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Nationalisme ?

Le 11 mai dernier, les Français élisaient leur nouveau monarque après une campagne électorale où il aura été fréquemment question de nationalisme avec l’accession de Le Pen au second tour. Une semaine plus tard, la Fête nationale de la langue bretonne se déroulait à Langoned, avec une assistance bien éloignée des 12 000 personnes comptabilisées en 1997. A l’occasion d’un débat organisé lors de la fête, il est rapporté que certaines personnalités appelèrent à une “fête internationale de la langue bretonne”.

 

La dimension “nationale” de la fête, assumée par les organisateurs, dérange. Rien de bien étonnant à cela. Le concept de nationalisme est connoté très négativement en France et est systématiquement associé à la droite extrême. Nombre de commentateurs ont, pendant la campagne, ciblé Marine Le Pen et “son nationalisme“. S’est ainsi imposée l’idée dans le paysage politico-médiatique français que le nationalisme est une doctrine d’extrême-droite. La progression des nationalistes corses, perçue en France avec une très grande suspicion, ne fait que conforter cette connotation négative dans l’imaginaire français.

 

Le mouvement breton, ce qu’il en reste du moins, tend à s’aligner sur ce sens commun et à renier sa dimension nationale. Au siècle dernier, le nationalisme breton, multiforme car de droite mais aussi de gauche, avait connu une montée en puissance certaine qui ont abouti à un certain nombre de réalisations. Il est aujourd’hui évanescent, tout comme l’Emsav politique, et ce n’est pas un hasard. Nous refoulons notre nationalisme et subissons défaite électorale sur défaite électorale au moment même où les Corses, les Basques, les Ecossais et les Catalans le brandissent en étendard victorieux. Destins croisés.

 

Cette conscience nationale qui s’amenuise en Bretagne n’est donc pas sans conséquence. Sur le plan politique évidemment, les Bretons continuent dans les urnes d’approuver un système hyper-centralisé qui lèse la Bretagne et profite d’abord à Paris. Sur le plan identitaire, on assiste à l’élargissement d’une identité bretonne de pacotille ne reposant plus que sur du vent (une part de plus en plus grande de la population n’a strictement aucune connaissance de l’histoire de Bretagne, de sa culture, particulièrement de sa langue). Sur le plan linguistique justement, la réappropriation de la langue bretonne piétine et le déficit de conscience nationale collective et individuelle chez les acteurs du renouveau de la langue y contribue. J’en veux pour preuve le manque d’entrain de la nouvelle génération de bretonnants à utiliser le breton au quotidien et à le transmettre en famille.

 

Le Pays basque (sud) est un bon étalon de comparaison. Il y existe une corrélation très forte entre connaissance du basque et conscience nationale. Contrairement aux zones non-bascophones, bien moins conscientisées, la zone bascophone centrale est un véritable bastion du nationalisme basque. L’attachement à la langue, à la culture et à l’identité basque y est très puissant et généralisé. Le comportement électoral s’en ressent avec une domination sans partage des partis nationalistes au niveau local, soit orienté à gauche (Sortu), soit à droite (EAJ-PNV).

 

Si la revendication bretonne, politique et culturelle, est aussi insignifiante aujourd’hui, c’est d’abord parce que le nationalisme breton a reflué. L’Emsav n’a pas réussi, contrairement aux Corses, à proposer au peuple breton une voie nationaliste convaincante. Ne serait-ce que dans les mots, plus beaucoup de militants (à gauche particulièrement) n’assument ouvertement le qualificatif de nationaliste (tout comme celui d’indépendantiste d’ailleurs, les deux sont liés). L’étiquette “régionaliste” se développe, et c’est tout sauf un hasard, montrant notre difficulté à assumer une revendication plus radicale. Le sens commun français est en passe de domestiquer la Bretagne révoltée.

 

Revenons maintenant sur cette conception française du nationalisme, considérée dans le langage courant comme apanage de l’extrême-droite. On a envie d’en rire, tellement la campagne présidentielle a montré à quel point le nationalisme est en réalité une doctrine partagée par l’ensemble du spectre politique français, à des degrés divers certes mais globalement de plus en plus décomplexée.

