Fiesta, playa y tortura : viva España !

Joxe Arregi, militant d’ETA torturé à mort par la police espagnole en 1981
 
 

La situation politique au Pays Basque évolue à vitesse grand V. La gauche abertzale (nationaliste basque) a enclenché depuis plus d’un an un processus de résolution du conflit, “par des moyens exclusivement démocratiques et politiques”, et “sans violence”. L’organisation armée ETA montre son assentiment en déclarant en ce début d’année 2011 un “cessez-le-feu général, permanent et vérifiable par des observateurs étrangers au conflit”. Les observateurs internationaux saluent unanimement ces pas en avant vers la résolution du conflit. 

Une nouvelle ère s’engage au Pays Basque ? Sans doute. Mais il reste des constantes. La répression du mouvement indépendantiste basque par les autorités espagnoles  en est une. Les arrestations, les rafles, se poursuivent. Avec leur corrollaire : l’usage immodéré de la torture par les forces policières espagnoles. Sur les 10 jeunes basques arrêtés le 18 janvier, 7 d’entre eux ont dénoncé des faits de torture. Voici le récit du calvaire de l’un d’entre eux, Xabier Beortegi, paru dans Ekaitza n°1236 du 03/02/2011 :

“Xabier a été arrêté pendant la rafle qui à eu lieu dans la nuit du 17 au 18 janvier 2011. Quelque jours après Il dénonce avoir subi des tortures. Voici son témoignage.

Tout a commencé à l’aube. Dans la nuit de lundi à mardi à 2 heures du matin. On sonne à ma porte. Je commence à entendre des cris Je me lève en pyjama et, en ouvrant la porte, je vois un tas de gardes civils braquant leurs armes sur moi. Je ne sais pas combien ils pouvaient être.

Ils sont entrés alors dans ma maison en criant. Au début, le traitement était correct. Bon, ils m’ont attaché les mains avec des cordes. Ils ont fait ce qu’ils voulaient, la perquisition. Après cette perquisition, ils m’ont fait monter dans un Patrol pour m’emmener à l’audience provinciale. Là, j’ai vu pour la première fois un médecin assermenté inconnu de moi. Je lui ai dit que le traitement était correct.

A partir de là, le cauchemar a commencé. C’est là que je me suis retrouvé entre les mains des groupes spéciaux. Ils disent eux-mêmes : ” Nous sommes des groupes spéciaux. Ce que tu as subi jusqu’à présent, c’est de la rigolade. Maintenant ça va être le cauchemar. Tu es mort comme militant. Tu vas cracher tout ce que tu as fait. ” Les pressions psychologiques, les menaces d’arrestation de membres de ma famille n’ont pas arrêté. Ils m’ont fait subir surtout des humiliations sexuelles continuelles, des attouchements. Et tout cela avec des coups sur les testicules. Ils en avaient toujours après les testicules. Des coups sur les flancs, sur la tête, continuellement sur la tête, jusqu’à ce que tu perdes la notion de ce que tu es, que ce que tu vis est une humiliation totale. En théorie, je pense qu’il faut cinq heures pour arriver à Madrid. Là, c’était devenu sans fin, je ne sais pas, 24 heures, je ne sais combien d’heures. Régulièrement, ils me disaient : ” Bon, tu es arrivé. Nous allons aller à la direction générale de la garde civile. Jusque-là, ce que tu as eu n’est que de la merde. Maintenant, tu vas avoir la baignoire.

Je me souviens que quand je suis descendu de la voiture, je ne pouvais même pas me tenir debout .Je ne sais pas si c’était la tension ou les coups sur la tête. J’avais toujours des malaises, à cause de la pression, je ne sais pas. Finalement, ils ont dû me porter à plusieurs car je ne pouvais plus tenir debout. A partir de là, ils m’ont mis dans un trou, le cachot, totalement dans le noir, je ne voyais rien. Et de là, ce qu’ils font, c’est te sortir pour les interrogatoires et t’y remettre et t’en ressortir continuellement. Et avec les interrogatoires, comme ils l’avaient dit, le cauchemar continue. Des coups sans arrêt sur la tête et il faut te mettre accroupi et te relever, jusqu’à l’épuisement, jusqu’à ne plus savoir qui tu es, jusqu’à perdre encore l’équilibre et, quand tu ne peux déjà plus respirer, ils te mettent une poche en plastique serrée sur la tête (la bolsa) pour que tu apprennes ce que c’est l’asphyxie.

