Monthly Archives: Here 2011

Trouz an noz : Unan all

Trawalc’h a gozh kaozioù. Arru eo poent selaou un tamm sonerezh, mat mar plij ha gant skeudennoù da heul. Ar strollad Trouz an Noz an hini eo. Emichañs e rey plijadur deoc’h. Din-me ra bepred !

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Egalité et éducation : les mythes républicains

Je mentionnais dans de précédents billets l’incapacité structurelle française, et celle de la majorité des enseignants en premier lieu, à remettre en question le système éducatif républicain. Un texte d’une enseignante publié récemment sur Agoravox fournit un exemple-type des croyances et mythes dont se barde la plupart des politiques et acteurs du monde éducatif. L’en-tête donne le ton :

“Les politiques éducatives sont aujourd’hui bien ancrées dans le mondialisme, entièrement élaborées et conduites par les instances économiques et financières internationales, nous les retrouvons dans toutes les réformes gouvernementales sans que souvent, tant personnels politiques que pédagogiques n’y comprennent quoi que ce soit.”

Suit une logorrhée de pseudo-arguments et de contre-vérités, pleins de bons sentiments mais complètement orientés vers un seul but : dénoncer la main-mise “mondialiste”-“libérale” sur l’école républicaine, unique facteur explicatif de la dégradation générale de l’instruction publique. Je me suis permis d’émettre un commentaire critique du texte, et me suis vu infliger pas moins de 4 jugements négatifs (vous savez, les + et les – qui jugent de la pertinence d’un commentaire) pour un texte qui n’a pas attiré un grand nombre de commentaires… Quand je parlais d’incapacité généralisée à remettre en question de façon globale l’enseignement en France…

Malgré tout, il existe des voix discordantes qui n’ont pas peur de se baser sur les évaluations PISA ou les rapports de l’OCDE pour mettre en exergue l’inefficacité structurelle et croissante de l’éducation publique en France. Dans mon texte Education nationale, diversité, égalité des chances,  je me basais par exemple sur le stimulant ouvrage de Paul Robert, La Finlande : un modèle éducatif pour la France ?, 2009.

Hier matin sur France Culture, deux universitaires présentaient des conclusions similaires et formulaient une critique sans appel du système éducatif français. Et cela sans en référer à un vaste complot mondialiste-libéral qui menacerait l’excellence du système éducatif à la française. Pierre Cahuc est Professeur d’économie à l’Ecole Polytechnique, et Stéphane Carcillo est Maître de conférence à l’université Paris 1 Sorbonne et professeur associé au département d’économie de l’IEP de Paris. Leur ouvrage s’intitule :  Comment la France divise sa jeunesse, La machine à trier (Eyrolles). Morceaux choisis de l’interview :

“Sachant qu’en France, c’est un thème que nous abordons aussi dans l’ouvrage, le système scolaire fonctionne de manière très particulière vis-à-vis d’autres pays puisqu’il sélectionne plus qu’ailleurs et il produit plus d’exclus qu’ailleurs.”

“Pour casser cette machine à trier, il y a deux grandes réformes à mettre en oeuvre, la première c’est l’école, la deuxième c’est celle du marché du travail.”

“Le système scolaire aujourd’hui en France produit 20% d’échecs, 20% de jeunes qui ne maîtrisent pas correctement à 15 ans la lecture, l’écriture et les mathématiques de base.”

“Ce qui caractérise la France c’est que ces 20% d’échecs, sont le fait de jeunes qui sont issus de milieux défavorisés, donc en fait le système scolaire en France  reproduit très fortement et plus fortement qu’ailleurs les inégalités. C’est un peu un paradoxe pour une école qui se veut égalitaire et juste, qui en fait est assez inégalitaire et injuste dans ses résultats.”

“Une autre raison pour laquelle les entreprises sont exigeantes en matière de diplômes, c’est le fait que les entreprises fonctionnent en France de manière très hiérarchisée, comme l’école. C’est la raison d’ailleurs pour laquelle l’école fonctionne elle même de façon aussi élitiste et hiérarchisée. La caractéristique des entreprises françaises c’est le fait d’avoir des managements effectivement hiérarchisés avec peu de travail en équipe, une organisation très verticale.”

