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Courrier International : digoumanantiñ ‘ran / Je me désabonne

‘H an da digoumanantiñ da gCourrier International. Faegegek eo ganin lenn ordin ar memes kaozioù toull diwar-benn ‘pezh a dremen ‘ba Euskal Herria. Mouezh ar mediaoù spagnolist ‘vez  klevet bewezh. Fentusañ tra ‘ba niverenn 1038 ar c’hCourrier, div destenn ‘zo hag a lak ar gaoz war ar brizhkelaouiñ ‘vez graet gant ar mediaoù bras  (amerikan evit an darn vrasañ) diwar-benn ar Venezuela…

 

Courrier International No1038 du 23 au 29 septembre 2010.

 

Page 22, un article d’ El Periodico de Catalunya, intitulé “Qui croit encore à la trêve d’ETA ?”, reprend, à l’unisson de la presse espagnole, la thèse du cessez-le-feu d’ETA qui ne serait que pure manoeuvre politique afin de permettre la légalisation de la gauche nationaliste basque. Ceci alors  que l’ensemble des observateurs internationaux salue le pas en avant fait par ETA, et somme maintenant le pouvoir espagnol de faire à son tour un pas dans la direction de la résolution du conflit. Cet article partial est le dernier d’une longue liste d’articles publiés par Courrier International et issus de la presse espagnole, avec une constante : on y trouve le seul point de vue “espagnoliste”… 

 

Page 32, deux articles font état de la désinformation médiatique internationale qui touche le Vénézuela d’Hugo Chavez, et son indéniable réussite sociale et économique. Le premier est tiré d’un blog vénézuélien, et le second, écrit par Mark Weisbrot, est paru dans le Guardian. L’un et l’autre dénoncent la malhonnêteté dont font preuve les médias internationaux (US en tête) pour tenter de disqualifier le régime de Chavez, tant du point de vue politique qu’économique.

Deux sujets, et deux traitements totalement différents par Courrier. Sur le conflit basque, le point de vue du pouvoir espagnol est récurrent, systématique, jamais remis en question. Sur le Vénézuéla en revanche, on fait preuve de clairvoyance pour dénoncer avec justesse l’acharnement médiatique international anti-chaviste… 

 

La conclusion de l’article de Mark Weisbrot est pleine de bon sens :

Mais quoi qu’il arrive, nous pouvons nous attendre à une couverture médiatique partiale de la réalité. Ainsi, gardez toujours à l’esprit que même si vous lisez The New York Times ou que vous écoutez NPR [National Public Radio, la radio publique américaine], vous obtiendrez toujours des infos à la Fox News [la chaîne câblée ultraconservatrice]. Alors, si vous souhaitez avoir une vision plus juste de la situation, il faut aller chercher vous-mêmes les informations sur internet.

 

On peut remplaçer  The New York Times, NPR et Fox News, par les noms des grands médias espagnols, et on obtient une conclusion qui convient parfaitement à la situation basque. Le filtre médiatique est susceptible de désinformer sur n’importe quel sujet. Que Courrier s’en aperçoive pour le Vénézuela, tant mieux. Mais que, sur le conflit basque, il reprenne ad nauseam la plus simpliste et partiale des analyses, celle du nationalisme espagnol, montre à quel point il reste prisonnier d’étroites conceptions idéologiques. 

 

Comme l’indique Mark Weisbrot, quand on cherche un peu sur internet, on peut trouver des analyses de qualité, rompant avec la couverture partiale que font les médias sur des sujets comme le Vénézuela. Tel est aussi le cas pour la situation basque, où bien loin des inepties sciemment colportées par les médias dominants en Espagne et en France, et reprises bien complaisamment par Courrier International, on peut trouver nombre d’écrits offrant une lecture différente, et nettement plus objective, du conflit basque.  Ce texte très intéressant de Michel Collon en fait partie :

 

Avec cette logique, nous sommes tous des présumés “terroristes”

 

En tout cas, c’est décidé, je me désabonne de Courrier International.

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Petore cheñchamant aozadur en Frañs ? Quelle réforme territoriale en France ?