Ça, c’est continuel. Ils me rentrent et me sortent du trou noir pour me faire ça. Ils me le font en me masquant les yeux pour que je ne voie personne. L’obscurité du cachot, puis le masque pour les interrogatoires, sans cesse. Tu perds la notion du temps, de l’heure qu’il est, du jour, et tu commences à sortir les noms qu’ils veulent que tu sortes. Il y a ton entourage, ta famille, tes amis, les gens qui travaillent avec toi, dans le quartier. Et ils t’obligent à donner un organigramme. A un moment, je dis : ” Oui, je collabore avec vous, faites ce que vous voulez, ce qui vous plaît. ” S’ils veulent que j’aie tué Manolete, eh bien ! je dis : ” J’ai tué Manolete.

Après, ils passent aux questions et réponses écrites. Il faut les apprendre par cœur. Ça a duré toute une soirée Je sais que j’ai fait la déclaration le matin du 20 janvier parce que quelqu’un m’a dit que c’était le 20.Tout cela peut durer deux heures ou une heure ou une demi-heure, c’est pareil, tu perds la notion du temps. Jusqu’à ce que je signe la déclaration, ils m’ont donné aussi des coups de poing, disant que je me faisais moi-même des bleus. Et après, ils me remettent dans le trou noir. Leurs manières deviennent différentes. Ils t’ont humilié tant, moralement aussi. Tu n’es déjà plus rien. Ils te le disent : ” Tu n’es rien. Tu dois déclarer au juge. Tu vas sortir pour de bon. ” Ils font un chantage ” Sois tranquille, tu vas sortir. ” Plusieurs fois avant que cela n’arrive, j’ai pensé, j’ai cru que s’ils me le disaient, que si je déclarais ce qu’il fallait au juge, je pouvais sortir. Il faut se dire pourtant qu’ils ne disent pas la vérité, que ce sont des policiers.

J’ai subi l’épreuve la plus limite de ma vie. J’espère que personne d’autre n’aura à subir ça. On ne peut pas continuer à supporter cette bande de psychopathes qui font ce qui leur passe par la tête.”

Xabier Beortegi est sorti libre du tribunal… 

Rassemblement contre la torture à Donostia le 13 février

Fait isolé ? Non. La pratique de la torture n’a jamais cessé depuis le franquisme. Elle fait partie intégrante de l’arsenal répressif que mettent en oeuvre les autorités espagnoles pour mettre au pas ceux qui osent contester le principe d’ “España, Una y Grande”. Et malgré toutes les semonces des organisations internationales et d’ONG, on continue de torturer dans une impunité presque totale :

L’Espagne doit enquêter sur les allégations de torture (Amnesty International) 3 novembre 2009.

Torture et mauvais traitements, le bilan honteux de la police espagnole (Amnesty International) 20 février 2008

Rapport 2009 d’Amnesty International

Rapport 2008 du Comité de Droits de l’Homme

Rapport de Martin Scheinin en 2009, rapporteur spécial de l’ONU pour la promotion des Droits de l’Homme dans la lutte contre le terrorisme

 

  L’année 2010, malgré le changement de cap de la gauche abertzale et l’absence d’actions d’ETA, marque un nouveau durcissement avec plus d’une soixantaine de cas de Basques torturés (contre une quarantaine “seulement” en 2009). Quel est le sens  d’une telle escalade répressive à un moment où l’espoir d’un règlement pacifique du conflit se fait de plus en plus grand ? Assez cyniquement, il faut certainement y voir la preuve qu’une situation pacifiée au Pays Basque n’est pas  pour plaire à des autorités espagnoles qui ont tout intérêt en temps de crise à renforcer la cohésion nationale en brandissant l’épouvantail de l’ennemi intérieur (cf ce texte très pertinent de Mathieu Rigouste, la fabrication de l’ennemi intérieur).

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