“Pour les jeunes qui sont issus de milieux défavorisés, bien c’est quasiment impossible [de rentrer dans le monde du travail] dès lors qu’ils rentrent dans ce système scolaire qui met d’une certaine manière tout en place pour les éliminer progressivement avec un système notamment de notation extrêmement rigoureux et aussi avec un  travail en équipe qui est  très peu développé.”

“Ces deux dimensions sont d’une part, les méthodes d’enseignement. En France, plus qu’ailleurs, les jeunes ne travaillent jamais en groupe. Les jeunes passent leur temps à l’école assis à écouter leur professeur qui enseigne et à prendre des notes. On n’a pas le droit de parler ensemble. Plus de deux jeunes sur trois disent qu’ils ne travaillent jamais en groupe, alors que dans la plupart des autres pays, notamment dans les pays qui ont de bons résultats, le travail en groupe est la règle. On apprend à discuter ensemble, à essayer de progresser ensemble. Ca c’est le premier point qui créé évidemment des inégalités. Il y a un deuxième point qui est le poids de la sélection via les notes et les classements.”

“Quand on regarde la pratique des enseignants en France, ils sont pris au piège.”

“Il y a une pression sociale, c’est ça le piège dans lequel nous sommes tombés. Nous vivons aujourd’hui dans un monde dans lequel il y a une pression sociale pour que ce mode de sélection [par les notes], ces méthodes d’enseignements s’appliquent, et c’est de ça dont il faut sortir. Et il est très difficile d’en sortir parce qu’on vit dans un système cohérent, chaque enseignant a intérêt à reproduire ce système sous le poids et la pression sociale.”

“Pour les jeunes ça a des effets assez dévastateurs. On sait, et c’est ce qu’on montre dans le livre, que tout se joue pour les enfants à un très jeune âge, et notamment ce qu’on appelle les capacités non-cognitive, c’est-à-dire la capacité à persévérer, la capacité à se concentrer, la capacité à maîtriser ses émotions, à travailler avec autrui, ces capacités-là s’apprennent très jeune, et ont une importance déterminante dans l’avenir personnel et professionnel des jeunes quand ils auront 20 ans. Ca s’apprend très très jeune, et aujourd’hui l’école n’est pas en mesure d’aider les jeunes à développer ces capacités, à leur donner confiance en eux, à cause de ces méthodes qui sont imposées par le système, qui sont très verticales, dans lequel on commence à classer les enfants très jeune et dans lequel certains ne croient plus dans leurs chances de réussite.”

“La carte scolaire est un des éléments du système. Mais je pense que le problème est beaucoup plus enkysté dans les pratiques quotidiennes d’enseignement. “

L’analyse rejoint celle de Paul Robert et dévoile avec lucidité les défaillances structurelles du système scolaire français, intrinsèquement incapable de réduire l’échec scolaire, et dont l’élitisme et la hiérarchisation ne sont pas les moindres défauts. La posture qui consiste à cibler les politiques  libérales comme unique cause des ratés de l’école républicaine,  tout en s’épargnant un examen critique de ses dysfonctionnement, aussi commode et confortable intellectuellement soit-elle, n’en est pas moins complètement à côté de la plaque, comme le montre ce genre d’arguments farfelus, tiré du texte cité en introduction : 

“les méthodes républicaines d’apprentissage, poursuivent, elles, leur tranquille disparition pour laisser place aux méthodes mondialistes.”

 

 

PS : ce texte est publié sur Agoravox depuis ce matin. N’hésitez pas à y faire un tour pour regarder les commentaires.


Egalité et éducation publique : le discours républicain contre la réalité

En France, quand on défend un système d’autonomies régionales, on reçoit de façon assez systématique, en plus d’un regard désapprobateur,  la sempiternelle objection : “certes, mais dans ce cas on rompt avec le principe républicain d’égalité, et on risque de créer des inégalités entre régions”. A force, il en devient cocasse, ce discours républicain asséné sur le ton de la vérité générale, et qui ne souffre jamais la moindre remise en question. Surtout quand ce discours se révèle en déphasage complet avec la réalité.