Abaoe daou vloaz ‘zo kaoz da hadframmañ aozadur Bro-C’hall. Goude bezañ bet lañset an traoù gant teuliad Balladur zo bet kinniget un destenn lezenn. Bloaz ‘zo oa krog ar senaterien da studiañ ar reform-se, ha derc’hel ‘ra an destenn da vont ha da dont etre kambr an deputeed ha kambr ar senaterien.  Diaes eo kaout ur soñj sklaer gant ar pezh a  glever amañ hag a-hont ‘ba ‘r mediaoù. An douetañs oa da gentañ gant kalz tud zo aet war-greñvaat tamm-ha-tamm. Evel-just ne oa ket kalz tra da c’hortoz digant gouarnamant Sarkozy. Met lec’h all ‘mañ ar washañ  : ar jacobined a divenn o zamm aozadur skornet, hag ar bolitikourien vreton ‘deus tamm youl ebet da stourm evit Breizh. Romain Pasquier, klasker ‘ba Science-Po Roazhon, a diskwel kement-se. Etre un destenn skrivet gantañ e miz meurzh 2009, hag unan all skrivet e miz eost 2010, e weler sklaeroc’h an traoù…

La réforme territoriale du gouvernement Sarkozy a fait couler beaucoup d’encre depuis deux ans. Depuis un an, le texte de loi fait des allée-retours entre l’Assemblée et le Sénat, et ne cesse de subir des modifications. Mais difficile d’y voir clair en se fiant seulement aux médias. Romain Pasquier, chercheur à Science-Po Rennes, apporte un éclairage particulièrement intéressant sur cette réforme. Un texte de mars 2009, et un second d’août 2010, permettent ainsi de saisir l’évolution actuelle de ce qui était annoncé comme un “big bang territorial”.


Dans le premier texte, Romain Pasquier pointait déjà les limites de cette réforme qui apparaissaient dans le rapport Balladur : 

Avant même d’avoir lu le rapport du comité Balladur sur la réforme des collectivités locales, des commentateurs ont annoncé un futur big bang pour l’organisation territoriale de la République. Si l’on prend la peine de lire ce rapport on est surpris, au contraire, par le grand pragmatisme et finalement le grand classicisme des propositions.

 

Et se montrait sceptique sur une réorganisation territoriale loin de se révéler révolutionnaire :

Au total, ce rapport décline, à partir de droits existants (droit à l’expérimentation pour le rapprochement entre collectivités), des propositions pragmatiques qui permettent pour l’essentiel de contourner l’obstacle d’une réforme constitutionnelle. Supprimer certains échelons ou instaurer une hiérarchie entre les collectivités territoriales auraient en effet nécessité de modifier la Constitution à une période où le gouvernement ne dispose que d’une majorité relative au Sénat, ce dernier étant lui-même très largement favorable au statu quo territorial… Le big bang n’est donc pas pour demain.

 

On ne peut que souscrire à la liste de dysfonctionnements qu’il dresse à propos de la décentralisation à la française :

 Les points d’achoppement de la décentralisation française sont bien connus : un empilement des structures marqué par le nombre bien trop important de communes (36.783 communes contre 8.414 en Allemagne) ; un enchevêtrement des compétences et des financements illustrés par la concurrence entre départements et les régions ; une fiscalité locale vieillissante ; et enfin, un système illisible pour le citoyen contribuable.


Le projet de réforme passe à côté de l’essentiel, l’instauration d’un principe de hiérarchie entre collectivités, comme ailleurs en Europe :

 Instaurer un principe de hiérarchie entre les collectivités territoriales dans le but de clarifier et de rendre visible les responsabilités politiques et institutionnelles des uns et des autres. Le principe de non-hiérarchie entre les collectivités territoriales est en effet la véritable – peut-être la seule – exception française au regard de toutes les grandes démocraties européennes (Allemagne, Espagne, Italie, Royaume-Uni) qui ont fait le choix d’une décentralisation régionale.

 

Le second texte de Romain Pasquier, un an et demi plus tard, confirme l’impression d’une réforme en trompe-l’oeil. Plus instructif encore, l’opposition au projet de loi, particulièrement importante et générale, est révélatrice du conservatisme politique français sur la question de l’organisation territoriale :

 Quelques mois et deux lectures plus tard au Sénat, le projet gouvernemental semble bien mal engagé en ce mois d’août 2010. Les mesures phares du gouvernement (mode d’élection du conseiller territorial, spécialisation des compétences) font l’objet d’une contestation de plus en plus forte, à gauche comme à droite. Le big bang annoncé risque donc bien de se transformer en pétard mouillé et rejoindre le long cortège des réformettes en matière de décentralisation.

 

 Sur la mise en place de conseillers territoriaux, rapprochant départements et régions au bénéfice de ces dernières, c’est le lobby départementaliste qui est monté au créneau :

 Le rapport Balladur préconisait un scrutin de liste départemental, les premiers de liste devant siéger au conseil régional, le reste dans les conseils généraux. Sans le dire le rapport instituait une forme de hiérarchie politique entre la région et le département près de quarante après le référendum perdu du général de Gaulle sur la régionalisation. Après de multiples pressions, en particulier celle de l’association des départements de France dirigée par Claudy Lebreton, le gouvernement changeait son fusil d’épaule et prévoyait un mode de scrutin majoritaire à un tour dans le cadre de grands cantons redessinés. Le département était sauvé […].

