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La France, je la hais

Mardi 16 novembre. L’UNESCO vient de consacrer le « repas gastronomique des Français » comme faisant partie du patrimoine de l’Humanité. Ironie de l’histoire, cette gastronomie à la française a été élue par un jury qui s’est réuni à Nairobi (Kenya), en plein cœur de l’Afrique, continent en proie à des famines régulières sur de vastes territoires. Il faut reconnaître que c’est une belle victoire en tout cas pour la France, et pour Sarkozy qui était à l’origine en 2008 de cette demande. C’est ainsi que les « experts » de l’UNESCO ont estimé que le repas en France serait « une pratique sociale coutumière destinée à célébrer les moments les plus importants de la vie des individus et des groupes ». Ils ont surtout cédé aux pressions des plus hautes autorités de l’Etat français, celles-ci ayant forcément fait pencher la balance en leur faveur. Comment expliquer autrement qu’un fait culturel aussi fumeux que le « repas gastronomique français » ait pu accéder au rang de «  patrimoine immatériel » de l’Humanité ? Pourquoi le repas français, et pas le norvégien, l’italien ou le japonais ? Quand on pense que cette inscription du repas gastronomique français implique la mobilisation de fonds et  la mise en place de mesures pour assurer sa pérennité ! On touche le fond, alors même que des millions de Français sont abonnés aux restos du Cœur. L’UNESCO vient en tout cas de se tourner elle-même en ridicule, et de montrer à quel point elle n’est qu’une institution fantoche à la botte des Etats les plus puissants.

 

Jeudi 18 novembre. La proposition de loi sur les langues régionales qu’un intergroupe de l’Assemblée nationale nous promettait depuis longtemps est abandonnée. Une sombre querelle politicienne serait à l’origine de l’abandon du texte, Urvoas (PS) et Le Fur (UMP) se renvoyant la balle. En tout cas, c’est une fin de scénario pitoyable pour un mauvais feuilleton où l’on a voulu nous faire croire que la République française allait enfin reconnaître et soutenir les langues présentes sur son territoire. Du pipeau, comme toujours. L’échec lamentable de cette proposition de loi était de toute façon programmé, étant entendu que ça arrangeait bien les parlementaires de l’intergroupe de ne pas à avoir à discuter un projet de loi qui n’aurait de toute façon jamais eu la moindre chance de passer.

 

Deux événements totalement différents, à deux jours d’intervalle, qui résument avec éclat « l’exception culturelle française ». A l’étranger on parade, on ergote, on cherche à éblouir l’Humanité. En France on ignore, on tait, on méprise une diversité culturelle perçue comme une menace et un affront au principe d’unité et d’indivisibilité de la République. On dénigre, on moque et on délaisse dans leur merde des langues et des cultures considérées comme inférieures et vouées à la momification. La voilà cette « exception culturelle française », qui n’est que l’expression d’un hideux sentiment de supériorité, à la hauteur du désir insatiable de grandeur qui habite les élites de ce pays.

 

Je hais la France.

 

La France n’a jamais respecté les divers groupes humains linguistiquement et culturellement distincts qu’elle a absorbés pendant sa longue histoire impérialiste et coloniale. Nous Bretons, Kanaks, Occitans, Guadeloupéens, Corses, Réunionnais, Basques, Amérindiens de Guyane, etc., cette France généreuse n’a eu de cesse de s’échiner à effacer nos spécificités et de détruire nos identités. Heureusement pour eux, nombre de peuples ont profité de la fenêtre de la décolonisation pour s’échapper du carcan colonial jacobin. Malheureusement pour nous et tant d’autres, nous y restons encore emmurés vivants. Nous pataugeons tous dans la même merde jacobine. Que ce soient les bretons ou les Wayanas, peuplade amérindienne de Guyane menacée dans son mode de vie et sa culture, menacée de disparition tout court par l’orpaillage sauvage et massif, la République n’a rien d’autre à faire miroiter que sa citoyenneté-totem, qui requiert de s’extraire physiquement et culturellement de sa communauté pour espérer accéder aux merveilleuses possibilités de la société française, et plus sûrement grossir les rangs des déclassés sociaux et autres exclus de la République.

