident que les murs que nous avons en face de nous serons de plus en plus infranchissables. La difficulté est déjà telle pour faire reconnaître nos droits basiques en tant que bretonnants, que nos interlocuteurs (administrations et élus) ne manqueront pas de nous éconduire, au motif que telle ou telle mesure est inapplicable à la fois en Basse-Bretagne pour le breton, et en Haute-Bretagne pour le gallo (pour l’anecdote, on se souvient qu’à Rennes le projet était de rendre bilingue français-breton l’ensemble des stations de métro, une seule a été réalisée suite aux protestations de militants gallo qui ont obtenu leur station gallo).

 

La demande sociale en faveur du développement du gallo est quasi-nulle. C’est regrettable, mais on doit en tenir compte dans la formulation d’une politique linguistique. Celle-ci ne peut être, de facto, de même envergure que pour le breton. Certaines revendications avancées par le mouvement gallo sont raisonnables et justifiées (aide à la création culturelle, un intervenant dans une école de chaque communauté de communes, présence dans l’audiovisuel). D’autres en revanche laissent perplexe (Office de la langue gallèse, signalisation en gallo sur toute la Haute-Bretagne,  mise à égalité du breton et du français au Conseil régional et dans les Conseils régionaux). Cela équivaudrait à mettre en place un « bilinguisme » gallo-français, aussi pertinent je pense qu’un « bilinguisme » breton trégorrois-breton standard. En vérité, on a affaire là à des mesures qui relèvent de la symbolique et du prestige, comme le critique durement Olier Ar Mogn :

 

En choisissant délibérément de copier les revendications formulées par le mouvement brittophone et en se concentrant exclusivement sur la conquête des symboles (signalétique) visant à recevoir enfin l’onction sacrale (être reconnu comme langue autonome par rapport au français), l’on peut se demander si le mouvement gallo n’est pas en train de laisser s’échapper la proie pour mieux s’emparer de son ombre.

 

Je le rejoins aussi sur la priorité que devrait représenter le développement d’une vie culturelle en gallo, à laquelle, je pense, devrait être couplée une (re)découverte généralisée du gallo dans les écoles.

 

Une vraie vie culturelle en gallo contribuerait certainement bien plus à décomplexer la population de Bretagne orientale que l’énorme effort déployé par certains pour faire sortir le gallo de la famille des langues d’Oïl.

 

Le gallo doit être défendu, mais pour ce qu’il est, une modalité régionale de la langue française, et non pour ce qu’il n’est pas, une langue de facto distincte du français. La solution est un traitement différencié, parce que breton et gallo n’ont à mon avis pas à avoir le même statut, et leurs locuteurs les mêmes droits (les droits des gallésants devant être globalement confondus avec ceux des francophones). La Charte a été conçue dans ce sens, pour défendre et promouvoir des langues autochtones et non des variations de la langue officielle. Perdre un dialecte d’une langue, aussi dommageable soit-il, reste malgré tout moins préjudiciable que perdre une langue proprement dite.

 

Je termine en laissant la parole à Jean Sibille, qui plaide pour une approche différenciée du traitement des langues :

 

Ce dispositif est destiné à permettre l’application à chaque langue des dispositions les mieux adaptées à son cas particulier et à tenir compte des spécificités linguistiques de différents territoires. Ces possibilités d’application différenciée étaient évoquées dans le rapport Cerquiglini. Mais, finalement, le projet de ratification de la Charte, tel qu’il avait été préparé par le Gouvernement avant que le processus ne soit interrompu par la décision du Conseil constitutionnel, prévoyait l’application de trente-neuf mesures uniformément à toutes les langues, sur la totalité du territoire français. Dans l’éventualité d’une future ratification de la Charte par la France, il ne serait sans doute pas inutile de tout remettre à plat et de déterminer quelles mesures pourraient être appliquées à quelles langues, sur quelles parties du territoire national.

 

On en est bien loin, j’en conviens.

 

La parole est ouverte, notamment aux militants du gallo.

 

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13 responses to “Le gallo… contre le breton ?