 

 Sur le point de la  clarification des compétences, c’est le lobby des maires de France qui est intervenu avec vigueur pour défendre son bifteak et largement réduire la portée de la mesure :

Le gouvernement a donc décidé de spécialiser les compétences des départements et des régions en oubliant bizarrement les communes. Cette collectivité sera la seule à conserver une « clause générale des compétences ».Lorsque l’on sait que la France compte 37 % des communes des 27 États de toute l’Union européenne, que 75 % de ses 36.682 communes ont moins de 1.000 habitants, la logique gouvernementale peut paraître surprenante sauf si l’on ajoute dans l’équation l’influence du premier lobby de France, celui de l’Association des maires de France.

 

Quant à l’espérance qui avait émergée sur le thème de la réunification de la Bretagne, le soufflet est vite retombé :

 Or, le projet de loi qui s’annonce, s’il facilite des rapprochements possibles entre régions ou entre départements, exclut pour le moment toute fusion entre une région et un département. En l’état du texte, le dossier réunification devra passer par une fusion Morbihan/Loire-Atlantique ou Ille-et-Vilaine/Loire-Atlantique. La course d’obstacles semble se poursuivre inexorablement.

 

 Pire, on semble même s’acheminer vers une recentralisation déguisée. 

 La tendance est même plutôt à la recentralisation avec la suppression de la taxe professionnelle qui réduit considérablement l’autonomie fiscale des régions et donc de la Région Bretagne.

 

Le constat est cruel, mais indéniable. La Bretagne est dans une position de faiblesse politique alarmante,

Quelle ironie pour une région qui, sous l’impulsion du CELIB et du mouvement culturel, a œuvré fortement en faveur de la décentralisation. Quel camouflet pour une région dont l’identité ouverte rayonne par-delà les frontières ! La réforme territoriale révèle donc une Bretagne de plus en plus impuissante politiquement. La décentralisation a fini par la domestiquer. 

 

 La faute à un personnel politique en dessous de tout :

Pour autant, ce n’est pas une surprise, tant les élus bretons sont aujourd’hui devenus incapables de créer un rapport de force avec l’État central. La droite bretonne, en déficit de leadership est à reconstruire. La gauche bretonne est, quant à elle, plus que jamais divisée et incapable d’assumer l’héritage célibien. Jean-Yves Le Drian est sans doute convaincu de la nécessité d’expérimenter un nouveau pouvoir régional. Mais les présidents de conseils généraux et les maires des grandes villes y sont majoritairement opposés par la seule crainte d’y perdre du pouvoir. 

 

Texte de mars 2009 paru dans les Echos :

Collectivités locales : le big bang attendra

Texte de septembre 2010 paru dans Armor Magazine  :

Réforme territoriale : le big bang n’aura pas lieu


Bro-C’hall o verviñ

War greñvaat ha war galetaat ‘h a ar manifestategoù enep da reform ar retret. Well-a-se. Amzer zo bet e’mm, met n’eo ket en aner ‘meump manifestet abaoe pemp miz. Arru ‘zo bop sort tud, bop sort micherioù, ‘ba ar jeu. Muioc’h bemdez. Ha dre-chañs labourerien ar rafinrioù ! Ma terc’h krog ar re-se e c’hallamp soñjal vo diaes diaes d’ar gouarnamant derc’hel da gas da benn e reform. Plegañ a glefe ober buan a-walc’h ma vez damsac’het an ekonomiezh.

Gant ar re yaouank ouzhpenn abaoe ar sizhun-mañ eo cheñchet penn d’ar vazh. Aezet oa d’ar gouarnamant kontroliñ an traoù e-keit ma oa an dud o kerzhet plaen ha brav dinan bannieloù ha luganioù ar sindikadoù bras. N’eo ket gwir ken gant manifestadegoù liseidi ha studierien o arruout prum-ha-prum un tamm pep lec’h. Ha bec’h ‘zo alies-mat. Ma terc’h da vont e-giz-se zo chañsoù bras da welet ur stourm ken kreñv hag an hini oa bet enep d’ar CPE. Soñj mat ‘meump penaos oa achuet…

War-raok enep da Sarkozy hag e vevelien !