 

L’écrivain et militant basque Jean-Louis Davant vient justement de sortir un livre en basque à propos de ce nationalisme français non assumé par le système politico-médiatique actuel, mais aussi par le français moyen (Frantzia eta nazioa, éditions Maiatz, mai 2017). Ecoutons-le décrire en français cette véritable schizophrénie française :

Dans le livre en question j’essaie d’explorer les arcanes d’un nationalisme français classique, nationalisme profond, inconscient et tranquille : sources, bases, contenus, attributs, conséquences, retombées…

Au terme du voyage, j’ai découvert en statue du Commandeur la figure paradoxale du Français moyen qui me laisse perplexe.

Imbu de principes universalistes, il est souvent un hyper-nationaliste qui s’ignore. Son raisonnement baigne dans l’universel. Il est le prototype de l’homo universalis, le cartésien et l’adepte des Lumières, l’inventeur des Droits de l’homme et du citoyen, le précurseur en tout, donc le modèle à suivre.

Quand il nous dit de façon pathétique : “Mais enfin, soyez comme tout le monde”, cela signifie concrètement et naïvement “soyez comme moi”.

En 1789 il proclama LA Nation universelle, mais la communauté qu’il bâtit est forcément comme toute autre une nation particulière, avec un ancêtre ethnique, le Gaulois, et une langue régionale, celle de Paris, très minoritaire dans le royaume de France qui, bientôt, sera LA République, également universelle.

Il a du mal à saisir le patriotisme des autres peuples, surtout sans Etat : il l’appelle nationalisme.

 

Ce peuple est tellement imbu de lui-même qu’il en vient à nier l’évidence, comme celle de la montée du nationalisme français, chez son personnel politique mais aussi dans toutes les strates de la population. L’alternative est alors la suivante. Soit dénationaliser la question bretonne et la ramener à une simple problématique régionale, avec le risque de diluer la revendication bretonne pour de bon. Soit assumer un véritable nationalisme breton, de défense de notre identité face à ce nationalisme français inavoué, et en même temps ouvert aux évolutions actuelles du monde.

 

 

 

 

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La presse à la botte, la preuve par l’exemple

images

Il n’est pas un jour maintenant sans tribune et communiqué à propos de la réforme territoriale. La tribune des “maires de l’ouest” parue lundi, appuyant la fusion Bretagne-Pays de la Loire, a déclenché une salve de réactions chez les partisans de la Bretagne historique (Bretagne Réunie, 44=Breizh, les bonnets rouges, Kevre Breizh, BZH network, Produit en Bretagne, etc). Les politiques les plus en vue sur le dossier ont également contre-attaqué, de (très) belle manière : les élus EELV, Marc Le Fur et le président du Conseil régional de Bretagne Pierrick Massiot. La lettre ouverte de ce dernier, intitulée Lettre à la Bretagne, est en tout point admirable. Elle est parue mardi dans la presse régionale bretonne.

 

On va constater qu’il est très instructif de comparer sur internet le traitement par les médias régionaux des tribunes respectives des “maires de l’ouest” et de Massiot. Lorsque l’on tape “maires de l’ouest fusion bretagne pays de la loire” dans google, voici les liens des médias et collectivités apparaissant en première et deuxième page :

Libération

France 3

Le Parisien

Ouest-France

France 3 Bretagne

Nantes Métropole

Le Telegramme

France 3 Poitou Charentes

Metronews

France 3 Pays de la Loire

Le mensuel de Rennes

Presse Océan

La gazette des communes

Ceci sachant que la tribune des quatre barons est publiée sur le site internet de Ouest-France, avec un article supplémentaire détaillant les arguments de ces-dits élus.