Quantité d’études menées par divers géographes démontrent les inégalités territoriales flagrantes de ce système vanté pourtant comme hautement égalitaire : le poids disproportionné de la région parisienne sur le reste du territoire (pas près de s’arranger avec le projet de Grand Paris), les déséquilibres régionaux avec la politique de soutien à quelques métropoles régionales, l’abandon  presque complet des banlieues, de larges zones rurales et des colonies… A croire que l’obsession française pour l’unité interdit de constater l’évidence d’une France inégalitaire au plus haut point.

Le système éducatif n’y échappe évidemment pas. J’écrivais dans un précédent texte que le système éducatif français était évalué par les organismes internationaux comme très inégalitaire, bien loin des références en la matière tel que la Finlande. Une récente étude d’un syndicat enseignant du public, le SNUIPP, vient l’illustrer à merveille. Au premier semestre 2011, une enquête a été consacrée à l’argent de l’école versé par les communes. Celle-ci fait le constat de “disparités entre territoires qui ne se réduisent pas”, en référence à une précédente étude de 2001. L’écart de financement des écoles reste inchangé,  variant de 1 à 10 selon l’endroit ! L’exemple extrême et caricatural, est celui des intervenants extérieurs : “plus de la moitié des écoles de France n’en bénéficient jamais tandis qu’à l’autre bout de l’échelle, la ville de Paris recrute elle-même des profs municipaux sur concours pour intervenir en EPS, arts plastiques ou en langues vivantes par exemple.”

La conclusion est faite d’un “financement de l’école par les collectivités territoriales [qui] reste extrêmement inégalitaire”. Quelle est alors la réaction naturelle de nos bons petits soldats de la République française, syndicalistes enseignants en l’occurrence ? Inverser le paradigme comme en Finlande en misant sur un système d’autonomies locales pour permettre à chaque enfant de bénéficier d’un réel service public d’éducation de qualité au plus près de chez lui ? Non, ne rêvons pas. Le syndicat enseignant majoritaire préfère invoquer ad nauseam, telles des formules incantatoires, les sacro-saints “principes d’égalité et de gratuité qui fondent l”école républicaine”, quand bien même ceux-ci se révèlent complètement fumeux (à titre de comparaison, l’école finlandaise avec ses cantines, livres et fournitures scolaire gratuites, présente une gratuité absolue dont est très éloignée l’école française). Des discours et des postures, contre l’évidence la plus observable, et ce sans le moindre questionnement ou début de remise en question, en voilà une autre spécificité française...

 

En toute logique, c’est encore à l’Etat paternel qu’on vient finalement réclamer qu’il garantisse les beaux principes républicains : “c’est à l’Etat qu’il appartient d’assurer l’équité des conditions de scolarité sur tout le territoire”.  Toujours plus d’Etat, sans jamais envisager une organisation autre que centralisée… Le mal est profond.


Kollet ‘ba skol ar Republik

Tro ‘mez da gomz brezhoneg gant un den yaouank a-walc’h deus ma barrouz. War-dro pemp bloaz ha daou-ugent eo, hag ur brezhoneg brav-kaer gantañ, deus ar vro. Kalz plijadur ‘meump o klakenniñ, ha bep tro e teskan traoù gantañ. Kaer eo din, da vên ne gaver ket nemeur a dud eveltañ siwazh, ken yaouank ha ken desket war un dro.

Bremañ-souden oa o kontañ din ‘h ae da skol da Sant Eler, ur barrouz vihan vihan war ar maez. Eñ a oare galleg koulz ha brezhoneg pa oa arruet er skol en CP. Nebeutoc’h a “chañs” ‘na unan deus e gamaradoù, ha na oare ket ‘met brezhoneg. Moarvat e oa hennezh unan deus ar re diwezhañ ‘ba ‘r vro, aet da skol ‘ba penn-kentañ ar bloavezhioù 1970 hep goût tamm galleg ebet.