Breizh, brezhoneg… chikan war internet / Bretagne, langue bretonne… discussions enflammées sur le net

Pa vez kaoz war internet deus Breizh ha/pe deus ar brezhoneg ‘vez alies tan en dud. Darn ‘raint ket ‘met hejañ kerc’h dirak fri ar reoù all. Darn all a respont drouk enne. Ha derc’hel ‘ra ar gaoz da vont war-raok (?) gant bep sort soñjoù, raksoñjoù ha brizhsoñjoù… chikan ordin ! Dindan ‘kavfet tabutoù arruet n’eus ket keit-se ‘zo da heul pennadoù war Rue89.

Quand un article d’un site internet informatif français traite de la Bretagne et/ou de la langue bretonne, les esprits ont vite fait de s’enflammer. Tout le monde  campe sur ses positions, les  provocateurs (jacobins très souvent) agitent la muleta, d’autres réagissent au quart de tour. C’est la foire d’empoigne, avec entremêlement de préjugés, de positions dogmatiques, d’arguments plus ou moins pertinents… Voici un aperçu de ce que cela peut donner :

http://www.rue89.com/2010/10/07/le-breton-est-bon-a-lecole-169723

http://www.rue89.com/2010/10/08/ta-iiie-republique-si-tu-savais-ou-les-bretons-se-la-carrent-169985

C’est à la fois instructif et effrayant. On se rend compte de  la vivacité largement répandue de nombre d’idées préconçues (et hostiles) sur les thématiques du “régionalisme / nationalisme minoritaire”, des “langues dites régionales”, du “fait identitaire régional”, etc. Rien de bien étonnant en fait dans un pays qui a parfaitement intégré la culture politique jacobine et qui voue une véritable dévotion à son système politique hypercentralisé, la République “une et indivisible”.

 

 C’est dès lors une véritable guérilla à laquelle se livrent de valeureux individu, Bretons mais pas seulement, pour contrer préjugés, arguments de mauvaise fois, contre-vérités, qui illustrent, et tentent de maintenir, la main-mise idéologique jacobine sur la France, et ainsi de désamorcer tout début de revendication en faveur de la Bretagne, son identité, sa culture, etc. Plutôt que de faire un listing fastidieux de l’argumentaire jacobin, et d’y répondre moi-même, je vais mentionner les réponses d’un internaute dont le  pseudo est Yp2, sur un des sujets que j’ai mis en lien. Je les trouve très efficaces parce que très simplement dites.

 

A propos des bienfaits de la IIIe République, et de son enseignement notamment :

 

“il faut remettre les choses dans le contexte de l’époque.”
Tout à fait.

On a essayé de réorganiser le pays, de rallier la population à la république, d’instruire les populations les plus pauvres…

Résultat : au lieu d’apprendre aux gens le français et les bienfaits de la république démocratique, on leur a interdit de parler leur langue et on leur a bourré le crâne avec de la propagande décérébrante type “Nos ancêtres les gaulois…”.

Le contexte, c’est également la colonisation en Afrique et en Asie, et les mêmes techniques grossières qu’on a utilisées pour “éduquer” le “nègre” et le “jaune” local.
On a vu le résultat : cultures dévastées, à chaque fois.

Le français, langue de la nation unie, très bien. Mais le français, langue unique d’une nation uniformisée… voyez le résultat en terme de richesse culturelle.
On s’émeut actuellement dans les journaux du fait que des dizaines de langues indiennes disparaissent… en France, c’est déjà fait pour une bonne part, et les dernières qui restent, type breton, alsacien, basque, occitan, sont malmenées dans l’indiférence générale.

 

Sur la vivacité supposée des langues et cultures régionales aujourd’hui en France :

 

“Les langues régionales peuvent êtres apprises à l’école, les JT de France 3 région peuvent être en patois (notamment en Bretagne).”

De 1 : ce que vous appelez “patois”, c’est à dire un dialecte extrêmement proche du dialecte dominant, n’est valable que pour certains dialectes régionaux. Le breton, le corse, l’alsacien… constituent bien des langues à part du français, tout comme l’anglais est une langue distincte de l’italien et de l’allemand.

De 2 : Les médias n’offrent quasiment aucune place aux langues régionales. Allez vous aérer à l’étranger histoire de voir ce qu’il se passe ailleurs et vous serez surpris. En Espagne, en allemagne, en grande bretagne, il existe de vraies politiques de soutien aux médias, d’éducation, d’emploi en administration, etc.

Quant aux écoles, l’Etat leur refuse en permanence des subventions, des postes d’enseignants, alors qu’il existe une réelle demande de la part des parents (Cf le développement, malgré cela, de l’enseignement bilingue dans ces régions).