  • Yann

    Bravo pour cet article qui a le mérite de poser les questions avec sérieux et humilité. C’est assez rare, sur ce sujet, pour être souligné ! Puisque la parole est ouverte, allons-y. Pour moi, il y a une petite arnaque (involontaire?) dans le raisonnement : à la fin, on a l’impression que la question est tranchée. D’après toi, le gallo « est une modalité régionale de la langue française » et « n’est pas une langue de facto distincte du français ». Drôle de surprise, alors que tout ton exposé ne relate que des incertitudes et ton expérience personnelle que tu qualifies toi-même de subjective. Comment alors en arriver à une telle conclusion ?

    Toute la confusion qui entoure cette question (de savoir si le gallo est, ou non, une « vraie » langue) est due à une raison principale. Pour y répondre, il faudrait d’abord avoir défini ce qu’est une langue, et c’est justement le préalable que tout le monde évite ou règle par un tour de passe-passe, y compris Henriette Walter ou Cavaillé. C’est un problème au sein de la linguistique actuelle, et qui se répercute ici : dans cet article comme dans le discours des linguistes que tu cites, le scientifique et le politique sont constamment mélangés (chacun accusant l’autre d’avoir une « idéologie »). Or si on mélange les questions on ne peut pas avoir de réponse claire.

    Ce qu’il faut comprendre, c’est que la « langue » n’est pas une réalité scientifique, mais uniquement sociale, et donc politique. Il n’y a pas de critères scientifiques qui permette de définir ce qu’est une langue. Toutes les tentatives de définition du concept se heurtent à la réalité des usages verbaux, toujours plus complexes que ce que peut en dire le linguiste. « L’écart » perceptible entre deux façons de parler n’est en aucun cas suffisant pour établir la nuance « dialecte / langue ». A partir de quel degré de différence devrait-on parler de différence de langue ? Ça ne peut être qu’arbitraire, et donc non scientifique. Par nature, les « usages verbaux » sont pluriels et sujets à la variation et à l’échange, à un tel point qu’il est parfaitement impossible d’isoler une « communauté linguistique étroite » comme dit Cavaillé. A chaque fois il sera facilement observable que les usages verbaux ciblés comme appartenant à cette communauté se retrouvent ailleurs et qu’à l’inverse cette communauté est tout sauf uniforme.

    Une « communauté linguistique étroite » n’a donc pas de valeur scientifique, et le gallo n’est pas une réalité scientifique, pas plus que le breton ou le français. Elle a par contre une valeur et une existence sociale et politique, en tant que représentation, processus d’uniformisation… En ce sens l’existence du gallo en tant que langue est débattue comme l’a été a une autre époque celle du breton (le mouvement breton a passé son temps, dès son apparition, à tenter de démontrer en quoi le breton était une vraie langue et non un patois, puis une langue noble, puis une langue scientifique, etc) et comme l’a aussi été celle du français et de toute langue. Les « catégories de langue » dont tu parles sont de même nature : elles ne se fondent pas scientifiquement et ne peuvent qu’être instrumentalisées pour donner plus d’importance à certains usages qu’à d’autres.

    Tout se joue donc sur le terrain politique et non scientifique. Et sur ce terrain, tu tombes d’après moi dans le piège auquel j’imagine tu as pourtant fait attention : tu retournes (avec Olier ar Morgn) contre le gallo des arguments qu’on connait très bien puisqu’on les a entendu contre le breton. Le gallo ne peut être toléré au rang des langues officielles pour des raisons d’aménagement linguistique (c’est trop compliqué, trop cher et incompréhensible de faire des panneaux bilingues nous a-t-on expliqué mille fois!), car sa graphie est barbare (est-ce vraiment un hasard si nous utilisons le k et non le c en breton ? Et le c’h, le zh, le ñ?), « la pratique ne rejoint pas le discours », « la demande sociale est nulle », certaines de vos revendications ok mais les autres voyons, soyons sérieux !, votre dialecte est moins important que notre langue (ça me fait penser directement à ceux qui demandent à quoi bon se casser la tête avec les langues régionales alors que l’anglais nous envahit)… Bref c’est une véritable transposition de l’argumentation habituelle des opposants au breton, et les perspectives que tu proposes pour le gallo sont en quelques sortes similaires à celles que le gouvernement a trouvé pour les langues régionales : rélegation au « patrimoine » !