 

Le grand principe progressiste d’unité et d’indivisibilité de la République implique que les diverses communautés culturelles présentes sur le territoire français soient rayées de la carte. Ceci ne se fait pas physiquement bien sûr, mais par un processus bien plus insidieux et sournois par lequel on rend les populations minorisées les acteurs de leur propre déculturation. Un habile conditionnement allié à une infériorisation de tous les instants, ont eu raison de communautés culturelles entières. L’efficacité a été incroyable, à faire pâlir d’envie les divers génocidaires que le XXe siècles a pu compter. Dans l’hexagone, il ne reste plus que des lambeaux de peuples, des bribes de langues et de cultures. L’éloignement permet aux colonies d’outre-mer de mieux résister, mais elles continuent néanmoins de subir ce processus lent et irréversible de déculturation, qui fait de nos communautés des groupes culturellement et spirituellement morts, dissous sur le plan de notre rapport au monde et de nos traditions, privés de la possibilité collective d’assurer notre pérennité et de faire vivre nos identités.

 

Ce crime que la France s’évertue à finir proprement, elle continue de le minimiser et de le présenter comme naturel, inéluctable, légitime du point de vue du progrès humain. France phare de l’humanité, incarnation des Droits de l’Homme, historiquement à la tête du progrès humain, autant de foutaises dont ses élites se bercent pour mieux affirmer la supériorité de leurs valeurs nationales. Ils justifient le sacrifice de nos identités en invoquant leurs grands principes, l’égalité, la laïcité, et d’autres mythes encore qui ne parviennent que difficilement à masquer une obsession pathologique pour l’unité, le multiple unique, le tous semblables, la communauté nationale de citoyens interchangeables. Ce pays est dans l’incapacité de se concevoir pluriel et divers, de reconnaître et de valoriser la multiplicité des pratiques culturelles qui y ont cours sur son territoire.

 

Cet Etat fait de moi, qui désire vivre dans ma langue et dans ma culture au quotidien, une anomalie, un excentrique se situant en dehors de la norme sociale, linguistique et culturelle,  imposée par le pouvoir et parfaitement intégrée par la quasi-totalité des citoyens. Sans être parti de là où ont vécu des générations et des générations de mes ancêtres, cette République me contraint à vivre mon identité de façon folklorique, marginale, incomprise. Aucun de leur beaux principes, encore moins leur farce de pacte républicain, ne pourra jamais justifier cette violence qui m’est faite, qui nous est faite. Comment puis-je adhérer à cette nationalité française, qui derrière son caractère d’évidence, cache le visage hideux d’une imposition totale, complète, à tous les âges de la vie et dans tous les espaces sur lequel cet Etat exerce son autoritarisme ? Comment adhérer à cette identité forcée qui nous prive de la possibilité d’offrir à l’étranger s’installant en Bretagne notre culture ?

 

Le pacte républicain est un de leurs principes incantatoires invoqués pour légitimer cet anéantissement à grande échelle de cultures minoritaires. L’accès à la citoyenneté étant conditionné de fait par l’abandon collectif de tous nos traits culturels spécifiques, ce pacte revient pour nous qui différons  de la norme, à nous renier nous-mêmes, à renoncer à nos droits linguistiques et culturels. La religion républicaine jacobine, avec son dogme, ses croyances, ses fidèles, ne tolère pas de corps intermédiaire entre l’Etat et l’individu. Nous ne sommes rien dans cette France qui ne reconnaît ni peuples, ni nations, ni minorités, ni communautés autres que la communauté nationale française. Nous sommes juste des ombres qui cherchent à survivre dans leurs territoires que l’Etat a dévastés.