La même opération en tapant “Pierrick Massiot Lettre à la Bretagne” dans Google donne ceci :

7seizh

Le Parisien

France3 Bretagne

Bretagne.fr

44Breizh

Bretagne Réunie

On constate un traitement médiatique complètement inégal, en faveur des “maires de l’ouest”. Ouest-France et Le Télégramme, sur leurs sites internet, ne consacrent pas une page, pas une ligne à la tribune de Massiot. Si cette lettre ouverte n’avait pas été diffusée sur le site de la région, et reprise par les mouvements pro-réunification, elle n’existerait pas sur internet. Par ailleurs, aucun média présent en Loire-Atlantique n’a relayé l’existence de cette tribune (ni France 3 Pays de Loire ni Presse Océan ; pour la version départementale de Ouest-Torch, on leur fait confiance pour ne pas avoir publié la tribune). On prend là conscience du mur médiatique patiemment érigé entre Bretagne et Loire-Atlantique.

 

Ah, au fait, on se demandait aussi pourquoi Cuillandre défendait la fusion Bretagne-PDL, alors qu’un tel découpage renforcerait nécessairement la position excentrée de Brest. On vient de comprendre pourquoi. L’édile s’est fait élire lundi pour deux ans à la présidence du pôle métropolitain Loire-Bretagne (un machin qui met en réseau les métropoles des deux régions). On lui a fait son petit cadeau, le voilà bien au chaud.

 

Pour rappel, la liste des “élus de Bretagne” (tous socialistes) opposés à la réunification de la Bretagne historique, tout autant qu’à la proposition d’une Assemblée de Bretagne fusionnant les conseils généraux et le conseil régional :

Marylise LeBranchu (ministre à la fonction publique)

Pierre Maille (président du CG du Finistère)

Jean-Louis Tourenne (président du CG de L’Ile et Vilaine)

Claudy LeBreton (président du CG des Cotes d’Armor)

Bernard Poignant (conseiller du président)

François Cuillandre (maire de Brest)

Emmanuel Couet (président de Rennes métropole)

Johanna Rolland (maire de Nantes)

Nathalie Appéré (maire de Rennes)

David Samzun (maire de Saint Nazaire)

 

 

Des rassemblements sont prévus samedi à 16h00 à Brest et Nantes pour dénoncer ce déni de démocratie.

 


Au Pays Basque, l’opinion publique est loin d’être enthousiaste sur la langue

“Nous voulons vivre en basque”

Je viens de lire un article du Journal du Pays Basque (JDPB) qui vient confirmer une des idées que j’émettais dans le texte précédent : derrière les déclarations de principe en faveur de la sauvegarde des langues dites “régionales” (tout le monde s’y adonne maintenant en France, même Mélenchon et Le Pen, c’est dire), l’opinion publique est globalement méfiante, voire hostile sur la question (en plus d’être totalement ignorante). La dernière enquête socio-linguistique menée au Pays Basque (Communauté Autonome d’Euskadi, Nafarroa, Pays Basque Nord dit “français”) l’illustre très bien.

La langue basque en Iparralde (Pays Basque nord) se porte plutôt bien, si l’on observe la situation avec nos lunettes bretonnes. Le pourcentage d’élèves en filière bilingue ou immersive laisse notamment rêveur (de mémoire, l’enseignement en basque concerne près de 40% des élèves du primaire). Maintenant, si l’on adopte le point de vue d’Hegoalde (Pays Basque sud), où la langue est officielle, hyper-valorisée et abondamment pratiquée dans la zone bascophone, il y a de quoi être inquiet au vu du nombre de locuteurs qui continue de décroître et d’une pratique quotidienne de la langue en grosse difficulté (tiens donc !).

Là où l’enquête est particulièrement intéressante, et c’est ce que met en exergue l’article du JDPB, ce sont les représentations très contrastées sur la langue en Iparralde. D’une part, la promotion du basque est aujourd’hui moins bien perçue qu’en 1996 (42,3% d’opinions favorables à l’époque contre 38% en 2011). D’autre part, le nombre d’opposants à la promotion du basque gonfle, pour passer de 12,7% en 1996 à 21,3%. Cela peut paraître assez surprenant, surtout vu de chez nous où le soutien à la promotion du breton ne cesse de grandir. Dans la Communauté Autonome et en Nafarroa (bien qu’elle soit dirigée historiquement pas des partis espagnolistes hostiles au basque), le mouvement est inverse et les populations sont toujours plus favorables aux mesures de promotion. 