    La seule façon de se tirer de ce pétrin est, à mon sens, d’abandonner l’idée d’un affrontement sur le plan scientifique et de laisser le gallo se débrouiller tout seul pour se concentrer sur la Basse-Bretagne, car si on parle bien ici de langue alors les demandes des « militants bretonnants » ne sont pas celles du « peuple breton » mais seulement des bretonnants : le métro de Rennes ne représente plus aucun enjeu. Le gallo et le breton ne font pas cause commune et on ne peut pas les mettre sur un même pied d’égalité en applicant à l’un ce qui est applicable à l’autre. Si ma grand-mère non plus ne semblait pas traumatisée par son entrée à l’école, elle ressassait souvent la menace de négation et d’assimilation qur représentaient pour elle les « mao »… Cette menace existe bien dans certaines parties du mouvement breton et l’apparition des revendication gallésantes peut aussi être compris comme un mouvement de défense vis-à-vis de cette menace.

    • paotrgarz

      Merci pour la contribution… de poids ! 😉

      Au sujet de la “petite arnaque” du raisonnement, je reconnais un raccourci un peu abrupte en effet. Je prends parti, sans que la démonstration soit entièrement convaincante. Mais le pourrait-elle ? Dans un sens où dans l’autre, gallo langue ou dialecte, et comme tu le rappelles, la linguistique elle-même s’emmêle les pinceaux.

      Avec le reste de ta contribution, tu m’emmènes sur un terrain intéressant mais sur lequel je ne suis pas à l’aise du tout. Si je comprends bien, pour toi, la linguistique (précisément ses tentatives de classification des langues) est absolument vaine. La raison est que la communauté des linguistes est incapable de se mettre d’accord sur une définition commune de la “langue”. En conséquence, tu prônes un relativisme qui va loin, le breton ou le français ne pouvant être qualifiés de “réalités scientifiques” sur le plan linguistique. Les pratiques linguistiques sont avant tout des faits sociaux (et donc politiques), et doivent être observées sous cette angle.

      C’est problématique, car tu invites à renoncer à toute classification sur des critères linguistiques, en raison de la difficulté à distinguer scientifiquement des langues ou des dialectes entre eux. Or, il me semble que cette difficulté (réelle) de la linguistique, ne concerne que des cas “à la marge”, et que globalement la majorité des linguistes se sont mis d’accord sur une définition à peu près commune de la langue, et donc sur une classification à peu près consensuelle (en Europe notamment). De plus, en renonçant à toute classification scientifique des langues et dialectes, tu laisses finalement le champ libre au politique : si l’on va au bout de ta logique, les langues sont uniquement les idiomes reconnus officiellement par les Etats ? Autre problème avec ce relativisme, comment décline-t-on une politique linguistique quand on se refuse finalement à définir et limiter l’objet de cette politique ? Doit bénéficier d’une politique linguistique toute communauté linguistique en faisant la demande (je pense par exemple aux défenseurs du provençal comme langue distincte de l’occitan) ?

      Tu en viens à faire une analogie entre la demande passée de reconnaissance du breton en tant que langue, et celle actuelle du gallo. De même, tu compares mes réticences envers certaines mesures demandées pour le gallo, aux arguments sans cesse brandi en France contre la revitalisation des langues régionales. Ton raisonnement est à mon avis bancal, parce que in fine tu légitimes n’importe quelle demande de revendication de n’importe quelle pseudo communauté linguistique, émanerait-elle d’un canton normand ou d’un village limousin.

      Tu parles de laisser le gallo se débrouiller tout seul, et de se concentrer sur la Basse-Bretagne. Dans ce cas,
      tu esquives le problème de la politique linguistique régionale. Dire que la Bretagne est soit bilingue soit trilingue, n’a pas du tout les mêmes implications. Il me semble qu’il faut quand même questionner cette mise à égalité du breton et du gallo par les institutions régionales, parce qu’elle peut avoir des conséquences importantes en Basse-Bretagne (et accessoirement dans les capitales Roazhon et Naoned).

      Par contre, je dois reconnaître que je n’ai pas du tout compris l’analogie avec ta grand-mère !