 

 

Je hais cette République de flics qui a régulièrement brimé les mouvements ouvriers tout au long de son histoire. Je hais cette République qui a conquis et colonisé au nom de ses grands idéaux de merde. Je hais cette République qui a torturé pour maintenir l’ordre républicain dans ses colonies. Je hais cette République qui a massacré au nom de son Unité et de son indivisibilité. La France me fait gerber. Ses mythes et ses symboles me font gerber. Son idéologie jacobine et son centralisme me font gerber.

 

Je hais la France.

 

Indépendance pour la Bretagne ! Breizh Dieub !

 

(je tiens à préciser que les sentiments exprimés ici s’adressent à la France en tant qu’entité politique, et pas envers les Français, que je dissocie de leur Etat)

Action de l’organisation de jeunesse indépendantiste basque Segi le 11 novembre 2009, pour laquelle trois d’entre eux ont été condamnés à des amendes et de la prison avec sursis. L’appel se jugé à Pau le 2 décembre.


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West-Torch / Ouest-France

Sed aze dindan un destenn ‘ma skrivet evit Klask ha Distruj 2. Abaoe pell ‘ma c’hoant d’ober e jeu da West-Torch. Hir eo tamm bihan, met bern traoù ‘zo da lâret diwar-benn ar journal-se n’eus ket hini ‘bet all evitañ ‘ba an West.

Texte publié dans Klask ha Distruj 2. 


Ouest-France : « Pour Dieu, l’Ouest, la France et la thune »

Ouest-France est l’actuel leader de la presse quotidienne régionale (PQR) avec près de 800 000 exemplaires vendus par jour (8e rang en Europe). Bien plus qu’un simple quotidien, c’est un véritable empire qui s’étend à tous les médias (presse écrite, radio, télévision, internet) et ne cesse de phagocyter ce qui reste de concurrence sur son territoire, l’ « Ouest[1] ». Sa puissance de feu en est devenue terrifiante. Au point par exemple que ses sondages soient régulièrement repris par les plus grands médias français (ou parisiens, c’est pareil). Cette situation de quasi-monopole sur l’information locale et régionale dans l’ « West » lui octroie un poids considérable, notamment pour façonner et orienter l’opinion de ses lecteurs et des personnes soumises aux médias dans son orbite. Sa devise actuelle « Justice et liberté » paraît dès lors bien vide en regard de celle bien plus explicite des fondateurs, « Pour Dieu ! Pour le peuple ! Pour la France ! » (qu’on pourrait juste réactualiser et compléter en « Pour Dieu ! Pour l’Ouest ! Pour la France ! Pour la thune ! »).

1 L’empire

Créé en 1945 sur les cendres de Ouest-Eclair, le groupe Ouest-France était parvenu à être, à l’orée des années 2000, en position dominante sur le « Grantoueste ». En 2005, année décisive, l’empire comptait deux quotidiens (Ouest-France et la Presse de la Manche), 39 hebdos locaux (dont le Tregor, l’Echo de l’Armor et de l’Argoat, la Presse d’Armor…), la radio Hit-West, le gratuit 20 minutes, le site internet maville.com (qu’il vendait déjà à La Voix du Nord et Nice Matin), et divers magazines[2]. L’acquisition du pôle ouest de la Socpresse fin 2005 marque pour le groupe rennais le début d’un monopole de fait. Dans le paquet cadeau figurent trois quotidiens pesant en tout 200 000 exemplaires vendus par jour (Presse Océan basé à Nantes, Le Courier de l’Ouest basé à Angers, Le Maine Libre basé au Mans), deux imprimeries, une régie publicitaire et deux chaînes de télévision locale (Nantes7, Angers7). Le résultat est plutôt spectaculaire : presque toute la presse quotidienne lui appartient dans le « Big West » et il est un opérateur majeur de presse gratuite d’information ou d’annonces, de radios et télés locales, d’internet, et de presse hebdomadaire de proximité. Le chiffre d’affaire cumulé s’élève à 1 122 millions € pour l’année 2006, plutôt pas mal pour l’ « association [loi 1901 !] pour le soutien des principes de la démocratie humaniste », propriétaire absolu de Ouest-France[3].