Cette opposition qui grandit en Iparralde (cf l’opposition à la création d’une filière bilingue dans l’école publique de Uztaritze comme autre exemple) illustre parfaitement les réticences larvées dans l’opinion publique française quant à des mesures concrètes de sauvegarde d’une langue minoritaire. Il est vrai que la langue basque est sur ce territoire incontournable, le militantisme linguistique étant très dynamique et chaque commune ou presque a son école en basque. De plus, à quelques kilomètres de là en Hegoalde, elle bénéficie d’un statut supérieur à celui de l’espagnol (chose encore plus vraie depuis que la coalition nationaliste Bildu dirige la province de Gipuzkoa). On peut donc penser qu’un certain nombre de personnes, issues pour la plupart du reste de la France (en tant que lieu de villégiature très couru, la côte basque accueille une population très importante de l’extérieur), et confrontées sur leur lieu de vie à une présence très concrète de la langue basque, affiche une hostilité claire devant ce qui leur paraît être une dérive, voire une situation anormale. Pour beaucoup de gens, qui ne font que débiter ce que le pouvoir républicain énonce, une bonne “langue régionale”, “un bon patois”, c’est une langue que l’on n’entend ni ne voit, sauf pour faire rigoler l’assemblée de temps en temps.

 

En Bretagne, on est d’autant plus favorable à la promotion de la langue bretonne qu’elle est absente du quotidien : mis à part les panneaux, les émissions du dimanche à la télé qu’on a vues une fois dans sa vie, et les écoles Diwan dont on a entendues parler au journal télévisé de TF1, la langue bretonne est sans doute quelque chose de très abstrait pour la plupart des gens. Gageons que si ces personnes étaient confrontées dans leur quotidien à une langue bretonne vivante, largement pratiquée, le soutien actuel a la langue bretonne dégringolerait comme en Iparralde.


Breizh, brezhoneg… chikan war internet / Bretagne, langue bretonne… discussions enflammées sur le net

Pa vez kaoz war internet deus Breizh ha/pe deus ar brezhoneg ‘vez alies tan en dud. Darn ‘raint ket ‘met hejañ kerc’h dirak fri ar reoù all. Darn all a respont drouk enne. Ha derc’hel ‘ra ar gaoz da vont war-raok (?) gant bep sort soñjoù, raksoñjoù ha brizhsoñjoù… chikan ordin ! Dindan ‘kavfet tabutoù arruet n’eus ket keit-se ‘zo da heul pennadoù war Rue89.

Quand un article d’un site internet informatif français traite de la Bretagne et/ou de la langue bretonne, les esprits ont vite fait de s’enflammer. Tout le monde  campe sur ses positions, les  provocateurs (jacobins très souvent) agitent la muleta, d’autres réagissent au quart de tour. C’est la foire d’empoigne, avec entremêlement de préjugés, de positions dogmatiques, d’arguments plus ou moins pertinents… Voici un aperçu de ce que cela peut donner :

http://www.rue89.com/2010/10/07/le-breton-est-bon-a-lecole-169723

http://www.rue89.com/2010/10/08/ta-iiie-republique-si-tu-savais-ou-les-bretons-se-la-carrent-169985

C’est à la fois instructif et effrayant. On se rend compte de  la vivacité largement répandue de nombre d’idées préconçues (et hostiles) sur les thématiques du “régionalisme / nationalisme minoritaire”, des “langues dites régionales”, du “fait identitaire régional”, etc. Rien de bien étonnant en fait dans un pays qui a parfaitement intégré la culture politique jacobine et qui voue une véritable dévotion à son système politique hypercentralisé, la République “une et indivisible”.