  • Christine

    Article très intéressant et qui ose mettre les pieds dans le plat ! Il aurait été intéressant de donner des exemples pour comparer gallo et français. D’autres points mériteraient d’être approfondis ou soulevés.
    -Certains gallèsants considèrent que toutes variétés linguistiques comme le valencien ou le wallon sont des langues à part entière. C’est le cas quand on lit différents articles sur 7seizh.
    -Les cartes présentées par les associations de gallo sont toutes tronquées. Aucune ne prend en compte le gallo que l’on parle dans le sud de la Normandie, en Anjou ou dans le Maine. Pourtant, la charte européenne dont il se réclament stipule bien que les frontières administratives ne doivent pas couper les communautés linguistiques.
    -75 langues qui seraient reconnues, meilleure façon pour les opposants et les tenants du tout français de mettre en avant l’impossibilité de la mettre en application : une seule langue commune possible au quotidien, le français.
    -Comment expliquer que l’Eglise n’utilisait pas le français pour se faire comprendre ? Pourquoi plus de 95% des chansons gallèses sont en français standard ?
    -Lors des traductions en gallo, les mots choisis sont la plus part du temps ceux qui sont les plus différents du français. 1 exemple : l’utilisation systématique de o pour traduire avec alors qu’avec est tout aussi répandu.
    -D’autres mots comme anet perçus comme proprement gallo dans le Cotentin et dans le Poitou.
    -Le problème du gallo est plutôt la non reconnaissance de la variété du français, aussi bien pour les différents dialestes contrairement à ce qui se passe en italien ou en allemand par exemple. Et ce même pour les “accents” dans les médias : a part Aphatie…
    -La demande sociale : pourquoi pas plus de cours de gallo par des associations ? Pourquoi l’échec de la formation de 3 mois par Stumdi ? la faute au breton ? Au français ? A l’Etat ? Aux collectivités ? Non, l’absence de demande sociale avérée.
    -Finissons-en avec l’enquête pseudo-scientifique du CREDILIF mettant en avant 200 000 locuteurs de gallo et remettant l’enquête de l’INSEE de 1999. Remettre en cause l’INSSE, il faut le faire ! Il serait intéressant de décortiquer l’enquête du CREDILIF, complétement erronée (enquête à la sortie de cours de gallo, extrapolation sur l’ensemble de la Bretagne et non sur la seule Haute-Bretagne…)
    Et pour finir, certains élus comme au CG 35 ou à la région s’emparent du gallo pour l’utiliser comme alibi.
    Il y a beaucoup à dire…

    • paotrgarz

      Bonjour Christine,

      Les éléments que vous soulevez complètent effectivement le point de vue que j’ai exposé. Eriger le valencien et le wallon au rang de langues à part entière fait partie de la logique militante gallèse : ils se retrouvent contraints d’appliquer à d’autres contextes linguistiques le même raisonnement discutable qu’ils appliquent au gallo pour le différencier du français.

      L’idée que l’on ait voulu reconnaître 75 langues pour empêcher la ratification de la Charte, ou rendre impossible son application, est intéressante. Parmi les choix discutables, il y a la reconnaissance de langues d’oïl, mais aussi de certaines langues de l’immigration et les langues des colonies (les Pays-Bas ont fait le choix inverse de ne pas intégrer les langues du Surinam parmi les langues concernées par la charte). A la base, cette idée était d’ailleurs une des idées-forces de mon texte. Je l’ai laissée de côté pour préférer finalement l’explication de Jean Sibille (inscrire un maximum de langues et dialectes pour “protéger”, d’un seul coup, toute la diversité linguistique de la France). Mais il est possible qu’il y ait eu convergence de deux courants dans la rédaction de ce catalogue de langues : certains souhaitaient défendre toute la diversité linguistique française ET d’autres voyaient l’intérêt manifeste qu’il y avait à établir un véritable catalogue dans le but de neutraliser la Charte.

      Quant aux enquêtes sur le nombre de personne parlant gallo, elles doivent faire l’objet de très grosses réserves. Sur le plan linguistique, la proximité est telle entre gallo et français qu’il me parait le plus souvent impossible d’être catégorique sur le fait qu’une personne parle “un gallo francisé” ou “un français gallésant”. Avec quels critères doit-on considérer qu’une personne parle gallo et non un français avec un verni gallo ? Sur le plan des représentations, à partir de quand un locuteur se considère-t-il comme locuteur de “patois” (considéré encore largement comme un mauvais français, ou une déformation du français), pour quelles compétences linguistiques ?