Une telle concentration de médias locaux et régionaux, que le P.-D.G. François-Régis Hutin avait poliment qualifiée de « pluralisme atténué », offre des possibilités particulièrement intéressantes en terme d’économies d’échelle, de publicité (la concentration permet la diffusion d’une même annonce sur plusieurs supports, et la multiplication des ventes permet de valoriser le tarif des encarts publicitaires…), et en terme d’information (une même information peut ainsi être reprise à la fois par le quotidien principal et l’ensemble des quotidiens, le journal gratuit, le site internet, les télés locales…). Le pluralisme médiatique n’est dès lors plus qu’un lointain souvenir, ce dont se défend pourtant un Hutin se posant en sauveur de l’information et de la démocratie dans « Louèste » (comme à un comité d’entreprise début 2005, où il annonce sans rire qu’il faut « permettre la survie et, dans l’avenir, le développement des titres et des entreprises au service d’une information de qualité dans l’Ouest et avec la volonté de maintenir le pluralisme de cette information »).

Dernier rebondissement montrant l’appétit vorace de Ouest-France, on s’achemine à Nantes vers un rapprochement entre les deux télés locales. Nantes7, déficitaire et dans l’orbite de Ouest-France, lorgne sur Télénantes, association subventionnée par les collectivités. C’est le maire socialiste de Nantes lui-même, Jean-Marc Ayrault, qui, le 8 janvier dernier lors de ses vœux à la presse locale (presse dans le giron de Ouest-France), a déclaré contre toute attente œuvrer au rapprochement des deux télés locales (en faveur de Ouest-France donc). Tiens, tiens…[4]

2 Les collusions

Une telle prise de position d’un élu aussi important en faveur des visées hégémoniques de Ouest-France est loin d’être exceptionnelle. Le rachat du pôle ouest de la Socpresse avait déjà donné lieu à un florilège de la part des ténors socialistes, Ayrault en tête[5]. Le maire de Nantes avait ainsi déclaré dans… Ouest-France, édition du 24 septembre 2005, que Ouest-France était le meilleur repreneur pour les journaux du pôle ouest de la Socpresse. Dans les jours suivants, il avait été suivi dans son appui à la canditature de Ouest-France par le président socialiste du conseil général de Loire-Atlantique, Patrick Mareschal, ainsi que par le président socialiste de la région Pays de la Loire, Jacques Auxiette. Aucune critique, même formelle, sur ces phénomènes de concentration dans la presse, ne vint perturber le concert de louanges unanimes. Le pluralisme concentré à la mode Ouest-France ne pose visiblement pas le moindre problème à ces élus.

L’avantage qu’ils en tirent est évident. Soutenir Ouest-France dans ses démarches d’expansion, c’est bénéficier en retour d’une indulgence certaine de tous les médias à la botte de Ouest-France. On n’imagine pas en effet comment pourraient poindre des critiques envers ces ténors politiques aussi prompts à louer le groupe de presse. Chose plutôt appréciable quand on est aux affaires.