Penaos en em dibabe ar paour-kaezh bihan ‘ba ur c’hlas lec’h ne gomprene ket foeltr sort, ar skolaerez da gentañ ? Evel ur marmouz ‘vije eno, kollet-libr e-mesk tud ha bugale ha na gomprenent ket anezhañ. Bevañ a rae, e-unan er c’hlas, pezh ‘na bevet hom zud-kozh a rummad da rummad a-hed an XIXvet kantved. Memes tra ne vije ket pilet ha gwallgaset, evel oa bet moarvat tud e familh bet mouget dre nerzh ‘ba skol ar Republik araokañ. Goût a oare an holl dija d’ar c’houlz-se oa trec’het ar brezhoneg, da viken. Eñ neuze ‘vije  sellet evel ul loen gouez, ur paotr bihan diwezhat, ha truez a vije dioutañ kentoc’h evit kounnar.

Koulskoude, ne chome ket mouget an hini bihan-se. Komz a rae. Ne oare ket ‘met brezhoneg, met komz a rae avat. Darn a gomprene ‘ba ‘r c’hlas. E skolaerez ‘rae ket. Laket oa bet neuze e-kichen an hini ‘neus kontet din an istor, peogwir e oare hemañ brezhoneg koulz ha galleg. Hag e-giz-se ac’hanta, e tremene e devezh o c’houlenn gant e gamalad “P’ra ‘mañ ‘chaokañ  honn’zh aze ?”. Ha pa lâre traoù d’e skolaerez ‘vije egile o treiñ komzoù brezhonek ar bugel. Padet ‘na ar jeu-se ken oa kat da drailhañ un tamm galleg. Sell aze penaos e tremene an traoù c’hoazh er bloavezhioù 1970. Derc’hen a rae an deskadurezh-stad da frikañ ar vrezhonegerien vihan, betek ar re diwezhañ, restajoù bev ur gevredigezh vrezhonek o vont a-raok fonnus.

Si j’avais à donner un mot pour résumer l’histoire des Bas-Bretons dans l’école républicaine, ce serait “souffrances”. Beaucoup n’ont voulu voir, et persistent à ne vouloir voir, que la mission “émancipatrice”, voire même  “salvatrice” de l’instruction publique française. Mais que vaut-elle, leur émancipation, qui est passé par les brimades, les vexations et les humiliations, ou simplement le désarroi d’enfants complètement perdus dans une école qui jusqu’au bout aura nié leur langue, leur culture, et in fine leur personnalité même, comme dans l’anecdote que je raconte où ce gamin arrive au CP au début des années 1970 sans savoir un mot de français…


Manif enep-nukleel / anti-nucléaire (Roazhon)

Arru eo faegegeg ganimp klevet komz deus tud lazhet ha broioù saotret gant an nukleel. Goude Tchernobyl ha Fukushima, pelec’h e tarzho ?  Poent eo cheñch penn d’ar vazh, ha dilaoskel an energiezh sot-se n’hallfomp biken chom mestr warni. Se zo kaoz vo kalz tud moarvat ‘ba Roazhon a-benn ar sadorn 15 a viz here. Eno vo ur pezh vanifestadeg evit sevel hon mouezh enep da choazoù garz ar bolitikourien gall.

 

Il est plus que temps d’enterrer l’énergie nucléaire. Après Tchernobyl et Fukushima, où se passera le prochain accident nucléaire ? Combien encore de personnes irradiées, de morts, de régions sinistrées ? Soyons nombreux à Roazhon samedi 15 octobre pour exprimer aux politiciens français notre volonté d’en finir avec cette énergie mortifère.


Jean-Claude Michéa sur France Culture


Suite à la sortie de son dernier livre, “Le complexe d’Orphée”, le philosophe et essayiste Jean-Claude Michéa était invité hier jeudi sur France Culture.  C’est l’occasion de découvrir ce penseur radical, qui articule critique marxiste du système capitaliste et, ce qui en fait son originalité et son grand intérêt, critique de la “religion” du Progrès. Il s’inscrit dans la droite ligne du socialisme prôné par l’intellectuel anglais Georges Orwell (l’auteur de “1984”), auquel il emprunte et prolonge la notion centrale de “common decency”, la “décence ordinaire” des classes populaires. Bref, c’est un auteur particulièrement stimulant qui figure en bonne place parmi mes références théoriques. La chronique qu’en a fait Brice Couturier lors de la matinale de France Culture, même si elle se veut critique in fine, devrait achever de convaincre les plus sceptiques 😉

Laissez-moi tout d’abord, cher Marc Voinchet, exprimer le bonheur que me procure ce matin, la possibilité de dialoguer avec Jean-Claude Michéa. Je considère en effet cet auteur, et depuis longtemps, comme l’un des penseurs les plus radicaux et les plus originaux de la scène intellectuelle française. Avec lui, les repères trop faciles avec lesquels, nous autres média, croyons border le champ, volent en éclats. Et c’est tant mieux.