 

 C’est dès lors une véritable guérilla à laquelle se livrent de valeureux individu, Bretons mais pas seulement, pour contrer préjugés, arguments de mauvaise fois, contre-vérités, qui illustrent, et tentent de maintenir, la main-mise idéologique jacobine sur la France, et ainsi de désamorcer tout début de revendication en faveur de la Bretagne, son identité, sa culture, etc. Plutôt que de faire un listing fastidieux de l’argumentaire jacobin, et d’y répondre moi-même, je vais mentionner les réponses d’un internaute dont le  pseudo est Yp2, sur un des sujets que j’ai mis en lien. Je les trouve très efficaces parce que très simplement dites.

 

A propos des bienfaits de la IIIe République, et de son enseignement notamment :

 

“il faut remettre les choses dans le contexte de l’époque.”
Tout à fait.

On a essayé de réorganiser le pays, de rallier la population à la république, d’instruire les populations les plus pauvres…

Résultat : au lieu d’apprendre aux gens le français et les bienfaits de la république démocratique, on leur a interdit de parler leur langue et on leur a bourré le crâne avec de la propagande décérébrante type “Nos ancêtres les gaulois…”.

Le contexte, c’est également la colonisation en Afrique et en Asie, et les mêmes techniques grossières qu’on a utilisées pour “éduquer” le “nègre” et le “jaune” local.
On a vu le résultat : cultures dévastées, à chaque fois.

Le français, langue de la nation unie, très bien. Mais le français, langue unique d’une nation uniformisée… voyez le résultat en terme de richesse culturelle.
On s’émeut actuellement dans les journaux du fait que des dizaines de langues indiennes disparaissent… en France, c’est déjà fait pour une bonne part, et les dernières qui restent, type breton, alsacien, basque, occitan, sont malmenées dans l’indiférence générale.

 

Sur la vivacité supposée des langues et cultures régionales aujourd’hui en France :

 

“Les langues régionales peuvent êtres apprises à l’école, les JT de France 3 région peuvent être en patois (notamment en Bretagne).”

De 1 : ce que vous appelez “patois”, c’est à dire un dialecte extrêmement proche du dialecte dominant, n’est valable que pour certains dialectes régionaux. Le breton, le corse, l’alsacien… constituent bien des langues à part du français, tout comme l’anglais est une langue distincte de l’italien et de l’allemand.

De 2 : Les médias n’offrent quasiment aucune place aux langues régionales. Allez vous aérer à l’étranger histoire de voir ce qu’il se passe ailleurs et vous serez surpris. En Espagne, en allemagne, en grande bretagne, il existe de vraies politiques de soutien aux médias, d’éducation, d’emploi en administration, etc.

Quant aux écoles, l’Etat leur refuse en permanence des subventions, des postes d’enseignants, alors qu’il existe une réelle demande de la part des parents (Cf le développement, malgré cela, de l’enseignement bilingue dans ces régions).

Ne parlons même pas de l’intégration de l’enseignement en langue régionale dans l’EducNat, contre laquelle des petits groupes de députés jacobins ont mené une veritable guerilla, à coup d’articles de loi “piégés”. Tout ceci, évidemment au nom de l’ “unité” du pays… alors que les élèves qui sortent de ces écoles ont de meilleurs résultats au bac que la moyenne nationale, et parlent le français aussi bien que vous et moi.

 

Le terme “patois” est à bannir, mais on ne lui en veut pas. A propos du mouvement de revitalisation des langues dites régionales :

Ca vous viendrait vraiment pas à l’esprit que vous puissiez parler l’auvergnat et le français ???
Ou alors deux langues c’est déjà trop pour un esprit si étroit…
(Et dans ce cas je me fais du souçi pour nos compatriotes qui voudraient maîtriser l’anglais en plus de la langue de Molière).

  Sur la République et sa tolérance (!?) envers l’altérité :

 

“Voilà ce qui arrive quand on ne s’intéresse qu’a nos différences…

Imaginez la Wallonie… sans le travail salvateur d’homogénéisation des Flamands.

Nous leur devons tant…

Mort aux régionalismes !!!”

Et voilà. retour à la logique idiote des petits chefs jacobins : ma langue, c’est la meilleure, et d’ailleurs, il faut ne parler que cette langue. Les autres sont des sous-langues.