Un exemple manifeste des collusions entre Ouest-France et les élus est donné par le traitement que fait le journal d’une expulsion d’immigrés à Nantes en 2004[6]. Tout était fait dans l’article d’Ouest-France pour brouiller et minimiser les faits, justifier a posteriori la décision municipale d’expulsion par les forces de l’ordre de trois familles sans papiers réfugiées à la bourse du travail, diluer les responsabilités (celle du maire Ayrault en premier lieu, ayant pris la décision), et in fine, verrouiller l’information pour ne pas nuire à la stratégie de communication municipale. Nouvel épisode une semaine plus tard quand 200 personnes répondent à l’appel des associations de défense des sans papiers et s’invitent au premier débat de la semaine « Solidaire ici et ailleurs » à l’initiative de la municipalité, débat intitulé « Demandeurs d’asile, une chance pour Nantes » (non, ce n’est pas une blague). Pour Ouest-France, il ne s’est (presque) rien passé. Aucun article ne relatera le rassemblement et les échanges houleux. Juste une ligne dans un article sur le collectif de sans-papiers évoquera l’incident (« A Cosmopolis où démarrait la semaine, ils [les collectifs] ont fait entendre leur voix »). Ou comment ignorer et dissimuler ce qui dérange un peu trop…

3 L’Ouest

S’il est bien une question irritante pour Ouest-France (et pour le maire de Nantes !), c’est celle de la réunification de la Bretagne par le rattachement de la Loire-Atlantique. Au mépris de cette revendication qu’affiche Ayrault (il l’a encore qualifiée tout récemment d’ « anachronique »), s’ajoute la désinformation manifeste de Ouest-France sur le sujet. Quand 10 000 personnes battent le pavé dans les rues de Nantes comme en octobre 2008, Ouest-France minore (en s’alignant sur les chiffres de la police), dénigre (il n’est qu’à voir le texte hallucinant paru dans le courrier des lecteurs de l’édition de Nantes, intitulé « Nantes en Bretagne ? Des Nantais bien peu concernés… », d’un certain « M. Lucas, lecteur breton »), voire ignore purement et simplement (Nantes7, sa télé, « oublie » de parler de l’événement). En janvier de cette année, les journaux du groupe Ouest-France « omettent » de parler de l’invitation de l’association Bretagne Réunie à l’Elysée. De même quand le Conseil régional de Bretagne a renouvelé à l’unanimité sa résolution en faveur de la réunification et demandé à l’État de prendre l’initiative des consultations nécessaires, Ouest-France n’a pas jugé bon de porter cette information à la connaissance de ses lecteurs de Loire-Atlantique. Les exemples pourraient être multipliés. Et c’est le maire de Nantes qui doit être content.

Cette désinformation ne relève pas que de la seule volonté de s’attirer les grâces de Jean-Marc Ayrault. Ouest-France est foncièrement et ouvertement républicain (donc jacobin). Par conséquent, la région est intrinsèquement une menace, d’autant plus quand elle s’appelle Bretagne, que son identité est forte et qu’un retour du Pays Nantais la renforcerait significativement. Alors on l’appréhende exclusivement dans ses frontières administratives et on la marginalise en la traitant au détour d’une page avec principalement des faits divers d’intérêts purement local. Cette stratégie permet d’exclure un réel espace médiatique breton[7]. En effet, mettre trop en avant la vie politique, les problématiques et la culture bretonnes comporterait le risque de voir émerger un véritable espace d’information et de débat proprement breton, au détriment de l’ « Ouest » que Ouest-France s’échine à ériger en territoire médiatique et politique de référence. Entre le local et le « Gand West », pas de salut !

Dans cette perspective, Ouest-France met tout en œuvre pour légitimer cet espace virtuel qu’est « Loueste », afin de justifier la cohérence de son aire d’attraction. Systématiquement, l’ « weste » est mis en avant, au détriment de tout autre territoire d’identification. Les enquêtes d’opinions sondent les avis et pratiques de l’Ouest, les analyses politiques étudient le comportement électoral de l’Ouest, les études historiques se font dans les limites de l’Ouest (dernier supplément payant en date, « L’Ouest dans la Grande Guerre »), les résultats sportifs permettent de suivre les résultats des sportifs et des équipes de l’Ouest (avec des votes pour élire le meilleur sportif de l’Ouest), la démographie de l’Ouest est mise en avant (« Nous sommes 55 000 habitants de plus dans l’Ouest »), même le douteux concours miss France n’y échappe pas (« Miss France 2009 : Quelle miss de l’Ouest pour le titre ? »). Tout est mis à la sauce Ouest. Ou comment Ouest-France tente de créer ex nihilo, grâce à la seule magie médiatique, et à des fins commerciales, une identité archi-artificielle : l’identité « Ouest ».