Socialiste ? Conservateur ? Populiste ? Michéa est sans doute tout cela à la fois et encore bien d’autres choses.

Michéa ne se reconnaît guère qu’un seul inspirateur, et c’est George Orwell. Son dernier livre, “Le complexe d’Orphée” (Climats) peut, du reste, se lire comme une réflexion critique sur l’état intellectuel de la gauche française à la lumière de la pensée orwellienne. Mais si je devais lui trouver un devancier au sein du mouvement socialiste dont il se réclame, je pencherais pour l’auteur de “Le socialisme des intellectuels”. Jan Waclaw Makhaïski, tel était son nom, écrivait, au début du XX° sicècle, que le socialisme était devenu l’idéologie des intellectuels, désireux d’exercer, au nom de leurs compétences et de leur rationalité, leur propre dictature sur la classe ouvrière. La logique de Michéa, c’est celle de ce qu’on appelait “l’autonomie ouvrière” face à une logique, politique, de rassemblement des forces de gauche.

Car si Michéa mène, contre le libéralisme, une offensive d’autant plus dévastatrice que – à la différence de la plupart des autres – elle est assez bien informée de son objet, son autre cible, ce sont les courants à la mode qui, s’imaginant combattre le libéralisme, le prolongent en réalité.Car pour Michéa, c’est toute la pensée progressiste de gauche contermporaine qui relève en fait du libéralisme.

Michéa bataille contre cette idéologie, devenue obligatoire, qui nous contraint à considérer favorablement toute nouveauté et à mépriser le passé, à vivre sans héritage ni horizon de sens partagé. Pour lui, c’est la modernité elle-même, avec sa consommation frénétique d’un présent perpétuel, son agitation stérile et sans direction, qui est le couronnement du libéralisme.

La posture avant-gardiste est désormais occupée par une intelligentsia qui, comme le monde de la finance lui-même, valorise la transgression et se moque de la décence des “gens ordinaires”. La ruse de cette pseudo-avant-garde, consommatrice effrénée de pseudo-nouveautés, consiste à feindre de contester le capitalisme en s’attaquant à son “conservatisme”.

Mais Marx lui-même avait bien vu, dès les débuts de la révolution industrielle, que le capitalisme est une force de bouleversement – et non de conservation -, qu’il met tout en mouvement, ne laissant rien ni personne en repos ; qu’il ébranle les fondements de tout ordre stable, sape les communautés traditionnelles, ruine la morale usuelle.

Les choses se sont notablement aggravées depuis que la révolution culturelle des sixties a convergé avec la révolution économique des années Reagan. Depuis, comme l’écrivait Daniel Bell, dans “Les contradictions culturelles du capitalisme”, “l’hédonisme, l’idée de plaisir comme mode de vie, est devenu la jsutification culturelle, sinon morale, du capitalisme.”

Idem pour le refus des frontières, des cultures particulières et locales. Pour Michéa, le culte de l’errance, du déracinement, le modèle du “nomade connecté”, qui inspire les élites mondialisées, ainsi que le remplacement, au Panthéon de la gauche progressiste, du prolétaire par le migrant, sont des effets logiques de la révolution libérale.

Mais si c’est toute la gauche qui doit être taxée de “libérale” – et Michéa y inclut Toni Negri et Alain Badiou ! – comment sortir du libéralisme ? Qui pourrait bien se rapprocher de l’idéal d’un socialisme qui serait du côté de “la décence des gens ordinaires” prônée par Orwell – et non de la transgression esthète des normes et de la négation des valeurs ? Seriez-vous tenté, Jean-Claude Michéa, par “l’ordre juste” de Ségolène Royal ?