C’est vrai que deux identités, deux langues, c’est déjà une de trop pour les bas de plafonds qui se disent “défenseurs de la république”… défenseur de l’intolérance plutôt.

La République des droits de l’homme est décidément bien différente de la leur.

 

Pour terminer, une contribution d’un Normand (dont le pseudo est Boutauvent) tirée de je ne sais plus quelle discussion sur Rue89, et qui pose avec pertinence la question de savoir si les Français accepteraient volontiers qu’une République étrangère leur fasse subir le traitement que la République française a fait subir à ses minorités :

 

C’est assez étonnant de constater comment il suffit que n’importe quel crime soit commis au nom de “la république” pour qu’il obtienne les plus ignobles justifications.
Je doute que la grande majorité de ceux qui défendent ici les exactions passées (et pourquoi pas les présentes) admettraient qu’une “autre” (?) république leur confisque leurs propres “privilèges” actuels ; ils ne se satisfont de sa “grande sagesse” qu’à l’occasion de ce qu’elle confisque ou contraint aux autres.

 

Voilà en tout cas quelques billes que je trouve intéressantes pour qui désirerait aller croiser le fer avec du jacobin sur les forums et autres sites  d’information.


Histoire d’un siècle : Bretagne 1901-2000

 

Histoire d’un siècle : Bretagne 1901-2000

L’émancipation d’un monde

Editions Skol Vreizh

 

Voilà un livre sorti récemment et qui a connu, il me semble, une petite promotion intéressante. Suffisamment en tout cas pour très vite attirer mon attention. En traitant le XXe siècle, il se place dans la lignée des ouvrages de qualité publiés par Skol Vreizh sur l’histoire de Bretagne. C’est au départ un projet collectif dirigé par Michel Denis, historien rennais de renom. Celui-ci ne pourra cependant mener l’entreprise à son terme puisqu’il décède en 2007 d’une longue maladie. La rédaction repose alors principalement sur trois historiens (Claude Geslin, Patrick Gourlay, Jean-Jacques Monnier) et un sociologue (Ronan Le Coadic).

 

Je dois avouer que, depuis les premières fois où j’ai vu parler de ce livre, j’ai été passablement agacé par le sous-titre « L’émancipation d’un monde ». Ma lecture de la situation actuelle en Bretagne, influençant ma vision du XXe siècle, n’y étant pas pour peu. Je me suis procuré le livre, avec déjà quelques préjugés en tête, et prêt à dégainer l’arme de la critique. Le résumé au dos du livre confirme mon mauvais pressentiment, avec cette citation de Michel Denis que je trouve provocante et mal-venue : « siècle de l’émancipation individuelle et collective des Bretons ». Emancipation individuelle à la rigueur, mais collective non. L’historien rennais étant au départ la cheville ouvrière du projet, je crains alors très fortement que sa « vision positive et optimiste de l’évolution de la Bretagne » n’ait aboutit à un ouvrage discutable du fait du parti pris « positif » initial.

 

Les premières pages ne sont pas pour me rassurer. L’hommage à Michel Denis, dont on nous dit qu’ « il a partagé sa foi dans l’avenir des Bretons » (p9), me laisse craindre que l’équipe de rédacteurs se soit fourvoyée en adoptant ce regard positif qui me semble à moi très problématique. La justification apportée page 9 de cette « vision novatrice » de Michel Denis, facilement retournable, illustre à mon sens l’utilisation problématique du mot émancipation. Certes, les Bretons « ont commencé à prendre le pouvoir, à se dégager des sujétions personnelles et collectives : la famille clanique, l’Eglise, le château, les notables, les organisations encadrantes, les tutelles diverses ». Mais les sujétions à l’Etat français et au Capital n’ont cessé de s’approfondir, sans que les Bretons ne puissent collectivement offrir le moindre contre-pouvoir. Certes « ils ont amorcé des changements considérables, libéré leur créativité, notamment sur le plan culturel ». Mais la culture populaire, et les langues bretonnes, ne concernent plus qu’une fraction des Bretons, et continuent de s’effacer devant une culture élitiste francophone promue par les autorités publiques, et la culture de masse véhiculée par le système capitaliste. Certes « ils ont mis en pratique des principes d’égalité et de solidarité dans leur vie associative, très riche, dans la politique régionale, dans leur ouverture au monde, dans leur refus de l’extrême droite ». Mais la société bretonne connaît le même délitement du lien social, la même atomisation que la société française. Le questionnement en fin d’avant-propos est plus nuancé et prend en compte les incertitudes qui pèsent sur la Bretagne. La réponse aux défis qui se posent aux Bretons « dépend sans doute de leur capacité à s’organiser et à réagir collectivement, ce qui renvoie sans doute à l’intensité de leur conscience de constituer à nouveau une entité, sinon une communauté » (p9). En effet. Mais je ne vois pas trop comment être optimiste à la lumière de la situation actuelle sur un éventuel sursaut communautaire breton. Les termes d’ « émancipation collective » me paraissent dès lors bien présomptueux pour qualifier le XXe siècle…