4 La réaction catho-républicaine

Religiosité et amour de la France, voilà les deux éléments qui viennent constituer cette identité « humaniste » (Hutin se plait à le rappeler à tire-larigot) de l’ « West », et dont Ouest-France se charge de la transmission sur son territoire de prédication.

C ‘est une constante depuis sa création en 1899 par l’abbé Trochu et Emmanuel Desgrées du Lou, le quotidien Ouest-Eclair, puis Ouest-France, se veut la voix de la France cléricale. Il n’est qu’à voir la fréquence des articles sur des thèmes religieux, et particulièrement catholiques. Chaque fête du calendrier chrétien (Noël, Pâques…) donne lieu à des couvertures et des éditos, qui sont autant de prises de position sans ambiguïté en faveur de la religion. En outre, des dossiers exceptionnels (en terme de nombre de pages et d’articles consacrés) sont réalisés à l’occasion de chaque événement chrétien d’ampleur : décès du pape, élection papale, venue du pape en France ou dans l’Ouest, JMJ, etc.

De même, la République française est toujours mise en valeur et posée comme cadre de référence indépassable. Le régime politique et ses institutions ne sont donc pas, ou alors que de façon marginale, critiqués. Bien au contraire, Ouest-France n’hésite pas à voler au secours de la République dès que les mobilisations sociales se font un peu trop pressantes, comme lors des grèves contre la réforme des retraites en 2003[8], ou lorsque les lycéens et étudiants en lutte subissent des violences policières comme en 2007[9] (avec en l’occurrence le même procédé que pour dénigrer la manifestation pro-réunification citée plus haut : la publication de courriers de lecteurs très orientés et allant tous dans le même sens, à quelques nuances près). Ouest-France a de toute façon une forte prédisposition à ignorer les conflits sociaux (aucune ligne sur les luttes ouvrières des chantiers navals de l’Atlantique dans le dossier sur la sortie du Queen Mary 2, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes…[10]), voire à déverser sa bile sur la mouvance altermondialiste[11] .

On est dès lors pas très étonné du vibrant hommage auquel se livre Hutin dans son journal envers l’armée française (qui peut tout-à-fait se révéler être une excellente source d’information), à l’occasion de la cérémonie de présentation des chiffres de diffusion au groupe Ouest-France en 2004 à bord du navire-école porte-hélicoptère Jeanne d’Arc (« Nous leur avons dit, hier, toute l’admiration que nous-mêmes et nos lecteurs portons à la Marine nationale »…)[12].

Politique expansionniste et situation de quasi-monopole, collusions avec les ténors politiques, promotion d’une identité Ouest archi-artificielle, défense de l’ordre moral sous couvert d’humanisme, défense de l’ordre républicain et amour de la France… ne l’achetez plus, ce journal pue.

février 2009


[1] Je ne m’essaierai pas à une délimitation précise et définitive du « territoire » appelé « Ouest » ou « Grand Ouest », c’est impossible et cela n’en vaut de toute façon pas la peine. On se contentera de cette définition, valable seulement pour Ouest-France et les médias dans son orbite: « L’Ouest est un territoire artificiel aux limites mouvantes, situé à l’ouest de Paris et sur lequel est vendu le journal Ouest-France ». De la même façon, une autre définition s’impose pour France3 Ouest, qui ne recouvre pas le même Ouest : « L’Ouest est un territoire artificiel aux limites mouvantes, situé à l’ouest de Paris et sur lequel est diffusée la chaîne régionale France3 Ouest ». On pourrait continuer avec l’« Ouest » du réseau des universités Ouest atlantique, encore différent , ou la circonscription électorale « Ouest » aux élections européennes… et ainsi de suite.