  • masoñjdinme

    On parle d’une politique linguistique pour la langue bretonne en bretagne mais ça me parrait un frein au développement de la langue bretonne également. Si pour les langues il éxiste un sentiment d’injustice à avoir vu sa langue être détruite et une perte de dignité des locuteurs, pour le breton c’est bien en basse-bretagne que celà s’est passé et pour le gallo en haute-bretagne (et dans le reste de son territoire). Pour moi la réappropriation de la langue bretonne ça concerne avant tout les gens qui l’ont perdue directement, qui ont vu la transmission s’arreter dans leur famille ou l’entourage proche. Il y a peut être un sentiment d’injustice qui peut être senti de savoir qu’ici et là la langue bretonne a reculé au 15ème siècle face à une langue plus prestigieuse et armée politiquement mais pour moi ça n’a rien à voir avec ce qui s’est passé en basse-bretagne aux 19ème, 20ème et 21ème siècles.
    Je ne suis pas contre le développement de la langue bretonne dans les grandes villes de haute-bretagne au contraire. Mais ce que je souhaite avant tout voir c’est un mouvement de réappropration de la langue par ceux qui l’ont perdu, et si la politique de destruction de la langue a eu un territoire celui de la reconquete est le même. Et ce mouvement inclusif intègrerai les gens venu d’ailleurs et l’est de la bretagne.
    Les luttes doivent avant tout être menées par ceux qui vivent l’injustice, si ils ne la sentent pas c’est aux rares qui la vivent et la sentent de les persuader qu’elle existe.

    • paotrgarz

      Je suis complètement d’accord sur l’idée de fond. C’est aux premiers concernés, ceux qui ont perdu la langue (les Bas-Bretons en l’occurrence), de se réapproprier le breton.

      Le problème est que les populations de l’hexagone abandonnent inexorablement leurs langues, parce que tout a été fait pour qu’elles dénigrent leurs propres langues et que cela soit perçu comme quelque chose de normal (et non une injustice). Rares sont ceux qui perçoivent véritablement ce processus comme une injustice. Quand bien même le percevraient-ils ainsi, il y a ensuite le problème de la reconquête personnelle et collective d’une langue minoritaire dans une société qui, au mieux est indifférente, au pire hostile.

      C’est pour ces raisons qu’une politique linguistique est indispensable. Nous militants, ceux qui ressentons l’injustice dont tu parles, n’avons absolument pas le poids suffisant pour inverser une tendance sociétale aussi lourde. Influer sur notre entourage certes, au-delà, nous n’avons pratiquement aucune prise.

      • masoñjdinme

        Ai, je me rend compte que j’ai pas été clair au début de mon message… Ce que je veux pointer comme limite au développement du breton c’est l’application d’UNE politique linguistique sur tout le territoire breton sans prendre en compte les différences sociolinguistiques dans les différents territoires… La situation n’est pas la même dans le trégor que dans le pays de fougères par exemple. Tout comme en Hegoalde les villes de plus de 70% de locuteurs basques sont rassemblées pour répondre aux enjeux qui leurs sont propre…
        Le problème c’est aussi qu’en bretagne “une politique linguistique” ne semble être que le problème de la région bretagne (avec une incidence…) et pas quelque chose de pris en compte à tout les échellons… Au niveau des communes c’est fou à quel point une situation peut être différente d’une à l’autre (pour l’écriture des toponymes, ou l’école) selon qu’il y ai quelqu’un qui pousse un peu ou pas… selon le bon vouloir du maire…
        J’ai l’impression que les gens s’accordent pour que ce soit aux institutions d’appliquer une politique linguistique mais que dans la société lorsqu’il s’agit d’organiser des évenements (ou quelque chose de collectif) la merde entre autre (toilettes sèches etc.) est un aspect plus important que la langue bretonne, or ne rien faire (ce qui est perçu comme normal) c’est relayer la politique linguistique de l’état français qui est celle de l’éradication de nos langues.

      • paotrgarz

        Ah d’accord, je saisis mieux !

        Effectivement, je pense qu’il faut regarder attentivement le contexte socio-linguistique, afin de baser dessus une politique linguistique cohérente. Les pratiques du breton et du gallo étant en chute libre, on ne peut malgré cela tirer un trait sur la distinction Basse et Haute Bretagne. Je pense donc qu’il doit y avoir une politique linguistique pour le breton, appliquée à la Basse Bretagne et aux capitales, et une autre pour le gallo en Haute Bretagne, d’un niveau moindre.