 

Le cœur de l’ouvrage, je m’en suis rendu compte au fur et à mesure de ma lecture, est beaucoup moins problématique que l’entrée en matière ne le laissait présager. Les différents chapitres sont bien écrits, très bien synthétisés, et regorgent de faits précis. La première partie de Claude Geslin plante le décor et évoque la Bretagne dans la France des années 1900 à 1914. La deuxième, par Patrick Gourlay décrit la Bretagne dans la « Grande Guerre », qui accélère son intégration à la France. On prend la mesure du traumatisme, mais aussi du rôle essentiel de ce conflit dans « la transformation profonde des Bretons en nationaux français » (p124). Nombre d’aides envers les anciens combattants, les invalides, les veuves et les orphelins « finissent d’ancrer le patriotisme cocardier parmi leurs bénéficiaires » (p119). Plus anecdotique, on remarque que le préfet du Finistère loue en 1916, « la capacité d’obéissance des Bretons » (p105). La troisième partie, de Jean-Jacques Monnier, présente la Bretagne des années 1919 à 1939. « La volonté profonde de changement et de promotion sociale » (p142) devient particulièrement aigüe à un moment où la Bretagne est de plus en plus confrontée à l’extérieur. C’est l’époque où « les particularités bretonnes apparaissent constituer des handicaps » (p136). La quatrième partie, toujours de Jean-Jacques Monnier, est dédiée à l’Occupation. Ellet tend à relativiser la collaboration du mouvement breton, qui n’aura au final concerné qu’environ 70 individus, soit les membres de la Bezen Perrot, dont les exactions auront après-guerre un retentissement incroyable. Dans la cinquième partie est analysé par Jean-Jacques Monnier le mouvement de rattrapage entre 1950 et 1972. On y note qu’à l’époque « la région n’existe pas en tant que telle, et par conséquent la vie politique à l’intérieur de celle-ci décalque pour beaucoup l’actualité nationale du moment » (p255). Le problème est qu’aujourd’hui les régions existent, mais  la vie politique régionale n’existe toujours pas, phagocytée qu’elle est pas la dimension nationale. La sixième partie, de Jean-Jacque Monnier, couvre les années 1972 à 1992, et fait état des progrès comme des difficultés qui apparaissent. Si émancipation il y a eu, elle est à relativiser fortement comme je le pressentais : « la société bretonne a perdu beaucoup de son dynamisme interne et de sa cohésion » (p284) ; « cette émancipation-là a été plus difficile et incomplète en raison de la centralisation de la vie politique et du poids du bonapartisme républicain » (p288) ; « ils obtiennent des résultats limités sur le plan de leurs droits collectifs » (p316). La dernière partie, de Ronan Le Coadic, de 1992 à nos jours, est à mon sens brillante, loin de l’optimisme béat que je craignais au départ. Les constats sont sévères et pointent avec justesse nombre de problèmes qui se posent actuellement : crise du modèle agricole, tourisme, délitement du lien social, menaces sur la culture et les langues, conduites à risques…  Ronan Le Coadic évoque même « une demande [par les Bretons] d’autorité de l’Etat qui est tout à fait nouvelle en Bretagne ». Les Bretons, dans un contexte difficile, se raccrochent ainsi aux certitudes, et notamment à l’Etat. Comment changer la donne dans ses conditions ? Le sociologue conclut à l’urgence d’ « impulser un élan puissant » pour faire face aux défis actuels, vers plus d’autonomie. Mais il reste parfaitement conscient des blocages politiques et idéologiques : « Tant que ces conditions – qui ne sont pas de leur ressort mais sont imposées par l’Etat – demeurent inchangées, la portée du volontarisme risque d’être limitée et la Bretagne de rester une région faible à l’échelle de l’Europe et de la planète » (p377). Je souscris totalement.