[2] Lire « Ouest-France étend son empire », 2006, http://www.observatoire-nantais-medias.fr/article.php3?id_article=108

[3] Lire « François-Régis hutin – Big boss de Ouest-France – « au service de la démocratie et de l’humanisme » », 2008, http://www.acrimed.org/article2817.html

[4] Lire « Les socialistes vont-ils abandonner la télé locale de « service public » à Ouest-France ? », 2009, http://rousty.over-blog.com/article-27238752.html

[5] Lire « Les élus font l’éloge de l’empire Ouest-France », 2005, http://www.acrimed.org/article2187.html

[6]Lire « Des immigrés expulsés à Nantes, ou les recettes d’un verrouillage médiatique », 2004, http://www.acrimed.org/article1855.html

[7] Lire l’analyse de la promotion de ce territoire « Ouest », par Michel Nicolas p. 207-218, et particulièrement les pages sur Ouest-France p. 211-215, in Bretagne, un destin européen, PUR, 2001

[8] Lire « Ouest-France au secours de la République en danger », 2003, http://www.acrimed.org/article1133.html

[9] Lire « Violences policières : le courrier de Ouest-France ce matin fait vomir », 2007, http://mouvement.etudiant.nantais.over-blog.fr/article-14367624.html

[10] Lire « Alstom ou le retour des négriers !! », 2003, https://nantes.indymedia.org/article/1415

[11] Lire « Ouest-France et le Forum Social du Pays Nantais », 2003, http://www.acrimed.org/article1274.html

[12] Lire « Ouest-France, ce petit soldat du journalisme… », 2004, http://nantes.indymedia.org/article/3382


Klañv ar bed gant an dizingalded

Treset gant Roulies, evit Planet.fr
War greñvaat ‘h a an dizingalded ekonomik. Pep lec’h. Ba ‘r bed, n’eus ket ur vro hep ur pezh touflez etre ar re baour hag ar re binvik.  Ha derc’hel ‘ra da vont war washaat. ‘Ba Frañs evel e lec’h all, un darn vihan a derc’h da binvikaat, pa ‘non gav paour-kollet muioc’h a dud bomdez. Bezañ ‘zo mouezhioù hag a sav amañ hag a-hont evit enebiñ deus se. Koulskoude eo deut an dizingalded da vezañ ken naturel ha tra. Klevet ‘vez ‘h eo an dud sitoaianed-tout, hag e-giz-se ‘deus gwirioù heñvel an eil reoù deus ar reoù all. Met ar c’homzoù kaer-se zo mil-drailhet gant an arc’hant foll a ren hom buhezioù.

Un devezh bennaket e tarzho. Betek pegoulz e c’houzañvo kement a dud bevañ ‘ba ‘r baourentez du ? Betek pegoulz ‘derc’ho ar reoù all da vevañ a-hed o buhezioù gant aon da vontañ o zamm stal ? Den na oar. Met n’hall ket derc’hel da vont e-giz-se. E’mm ‘neus ar sistem kapitalist da vac’hañ kalz tud, ha leskel anezhe ‘ba ‘r mailh, evit brasañ aezamant ul lodenn vihan deus ar boblañs (aksionerien, bankerien, pedejeed, ha me oar-me). E-giz-se ‘h a en-dro ar bed dindan an diaoul-se, ha biken ne vo tizhet an disterañ ingalded. Da betra mirout ar sistem-garz-se neuze ?

Arru eo poent cheñch penn d’ar vazh. Evit pezh sell ar retretoù eo bet kollet ar stourm an dro-mañ. Met ar fulor  ledan zo bet santet  ‘ba ‘r stourm-se n’ay ket kuit ken prum-se. Pa vo bouetet a-walc’h dizesper ha  kasoni ar bobl munut, aze ‘vo bac’had. Prestik…