        Après, faut-il prendre en compte les différences à l’intérieur de la Basse-Bretagne, avec d’un bout à l’autre de l’échelle et le Tregor et les villes comme Brest ? Idéalement sans doute, mais indéniablement on complexifierait une politique linguistique déjà assez difficile comme ça à obtenir et mettre en place.

        Le problème que tu soulèves ensuite est intéressant. En l’état actuel, la sauvegarde du breton relève de la région, et dans une moindre mesure du département du Finistère. Pour le reste, c’est à la discrétion des collectivités et des élus, qui souvent ne se sentent pas concernés. Comme la plupart ne sont ni sensibles ni sensibilisés à la question, ça n’avance qu’ à reculons sous les effets de la pression militante ou du dynamisme d’un individu. Idéalement, il faudrait que la politique linguistique de la région s’impose à toutes les collectivités subalternes, avec ensuite un contrôle de celles-ci. Or, en l’état actuel, il n’existe pas de hiérarchie entre niveaux de collectivités en France (la loi Lebranchu ne se dirige pas vers ça non plus)…

  • kwrlii

    Pourquoi faire obligatoirement TOUTE la Bretagne bilingue? n’y aurait il pas le moyen de classer les langues ( ou dialectes) selon leur pratique sociale respective?
    par exemple:
    le français et le breton, langues nationales de Bretagne
    le gallo langue regionale de bretagne
    Ce qui donnerait:
    Coté Basse Bretagne, un bilinguisme Bzg/ FR dans tous les domaines.
    Coté haute bretagne, un bilinguisme dans le domaine publique ( signaletique des grandes routes , administration et batiments officiels) avec un droit a l’experimentation locale (quartier, commune, communauté de commune,..) pour un bilinguisme breton ( ville de Redon par exemple) ou gallo (Loudeac) ou trilingue (zone mixte comme Mur, Pordic ).
    Des experimentations qui seraient amenées a etre perenniser, a evoluer ou a s’arreter avec une consultation populaire ou un recensemment tous les dix ou vingts ans.
    ce serait a mon avis une politique linguistique plus respectueuse des pratiques sociales et de l’evolution des langues de Bretagne.
    un autre point que je veux aborder
    la politique que mene la region a deja montrer ses limites. signaletiques incoherentes ( soit en langue litteraire, soit en dialectal, soit inventée) ,d’enorme erreurs de traduction, fautes d’orthographe, quel image du breton laissons nous aux futurs brittophones?
    si deja avec un breton unifié nous n’arrivons pas a faire qqchose de serieux, qu’en sera t il avec le gallo qui est qd meme loin de l’etre? meme s’ils on reussi a unifié l’orthographe il y a peu, la gallo deja trop peu enseigné, est tres dialectal. il y a un gros travail de qualité a faire!

    • paotrgarz

      On a quand même trop tendance à vouloir appliquer au gallo les mêmes mesures qu’au breton, par symétrie. Je ne suis absolument pas convaincu qu’une signalétique gallo-français dans les services publics ou les administrations soit d’ un quelconque intérêt. D’ailleurs, je suis assez sceptique de l’intérêt d’une orthographe spécifique au gallo. L’écrit reste de l’ordre du symbolique, du décorum, et je ne pense pas que c’est de ça dont les gallophones ont le plus besoin (le revendiquent-ils ?). Les mesures de défense pour le gallo devrait cibler prioritairement la pratique orale et la création culturelle.

  • Gabin

    Ca parait tellement logique qu’on utilise le gallo pour empecher le breton de reprendre ses territoires “perdus”. D’ailleurs l’avancé du parler gallo vers l’ouest, au fil des siecles, s’explique tout simplement par le fait qu’il etait dans la tete des locuteurs et des bretonnants du francais et donc une langue beaucoup plus prestigieuse permettant de communiquer avec plus de monde. on retrouve ce meme probleme au nord ou le roman a gagné sur le flamand, En Pays basque, pays de Galles Irlande etc…
    Personnellement je prefere se concentrer sur les langues que sur les parlers: les langues d’oil survivront toujours par le francois , le tregorrois, le vannetais par le breton litteraire. les occitans ont bien raison de se concentrer sur une grande zone d’oc plutot que d’eclater en parlers distincts. et pourquoi pas opter pour un occito catalan ? En alsace, ils apprennent l’allemand puis la variante dialectale: l’alsacien. Dans les ecoles Diwan ils apprennent le breton litteraire et le colorie d’influences dialectales locales. En suisse c’est allemand litteraire le matin et allemand dialectale pour certains cours l’apres midi (ils rajoutent beaucoup de r, il semble: carfé au lieu de café.