Ne parlons même pas de l’intégration de l’enseignement en langue régionale dans l’EducNat, contre laquelle des petits groupes de députés jacobins ont mené une veritable guerilla, à coup d’articles de loi “piégés”. Tout ceci, évidemment au nom de l’ “unité” du pays… alors que les élèves qui sortent de ces écoles ont de meilleurs résultats au bac que la moyenne nationale, et parlent le français aussi bien que vous et moi.

 

Le terme “patois” est à bannir, mais on ne lui en veut pas. A propos du mouvement de revitalisation des langues dites régionales :

Ca vous viendrait vraiment pas à l’esprit que vous puissiez parler l’auvergnat et le français ???
Ou alors deux langues c’est déjà trop pour un esprit si étroit…
(Et dans ce cas je me fais du souçi pour nos compatriotes qui voudraient maîtriser l’anglais en plus de la langue de Molière).

  Sur la République et sa tolérance (!?) envers l’altérité :

 

“Voilà ce qui arrive quand on ne s’intéresse qu’a nos différences…

Imaginez la Wallonie… sans le travail salvateur d’homogénéisation des Flamands.

Nous leur devons tant…

Mort aux régionalismes !!!”

Et voilà. retour à la logique idiote des petits chefs jacobins : ma langue, c’est la meilleure, et d’ailleurs, il faut ne parler que cette langue. Les autres sont des sous-langues.

C’est vrai que deux identités, deux langues, c’est déjà une de trop pour les bas de plafonds qui se disent “défenseurs de la république”… défenseur de l’intolérance plutôt.

La République des droits de l’homme est décidément bien différente de la leur.

 

Pour terminer, une contribution d’un Normand (dont le pseudo est Boutauvent) tirée de je ne sais plus quelle discussion sur Rue89, et qui pose avec pertinence la question de savoir si les Français accepteraient volontiers qu’une République étrangère leur fasse subir le traitement que la République française a fait subir à ses minorités :

 

C’est assez étonnant de constater comment il suffit que n’importe quel crime soit commis au nom de “la république” pour qu’il obtienne les plus ignobles justifications.
Je doute que la grande majorité de ceux qui défendent ici les exactions passées (et pourquoi pas les présentes) admettraient qu’une “autre” (?) république leur confisque leurs propres “privilèges” actuels ; ils ne se satisfont de sa “grande sagesse” qu’à l’occasion de ce qu’elle confisque ou contraint aux autres.

 

Voilà en tout cas quelques billes que je trouve intéressantes pour qui désirerait aller croiser le fer avec du jacobin sur les forums et autres sites  d’information.


Tchernobyl, 25 bloaz goude…

‘Ba kreistez an Almagn ‘vez ket lesket an dud da debriñ kig moc’h gouez evel e karont. Feiz, pep loen lazhet a rank bezañ kontrolet  a-raok. Dam da betra ? Fidambie, peogwir eo radioaktif an darn vrasañ dionte. Ya, 25 bloaz goude ma ‘dea tarzhet kreizenn nukleel Tchernobyl e chom saotret an natur. ‘Ba koadoù ar Bayern, tost deus ar Republik Tchek, e vez kavet war-dro 7000 bekerel dre gilo kig moc’h gouez (cesium 137 an hini eo). Kement-mañ pa oarer e ranker skeiñ kuit ar moc’h gouez lazhet ma kaver en tu all da 600 bekerel enne… moaien ‘zo da soñjal int kazi tout radioaktif. Siwazh dezhe e kavont mat an togoù-toñseg, leun c’hoazh a boultr lous  kac’het gant Tchernobyl 25 bloaz a-raok. Sortoù kabelloù-toñseg ‘zo a derc’h da greskiñ ar radioaktivded enne memes !

Pennad Courrier International (diwar Der Spiegel)

An nukleel, kaeraat tra! Energiezh prop, elektrisite marc’had mat ! Lorc’h un nebeut broioù, pinvik evel Bro-C’hall, pe baour evel an Iran ! Bugel mil-karet ar Skiant ha kaezhiget gant diskibien an Teknoskiant ! Ha poblañsoù touellet ha badaouet gant galloud bras an nerzh divent-se ! Penaos esplikañ welloc’h sorc’henn an den da vestroniañ tout pezh zo endro dezhañ ?

