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La culture “country” en vogue

membres de l’association “Phare West an Trev” à Ploueg-An-Trev

Que se passe-t-il quand une culture populaire décline ? Eh bien une autre culture, véhiculée par les médias de masse celle-là, vient combler l’espace laissé vide. C’est ainsi que l’on voit fleurir un peu partout en Bretagne des associations promouvant la culture “country”. Et comme aux Etats-Unis, cette culture se diffuse majoritairement dans les zones rurales (cf une liste non exhaustive des clubs en Côtes d’Armor : Trévé, Sant Gelven, Rostrenn, Plounevez-Kintin, Coetmieux, Aucaleuc, Pleumeur-Bodou, Goméné, Lanfain, Lannuon, Ploujean, Pont-Melvez, Ploueg-An-Trev, etc.).

Que recouvre cette culture d’origine US ? Regarder le programme du festival country organisé à Ploueg-An-Trev ce samedi permet de se faire une idée. D’ailleurs, l’intitulé assez ridicule présentant la journée est assez explicite : “un rendez-vous western, attention cow-boy, ça va chauffer dans les Tiags”. Concrètement, l’amateur de culture “country” et les curieux qui iront y faire un tour auront droit à un concert de musique country et à des stands divers : “western, amérindien, tir à l’arc, motos et voitures américaines, promenades à dos de poney, démonstration et initiation à la danse country, taureau mécanique, structure gonflable, etc.” En somme, un joyeux mélange de pratiques et de produits plus ou moins culturels made in USA, dont on perçoit très vite la superficialité de l’ensemble. Est-ce étonnant quand ces aficionados sucent leur passion majoritairement par le biais de productions cinématographiques ?

La culture amérindienne semble approchée, mais on se demande bien comment. Ou plutôt, on a une petite idée en voyant l’affiche du festival rendant hommage à John Wayne. Dans la culture “country”, le western est un élément central. Pas le western spaghetti, mais bien le bon vieux western à la mode Hollywood dans lequel le héros yankee dézingue du sauvage par dizaines. Partant de là, on se doute que la place de la culture amérindienne dans la culture country ne peut être qu’anecdotique, car appréhendée par les mêmes clichés que ceux véhiculés par Hollywood. Les amateurs de country s’intéressent-ils réellement à la culture des peuples amérindiens et à l’histoire de leur massacre ? Exceptions mises à part, permettez-moi d’émettre un doute. Car quand on aime cette culture, c’est bien au cow-boy qu’on s’identifie, à cette figure cinématographique US qui traverse les époques, des westerns de John Wayne à la série Dallas (cf le costume de rigueur de l’amateur de culture country : chapeau texan, santiags, etc.).

La diffusion de cette sous-culture américaine en Bretagne est en tous les cas large. Près d’une dizaine d’événements par mois sont qualifiés de “country”, dont des festivals d’importance comme Bain de Bretagne (40 000 visiteurs tous les ans), sans compter les cours de danse hebdomadaires dans de nombreuses communes. A Ploubêr, le maire a récemment donné raison à l’association de danse country locale contre l’association de culture bretonne Min Rann. Cette dernière se voit obligée de délocaliser ses causeries en breton à Plouilio. Le symbole est fort. Le monde occidental s’uniformise par l’entremise des mass médias, on singe bêtement l’american way of life, et on laisse crever l’inestimable trésor que représente notre culture populaire.

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