    Sinon pour le bilinguisme, le faire dans toute les communes qui, parlaient breton au derniers moments de l’l’independance (1500) et dans les villes de Rennes et nantes. En tout cas il est calir que pour un aprent d’eleve il est plus interessant que son enfant parle deux langues ( grammaticalement parlant differente) que deux variétés d’une même langue. Sinon petit clin d’oeil : http://www.ortograf.net/

  • paotrevazh-houarn

    Ce qui ne fait pas avancer la langue bretonne c’est tout simplement la faiblesse du mouvement pour la langue bretonne… Ce qui se passe entre le gallo et le breton, on dirai une dispute entre fonctionnaires et salariés du privé alors que c’est les patrons qui s’en mettent les fouilles. Se disputer pour des miettes…
    Pourquoi le breton doit reprendre des territoires perdu il y a 1000 ans? Pour moi le breton doit reprendre ce qu’il a perdu en basse bretagne et s’étendre à l’est pour l’interet qu’il présente, par l’envie de se joindre à la communauté linguistique (si elle peut paraitre attrayante), avec le petit interet historique que ça présente dans la zone mixte en plus, sans compter les gens qui sont de familles basse-bretonnes et qui s’identifie à la langue.
    Langue d’oïl ou dialecte d’oïl à moi ça m’est égal, ce que j’observe c’est que qualifier le gallo de dialecte est fait par ceux qui pensent qu’il n’y a rien à faire pour l’empêcher de creuver.
    Quand à la manière que s’est constituée la langue française, de manière totallement déconnectée et avec un mépris pour “ses dialectes” (ce qui pour moi est suffisant pour vouloir les appeller langues d’oïl) pour moi c’est aux antipodes de ce qui doit se faire pour les langues minorisées (qui est un mouvement émancipateur). Le standart doit chercher un rôle d’outil médiant et non pas tenir un rôle hégémonique et destructeur… Et pour ça je trouve logique de parler de langues d’oïl contrairement à des langues d’oc… quand on lit le blog de Jean-Pierre Cavaillé on sent bien qu’il y a une volonté de faire en sorte que le mouvement pour la langue occitane soit aussi le mouvement pour les dialectes occitans.

  • Parpalhon

    Le wallon n’est pas un dialecte du français. Ça n’a rien mais alors rien à voir avec le valencien. Le valencien est une variété de catalan occidental et l’intercompréhension est quasi-totale avec le catalan oriental. La distinction est motivée par la politique, pas la linguistique. Il n’y a pas de débat linguistique sur cette question.

    L’intercompréhension entre le wallon et le français est à un niveau comparable à celle entre l’occitan et le français, voir moindre.

    La spécificité du wallon est reconnue depuis très longtemps : la tradition littéraire est riche et remonte à plusieurs siècles. Il n’y a pas vraiment de débat

    Ça fait depuis 1856 qu’il existe une société de littérature en wallon. Plus de 150 ans. Ce n’est pas une invention récente. http://wa.wikipedia.org/wiki/SLLW

    Il y a aussi une wikipédia en wallon plutôt étoffé. http://wa.wikipedia.org/wiki/Mwaisse_p%C3%A5dje

    Il n’y a pas de wikipédia séparé pour le valencien parce qu’on peut parfaitement écrire en valencien dans la wiki en catalan. Même avec les normes orthographiques de l’Acadèmia Valenciana de la Llengua.

    Les dialectes de l’occitan sont beaucoup moins différenciés que les langues d’oïl, au pluriel pour ces dernières à cause de l’absence d’intercompréhension.

    Je n’ai pas de difficulté à comprendre les autres dialectes de l’occitan avec l’oc provençal. Par contre j’ai dû apprendre le wallon pour le comprendre un peu avec recours au dictionnaire.

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