Betek an deiz ma tarzh. Un taol dichañs eo evel-just. Pe gentoc’h un heuliad fazioù graet gant tud. N’hall ket an nen bezañ mestr war tout an traoù. Ha Tchernobyl ‘neus diskwelet se ervat. Ar risk zero, evel ‘vez lâret, n’eus ket diontañ neblec’h ebet. Gant-se, da betra derc’hel da c’hoari gant an nerzh digontrolabl-se ? Hag ober war-dro al lastezioù lous-daonet goude… Washoc’h eo c’hoazh evit an Ankoù krignet, sellet deus se :

Sed aze ur rentañ-kont en galleg diwar-benn gwallefedoù Tchernobyl


Progression des filières bilingues bretonnes

Ouest-France

 

 

Les effectifs des classes bilingues bretonnes continuent leur progression. C’est ce dont fait état l’édition du 04 octobre de Ouest-France. Le chiffre à retenir de la rentrée 2010 est 13450, autant dire le cumul des élèves scolarisés par Diwan, l’enseignement bilingue public (Divyezh) et privé (Dihun). La croissance globale est de 3,16%, avec des disparités importantes. Quand le Morbihan reflue légèrement, la Loire-Atlantique affiche le pourcentage d’augmentation le plus important (12,45%). Le Finistère confirme son dynamisme en dépassant les 6000 élèves par rapport aux Côtes-d’Armor (3,57% de hausse) et l’Ille-et-Vilaine (1,67%). Filière par filière, Diwan arrive en tête pour la première fois depuis bien longtemps (4,77%), devant le public (3,36%) et le privé (1,85%).

 

D’autres chiffres sont à retrouver dans Ouest-France :

 

Article du 04-10-2010

 

Le gain entre la rentrée 2009 et celle de  2010 est de 415 élèves. Ce qui est plutôt encourageant, bien qu’à relativiser au vu de l’objectif de 20000 élèves annoncé il y a 6 ans par le Conseil Régional de Bretagne. De la même façon, la progression globale semble s’essouffler et marquer un léger tassement par rapport à la croissance des années 2000. On avance. Mais bien trop lentement pour inverser la tendance lourde. D’après Ofis ar Brezhoneg, 1,53% des élèves bretons sont en filière bilingue ou immersive… Soit :

– 3,46% dans le Finistère

– 2,8% dans le Morbihan

– 1,97% dans les Côtes-d’Armor

– 0,49% dans l’Ille-et-Vilaine

– 0,18% dans la Loire-Inférieure

 

Même en Basse-Bretagne, territoire historique de la langue bretonne, le constat d’un enseignement bilingue ne concernant qu’une fraction minime de la population scolaire reste malheureusement valable. C’est très préoccupant, à un moment où l’enseignement représente sans doute le dernier  espoir de revitalisation du breton, alors que la transmission familiale est désormais négligeable. Et sur ces 13450 élèves aujourd’hui en classes bilingues, combien d’entre-eux parleront de façon régulière  un bon breton à l’âge adulte ? Une portion bien trop réduite, j’en ai bien peur, noyés qu’ils seront (pour ceux qui parviendront à rester vivre  en Bretagne !) dans une société massivement francophone…

 

J’arrête là le sado-masochisme pour attirer l’attention sur une note particulièrement stimulante du socio-linguiste occitan Jean-Pierre Cavaillé, que l’on trouve à la suite de son dernier texte :  

 

 Francophonies en Limousin et plurilinguisme

 

Voici la note en question :

 “On peut cependant se demander ce que veut vraiment dire donner à entendre une chanson ou deux en occitan à des enfants auxquels on ne dit même pas que cette langue est aussi « leur » langue, une langue dont ils pourraient et devraient être les héritiers, non parce qu’ils seraient de prétendue « souche » limousine, mais parce qu’ils vivent en limousin et que la langue, à travers ses locuteurs, est liée aux lieux où elle est parlée, parce qu’elle dépend entièrement de la capacité de ceux qui parlent à la transmettre.”

 

Voilà une réflexion essentielle sur la question du rapport que  devrait entretenir une population donnée, dont ses enfants, avec “sa langue” en danger de disparition. Je souscris totalement à l’idée de cette appropriation de la langue par tous les enfants que l’on devrait rendre partout possible, voire systématique. Il n’est pas normal que la pérennité du breton ne repose que sur approximativement 3,5% des élèves de Basse-Bretagne, et que le reste (soit 96,5%) soit maintenu dans une ignorance  totale de la langue qui est parlée depuis des siècles sur ce bout de péninsule. Dans la même logique, il paraît nécessaire de responsabiliser les Bretons adultes devant le sort de leur langue.