 

Le livre se termine par une courte conclusion, mais surtout par un texte admirable de Michel Denis. Le titre en lui-même annonce la couleur : « Peut-on renouveler l’approche du combat pour les libertés bretonnes ? ». Je ne le soupçonnais pas capable de telles prises de position sur le système centralisé français et la Bretagne. C’est un texte à lire et à relire, véritable plaidoyer en faveur de l’action politique pour la Bretagne. Il vient à mon sens magnifiquement conclure cet ouvrage, qui au final, et malgré mes très fortes réticences de départ, se révèle être un précieux outil de compréhension du XXe siècle breton, et un appel à l’action pour le présent et l’avenir.

 

 


“Be Breizh”

“Be Breizh”… Voilà la toute dernière trouvaille du comité régional du tourisme de Bretagne.


Le Telegramme du lundi 9 août nous apprend en effet que la nouvelle campagne promotionnelle de la région va utiliser ce slogan, mi-anglais mi-breton, qui au final ne veut rien dire du tout. Mais ça fait moderne et branché, alors qu’est-ce que vous voulez de plus ?

Pire encore que le slogan ridicule, c’est la justification qu’en donne la présidente du Comité Régional du Tourisme (CRT), Mme Maria Vadillo, qui mérite qu’on s’y attarde :

«Je suis d’origine espagnole. Mickaël [Dodd, directeur du CRT], lui, est Britannique. La Bretagne est une terre d’accueil et d’ouverture. Pourquoi opter pour un slogan breton qui immanquablement aurait ramené à l’idée d’un repli identitaire».

Merci, ça fait plaisir ! Donc utiliser le breton pour la promotion de la Bretagne relève du repli identitaire ? Voire même peut-être, pour cette chère présidente du tourisme régional, parler breton EST du repli identitaire ? C’est ce qu’on aurait tendance à penser, en voyant que le site du CRT est disponible en 5 langues… mais aucune trace du breton !

Voici en lien une réflexion intéressante de Christian Le Meut :

http://www.agoravox.fr/actualites/info-locale/article/tourisme-be-breizh-79583

Et un texte de Jean-Pierre Cavaillé sur la pénétration de l’anglais (gage d’ouverture pour le CRT !!!) dans le domaine commercial :

http://taban.canalblog.com/archives/2010/05/12/17877487.html


La justice s’acharne contre les militants de la réunification

Ils avaient initialement été condamnés pour des barbouillages à 34200€ de réparation à verser à la SNCF et à la région des Pays de la Loire, 2 mois de prison avec sursis et 100h de TIG. Les 6 militants de 44=Breizh ont finalement écopé en appel le 13 juillet de 22500€ et de 2 mois de prison avec sursis…

Ils ont évidemment annoncé par conférence de presse qu’ils allaient se pourvoir en cassation, étant donné le montant exorbitant exigé. 

La volonté de briser la dynamique du mouvement 44=Breizh est manifeste. Et c’est maintenant que la solidarité doit s’exprimer. Un concert de soutien est prévu à Naoned à la maison de quartier de Doulon le 23 octobre :

Au programme :

Skalpel [la k-bine] + E. One [eskicit] + Akye [boykonsian] (rap militant)

Unité Mau Mau (hip-hop rap)

Gimol Dru Band (rock’n dru dérangé)

Trouz an noz (électro-punk)

Dj novice (rap-fusion)