 

Comme Jean-Pierre Cavaillé, je pense que le breton est lié à un territoire, à son territoire historique. Et de fait, en tant qu’élément vivant du patrimoine culturel, il devrait incomber aux individus qui y vivent une responsabilité  : celle de pérenniser et de faire fructifier cet héritage. Cela paraît évidemment incongru à quiconque a intégré les certitudes françaises sur ces questions linguistiques. Mais il suffit d’aller faire un tour en Catalogne, au Pays de Galles, ou au Pays Basque sud, pour se rendre compte de la prégnance dans le corps social de ce que j’appellerais un véritable devoir moral de sauvegarde et de transmission de la langue nationale (ou régionale selon les  “critères” français).

 

Nous sommes encore en Bretagne à des années-lumières d’une telle prise de conscience collective, et restons malheureusement incapables de nous émanciper  intellectuellement des schémas abrutissants du républicanisme français. La langue bretonne n’a aucun avenir dans ce cadre français anesthésiant. Dès lors, seule une reconquête par les Bretons de droits collectifs dans un premier temps, et d’une souveraineté pleine et entière dans un second temps, permettront d’inverser le déclin et la marginalisation actuels de la langue bretonne sur son territoire historique.

 


Sonadeg evit skoazell ar brizonierien euskarat

D’ar yaou 14 a viz here vo ur sonadeg gant ar strollad Trouz an Noz ‘ba Roazhon ‘ba ‘n ostaleri Comptoir Basque. Evit skoazell ar brizonierien euskarat an hini vo. Degas a ran da soñj zo pemp dionte, pemp maouez, ‘ba toull-bac’h Roazhon. N’ankouamp ket anezhe.

Da 9eur ‘ba Le Comptoir basque, plasenn Santez Anna, Roazhon.

Concert de soutien aux prisonniers politiques basques avec le groupe Trouz an Noz, au bar Le Comptoir basque, place Sainte Anne, Roazhon, le 14 octobre à 21h00. Solidarité avec Euskal Herria !


Le centralisme audiovisuel en France

 

Dans son édition du mercredi 22 septembre, Ouest-France se faisait l’écho en page Bretagne des déboires de l’audiovisuel régional face à l’ “hypercentralisation” française du secteur. L’annonce d’un début de collaboration entre les trois télés locales bretonnes Ty télé, TV Rennes 35, et Tébéo, n’était pas le plus intéressant dans l’article de Jean-Laurent Bras qui reprenait des extraits d’un document qui mérite le détour, Le centralisme audiovisuel en France, édité par “Films en Bretagne”, organisme regroupant les professionnels du secteur en Bretagne.


 L’article de Ouest-France

 

La tonalité de l’article de Jean-Laurent Bras est étonnamment critique envers le sacro-saint centralisme français. Mais la lecture du document de 37 pages, Le centralisme audiovisuel en France, surpasse mes attentes et pousse la critique du centralisme, audiovisuel mais  pas seulement, à un niveau qui ne pouvait que me réjouir. A vous d’en juger.

 

L’éditorial plante le  décor : 

Notre secteur d’activité reste un des plus centralisés. 80 % de la production audiovisuelle, plus de 90 % de la production cinématographique, tous les centres de décision, l’ensemble des directions des télés nationales et des institutions de tutelles, (CNC, INA…) restent solidement implantés sur quelques hectares de macadam parisien.

et pointe du doigt cette évidence qu’est le centralisme :

Le centralisme en France reste un sujet sensible, certains diront tabou. Un peu comme un nez (trop grand) au milieu du visage. Une évidence avec laquelle on vit tous les jours, mais dont on évite de parler. Plusieurs de nos interlocuteurs ont souhaité garder l’anonymat au prétexte de ne pas vouloir se « griller », se mettre mal avec « leur Direction ».

 

Un petit apparté révèle ce que cache l’expression “monter à Paris” :

intraduisible en allemand, en espagnol ou en anglais. Personne ne dit « to go up to London ». Monter à Paris ne signifie pas seulement « aller à Paris » mais sous-entend une ascension sociale. Cela résonne avec « monter en grade », « monter sur le trône », « monter dans l’échelle sociale ».

Ainsi que  l’expression “la province” : 

tournure typiquement française. Pas le mot lui-même, qui existe dans toutes les langues, mais l’article qui l’accompagne. Ce petit LA au singulier est très singulier. Jusqu’au XVIIe, on disait « les provinces » pour désigner les différents pays de France. Avec la centralisation monarchique de Louis XIV, le mot se met à prendre un singulier qui désigne l’ensemble du pays à l’exclusion de la capitale. Pour un géographe, le terme la province désigne un territoire étrange. On ne peut le fonder sur aucune réalité géographique, culturelle ou historique, rien dont on pourrait décrire les caractéristiques. Ce territoire n’existe que par rapport à Paris. La province ne désigne pas un espace mais plutôt la perception d’un éloignement, d’une carence, d’une faiblesse structurelle, explique Gérard-François Dumont.

 

Un article de Jean-François Dumont (géographe et professeur à la Sorbonne), intitulé  “La régionalisation à la française : une déconcentration centralisée”, traite à merveille de cette spécificité culturelle française qui asphyxie tout ce qui se situe au-delà du périphérique parisien. Morceaux choisis : 

L’acte II de la décentralisation, celle de Jean-Pierre Raffarin en 2002, se présentait comme l’achèvement de la régionalisation, notamment par la révision constitutionnelle proclamant la nature décentralisée de la France. ça, c’est la théorie. En pratique, c’est un échec : il s’agit davantage d’une déconcentration centralisée que d’une véritable décentralisation.

Les régions françaises disposent de peu d’autonomie, notamment financière, par rapport aux autres régions européennes.

Elles [les raisons du centralisme]  sont liées à notre histoire, au poids des habitudes. La formation des hauts-fonctionnaires s’opère sur des schémas très pyramidaux. L’ENA en est un bon symbole. Les comportements restent jacobins. Il faut y ajouter l’absence de volontarisme politique sur le sujet. Les hommes politiques sont toujours très absorbés par leurs ambitions nationales.

Actuellement, aucun courant politique ne porte vraiment cette idée là [de régionalisation poussée], seulement des individus, plutôt de centregauche ou de centre-droit. Personne n’en parle plus. Dans la période actuelle, il y a une chape de plomb idéologique jacobine.

Les élus raisonnent encore trop souvent de manière jacobine. Ce qui est parfois pratique. Pour un président de conseil régional, tout ce qui va bien c’est grâce à lui ; tout ce qui va mal, c’est la faute à l’Etat jacobin !

Les mentalités n’ont pas changé alors que c’est dépassé, ringard. On n’a pas encore compris qu’on est en Europe, que le monde est ouvert, qu’on perd du temps en passant par Paris.

Que cela soit au niveau des Drac, des scènes nationales de théâtre ou des France 3 région, le problème est que les directeurs sont toujours nommés par Paris. Comment parler de décentralisation tant qu’il en est ainsi ? Tant que ces directeurs chercheront d’abord à ne pas déplaire à leur tutelle parisienne ?

 

S’en suivent nombre de  témoignages de professionnels de l’audiovisuel, en Bretagne où dans d’autres régions, qui pointent tous la difficulté, voire l’impossibilité de travailler en dehors de Paris.

 

Le témoignage d’un dirigeant de France 3 tenant à garder l’anonymat est instructive :

N’imaginez pas qu’il y ait un complot idéologique jacobin. C’est plutôt une absence de pensée qui fait le centralisme. On suit la pente naturelle du tropisme parisien. On se voit, on se fréquente, on se place.

 France 3, “la chaîne des régions”, en prend aussi pour son grade, dans un article qui prend position en faveur d’ une évolution à la britannique (c’est-à-dire quatre ou cinq chaînes régionales de plein exercice affiliées à la BBC) :

Faussement présentée comme chaîne des régions (moins de 10 % de son temps d’antenne !), régulièrement menacée de recueillir les obligations de service public du groupe (émissions religieuses, programmes vieillis mais au public fidèle type Des chiffres et des lettres), maltraitée en raison de l’arrogance de sa consoeur (le Canard Enchaîné a raconté comment la rédactrice en chef de France 2 a puni un leader politique, en supprimant son intervention, pour avoir choisi de témoigner d’abord sur le plateau de France 3 !), lestée comptablement de coûts qui reviennent, en réalité, à la programmation du groupe (France 3 gère des Unités régionales de production, qui n’ont de régionales que leur implantation puisque, par exemple, elles servent à « couvrir » tous les événements sportifs d’importance comme Roland-Garros ou le Tour de France…) On a une bonne idée du problème de la chaîne dite des régions lorsque l’on sait que lors des dernières élections municipales, les antennes régionales ont dû diffuser leurs plateaux et analyses des résultats sur Internet, puisque le réseau hertzien et TNT diffusait le plateau national qui était lui-même, ou tant s’en faut, en concurrence frontale avec celui de France 2…

 

Et tout ça n’est qu’un bref aperçu d’un document qui se révèle être une charge très sévère contre l’organisation hypercentralisée de la France.  L’ensemble du document est à télécharger à cette adresse :

 

Le centralisme audiovisuel en France

 

Bravo à “Films en Bretagne” pour cette prise de position  argumentée et pleine de bon sens.